8 HEURES DE SUZUKA :  » ENJOY TO JAPAN ! »

La troisième manche du Championnat du Monde d’Endurance Moto a lieu ce week-end au Japon avec ces fameuses 8 Heures de Suzuka.

Cette épreuve de légende, la 35 ème. du nom, qui a forgé toute l’histoire de cette discipline avec un palmarès impressionnant où y figure tous les plus grands noms de la vitesse pure qui sont venus et quelquefois vaincus, tels Valentino Rossi en 2001  encore Wayne Gardner en 1985, 1986, 1991 et 1992.

Seulement deux Français sont montés sur la plus haute marche :

Hervé Moineau en 1980 associé au Belge Richard Hubin et Dominique Sarron associé au Franco – Portugais Alex Vieira.

Au niveau des constructeurs , arrive en tête Honda avec 23 victoires, puis Suzuki 5 , Yamaha 4 et Kawasaki 1.

Jamais à ce jour, une marque européenne a connu l’extrême bonheur de remporter cette course mythique.

Au moment où le Championnat MotoGP a reçu le feu vert des commissions d’inspection pour venir disputer, en Octobre, sur le circuit de  Motegi, le Grand Prix du Japon de vitesse, l’endurance est bien là elle, fidèle au rendez-vous annuel nippon, malgré les interrogations légitimes suscitées par les risques nucléaires.

Nos amis japonais nous ont accueillis à bras ouverts, en nous remerciant chaleureusement de notre venue après ce terrible séisme du 11 Mars dernier, distant de 400 kilomètres, qui a marqué les esprits du Monde entier.

Les conséquences sont encore énormes sur l’économie Japonaise mais les feux sont de nouveau passés au vert au niveau de la balance des exportations .

 

Au bord des larmes, nous ne faisons qu’entendre autour de nous à notre intention :  » Enjoy to Japan «  !

Qui a dit que les Japonais ne montraient jamais leurs émotions ?

Six équipes européennes ont risqué ce long et coûteux voyage :

Suzuki SERT N°1, BMW Motorrad- France N°99, Yamaha- France GMT N°94, YART Monster N°7, Bolliger Team Kawasaki N°8 et Honda TT Legends N°77.

Ces équipages retrouvent sur place toutes les usines Japonaises représentées officiellement par , au moins, deux machines, toutes capables de gagner. Les vérifications techniques auront lieu dès demain matin jeudi pour les 53 engagés.

 

Aujourd’hui, les écuries ont sorti les motos des caisses, installé toute la logistique technique dans les stands mais déjà les mécaniciens se sont entraînés aux ravitaillements et changements de roues.

Ainsi pouvions-nous remarquer l’oeil intransigeant de Fujio Yoshimura, le fils du célèbre  » sorcier «  Pops , qui scrutait les multiples interventions sur la superbe Suzuki  » Yosh » N°12 victorieuse en 2007 et 2010.

Chez les Yoshimura, tout se passe ainsi en famille depuis la première victoire lors de la première édition en 1978. Aujourd’hui, le chef mécanicien n’est autre que le petit fils et neveu de Fujio qui pousse la précision à fixer un niveau à bulle sur le réservoir, afin de peaufiner le positionnement des béquilles pneumatiques.

Nous avons pris la  » température » au sein du Suzuki SERT qui tentera de conserver la tête du classement provisoire du Championnat du Monde (54 points contre 52) face à BMW Motorrad-France.

 

 

Dominique Méliand, dit le « Chef « nous lève le voile de sa participation  » forcée « suite à l’annulation de la course de Donington .

 » La venue du SERT au Japon a été encore plus  » chaude « que la température d’ici, à Suzuka, car il n’y avait pas eu d’inscription officielle prévue en début de saison, pas de réservation d’avion pour le transport des caisses ni des bonhommes et enfin pas de chambres d’hôtel pour se loger sur le circuit. La véritable problématique a été technique car il a fallu mettre les bouchées doubles en commandant les pièces spéciales à monter dans les moteurs pour cette course bien spécifique. En effet, Suzuka est un tracé très rapide avec une portion de ligne droite où les motos dépassent les 300 Kms/h mais les éléments doivent être utilisables sur 1500 kilomètres !

Et, il ajoute:

Il y a toujours deux solutions à Suzuka : soit nous venons pour gagner ou nous venons pour conforter les points en vue du championnat du Monde. Cette fois, l’approche est encore un peu différente car  » Daï  » (Daïsaku Sakaï) le coéquipier de Vincent Philippe et d’Anthony Delhalle est habitué de courir ici pour gagner ces huit heures (2010) et aurait tendance à oublier les points…Nous allons essayé de canaliser ce  » pur-sang « et effectuer un compromis entre vitesse et surtout pas précipitation. C’est toujours difficile de se situer car les pneumatiques et les moteurs jouent aussi leurs rôles , mais nous pensons rentrer dans le Top 10 aux essais. »

 

 

En raison du manque de production d’électricité, le Japon s’impose d’importantes économies d’énergie même pour cette course immuable qui se disputera cette année exceptionnellement entièrement de jour. Le départ sera donné Dimanche 31 juillet une heure plus tôt, dès 10h30 du matin , avec le baisser du drapeau à damiers au bout de huit heures, soit 18h30, juste avant le coucher du soleil vers 19 heures ici au Japon.

