LE SPORT AUTO EN ROUMANIE : UNE SITUATION BIEN ETRANGE !

  

Début juillet, François Delecour disputait le Rallye de Sibiu en Roumanie.

Voir le grand Champion Français au volant d’une Dacia Logan de la Copa Dacia ne pourrait être qu’anecdotique…

Pourtant, la présence du célèbre rallyman au départ d’une manche du Championnat roumain de rallye est bien un événement exceptionnel !

En effet, depuis quelques années, voir un pilote étranger au départ d’une épreuve roumaine ou inversement, un pilote roumain sortir de son pays, est tout simplement impossible !!!

Pourtant, le rideau de fer est bien tombé depuis plus de deux décennies et la Roumanie à bien intégré l’Europe en 2007…

Non, ce fait incroyable est dû à la situation absurde dans laquelle est enfermé le sport automobile roumain depuis quelques années !

 

Créé dans les années 70, à l’époque de la dictature de Ceausescu, l’Automobile Club de Roumanie est toujours l’autorité sportive nationale reconnu par la FIA.

L’ACR est depuis le début des années 80, présidé par le même homme : Constantin Niculescu, qui a su passer à travers la révolution de 1989 et se maintenir jusqu’à aujourd’hui en bénéficiant des ressources d’un important capital immobilier donné par le pouvoir central à l’Automobile Club.

Le sport automobile roumain n’est alors au sein du Club qu’une commission sous l’emprise du Président à vie…

En 2005, las du comportement de ce Président, survivant de l’ancien régime, 7 clubs sportifs font sécession et créé la FRAS : « Fédératia Romana de Automobilism Sportiv »

Tout en affrontant une série de procès avec l’Automobile Club, la FRAS grandit et construit un sport automobile roumain avec passion.

Aujourd’hui la FRAS organise neuf Championnats nationaux en rallye, rallycross, course de côte, offroad, karting et historique.

116 clubs sont affiliés à la Fédération avec plus de 1200 licenciés pilotes, auxquels il convient d’ajouter les nombreux commissaires et organisateurs d’épreuves.

Ayant gagné tous ses procès contre l’Automobile Club, la FRAS est depuis 2008, la Fédération du sport automobile, officiellement reconnu par le Ministère roumain des sports.

La situation est donc aujourd’hui la suivante :

D’un coté, une jeune fédération dynamique qui gère la totalité du sport automobile roumain, sous la tutelle du ministère des sports mais non reconnu par la FIA et de l’autre, un Automobile Club qui n’organise absolument aucune compétition mais possède toujours l’Autorité sportive nationale délégué par la FIA !

Comprenne qui pourra tant la situation est grotesque et absurde

 

Conséquence, tous les pilotes roumains licenciés à la FRAS qui souhaitent aller courir à l’étranger se voient refuser la licence internationale et inversement, tout pilote étranger ne peut se rendre en Roumanie pour disputer une épreuve organisée par une fédération non reconnue par la FIA.

Pour François Delecour, il aura fallut tout le poids du Ministère du Tourisme roumain, son sponsor, pour lui permettre de venir courir en Roumanie !

 

Pourtant la FRAS a bien tenté de se mettre en conformité avec la FIA.

En 2007, un 1er dossier d’affiliation est envoyé à la FIA et aussitôt rejeté…

Elu en 2008, et récemment réélu, Ovidiu Mazilu, le Président de la FRAS, un ancien pilote de rallye, entreprend de construire un dossier solide et argumenté qu’il présente à la FIA en 2009.

Cette fois, le dossier est examiné au Conseil Mondial et la décision est reportée à 2010, pour complément d’enquête…

Ce qu’ignore alors la FRAS, c’est que le Président de l’Automobile Club, siège à la FIA depuis 1980 et y a tissé un réseau d’appuis très solides !

C’est aussi un habile politicien élu député dans son pays.

La période électorale que connaît la FIA en 2009, lui permettra de tenter une belle manipulation.

Il négocie un accord avec la FRAS et envoie à la FIA, une traduction de cet accord rédigé en roumain, qui ne correspond pas du tout au texte original !

Tous les coups semblent permis de la part d’un homme qui s’accroche à son pouvoir et à ses privilèges, face à un groupe de passionnés qui ne veulent que pratiquer et défendre leur sport…

En 2010, un observateur est bien envoyé par la FIA à Bucarest … où il aura des réunions au Ministère des sports, à l’Automobile Club… mais curieusement aucun contact avec la FRAS !

Son rapport conclura qu’une affiliation de la FRAS n’est pas nécessaire et que l’ACR est bien un club sportif qui peut exercer l’autorité sportive nationale pour son pays !

 

La FRAS apprendra également qu’une copie de tous les courriers qu’elle envoie à la FIA est systématiquement envoyé au Président à vie, de l’Automobile Club !

Dernier épisode en date :

Suite à une faille juridique, l’Automobile Club a créé une Fédération de Karting pour tenter de récupérer cette discipline tout en refusant sa licence internationale au Champion de Roumanie (désigné par la FRAS) qui souhaitait venir disputer le Championnat d’Europe !

Le célèbre auteur roumain, Eugène Ionesco aurait très certainement été inspiré par l’absurdité de cette déplorable situation !

Espérons simplement que, très rapidement, la FIA y mette bon ordre en affiliant la FRAS, cette jeune fédération de vrais passionnés, amoureux de leur sport !

La Roumanie dont la culture est très proche de la nôtre et où on parle très couramment le français, a le potentiel pour organiser des épreuves internationales, que ce soit en rallye asphalte, terre, tout-terrain ou en course de côte.

On y trouve des paysages magnifiques et des routes et pistes exceptionnelles dignes de figurer dans un Championnat international.

Inversement, il y a, dans ce pays, de nombreux pilotes talentueux qui mériteraient de pouvoir tenter leur chance au plus haut niveau international !

Espérons simplement qu’à la FIA, il se trouve enfin , quelques hommes de bon sens pour enfin examiner avec le plus grand sérieux, cet épineux dossier…

Texte et photos : Pascal Rostagny

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