Dominique Méliand poursuit :

 » Nous côtoyons ce circuit depuis une trentaine d’années (victoire avec Moineau et Hubin en 1983) et lorsque la pluie menace, le ciel s’assombrit énormément ce qui veux dire que nous garderons nos phares sur la N°1. Il peut faire nuit un heure avant, mais de toute façon dans le règlement de Suzuka, la lumière sur les motos est toujours obligatoire . »

 

 

Si le point de vue du « Chef  » est important, le rôle du kiné-ostéo du SERT, Hubert Sournies, est majeur ici à Suzuka

Explications

 » le premier handicap pour les pilotes est le fait de la chaleur et de l’humidité. Le circuit est d’autre part très exigeant et demande au niveau physique un peu plus de préparation. Cependant, nos trois pilotes sont des pros et ont déjà un haut degré de forme. »

Et Hubert, enchaine:

 » Quand un pilote arrive d’un relais, ici, il est  » chaud bouillant « et la première chose à faire est d’enlever la combinaison de cuir et de se tremper dans la petite piscine qui se trouve au fond du stand. Puis, je lui pose une vessie de glace sur la nuque afin de bien récupérer avant de passer aux soins classiques: étirements, massages. »

Avant denous préciser en guise de conclusion:

 » Il faut que les pilotes s’hydratent au maximum, avant, pendant et après l’effort. En course, ils ont à cet effet la  » Camel bag  » (bosse du chameau)qui se trouve placée dans le dos de la combinaison et dont la contenance approche le demi-litre. Sur quatre relais un pilote perd entre quatre et six litres d’eau sans compter la perte hydrique que chacun d’entre-nous subie. J’utilise pas mal l’homéopathie , notamment des granules qui permettent de fixer l’eau et des bonbonnes d’oxygène car avec la chaleur nous respirons moins bien. Qui dit manque d’oxygène, dit mauvaise fixation du fer dans le sang. Les pilotes se font deux ou trois ventilations pour régénérer de suite ce besoin au niveau pulmonaire. »

 

 

Et, il nous lâche encore:

 » Un peu de « Coca » pour tout nettoyer le digestif mais surtout il faut boire de l’eau et encore de l’eau. Anthony veut des compotes à boire, pour Vincent je me doit de trouver une boisson énergisante style Aquarius et Daï du Saké ! »

(Grosse rigolade générale)!!!

Vincent Philippe qui est entrain de transformer son casque pour y installer un tuyau reliant la nourrice, complète nos infos :

 » Le Camel bag contient à peine 500ml d’eau afin de se désaltérer sur la moto. L’air est très chaud et très humide même en sortant la tête de la bulle et la moto nous renvoie la chaleur du moteur . Il faut toujours avoir la bouche un peu humide pour finir le relais dans un état à peu près correct. Nous avons tout le temps envie de boire et la difficulté est de ne pas s’étouffer en buvant car il n’y a pas beaucoup de ligne droite à Suzuka pour absorber le peu d’eau que l’on avale en amenant le tuyau vers la bouche, ce qui oblige à conduire d’une main ! Au bout de vingt minutes on commence à perdre de la performance , à Suzuka, les chronos sont moins bons, la concentration n’est plus la même, la vivacité est moindre et nous perdons du punch au fur et à mesure. »

Vincent Philippe, sept fois vainqueurs du Bol d’Or avec le SERT, sait de quoi il parle et nous donne aussi son avis sur cette épreuve si importante à ce niveau du championnat :

« Il va falloir déjà canaliser l’énergie de notre pilote Japonais pour qu’il ne fasse pas d’erreur car et surtout, il n’a pas comme par le passé la Suzuki Yoshimura qui est spécifiquement conçue et préparée pour Suzuka. Nous sommes là, en toute logique, pour marquer des points face à notre concurrent BMW. Ici, les motos sont réglées très très dures , alors que notre moto est réglée pour les circuits européens. L’objectif est de se caler sur nos adversaires, si possible de finir devant. Nous allons essayer de faire une belle course d’endurance tel que nous avons l’habitude de faire chez nous. Il ne faudra pas chuter. Avec Anthony Delhalle, nous aurons du mal à être rapides dès les essais car cela fait trois ans que nous ne sommes pas venus ici. Le circuit est très difficile, très technique et il faudra s’habituer à la chaleur. »

Il ajoute:

 » Il faudra faire une course sage, régulière et le résultat arrivera. S’il pleut, avec des changements de conditions, nous pouvons faire un gros coup. Au SERT nous avons l’habitude de gérer ces situations délicates et chez Dunlop nous avions toujours à Suzuka un très bon pneu arrière. J’espère que l’avant sera aussi bon cette année. A la base nous devions venir quinze jours pour une demie journée d’essais sur le circuit de Suzuki, ce qui posait un peu de questions car la situation est toujours délicate depuis le tsunami. Nous ne sommes qu’à 400 kilomètres du « bazar » et nous allons peut-être prendre en une semaine autant de radiations qu’en une année chez nous. Honnêtement, nous espérons finir dans les cinq premiers car pour jouer le podium, il faudra des conditions un peu difficiles. Quant à gagner, ne rêvons pas, car cela sera un exploit. Daï a la capacité à être dans les dix plus rapides aux essais ,même avec notre moto réglée à  » l’europénne. »
Jeudi, deux séances libres d’une heure (13h30 / 14h30 et 15h40 / 16h 40 heures locales + 7 heures GMT) permettrons d’y voir plus clair et d’établir avant les essais chronos officiels de Vendredi une hiérarchie plus précise des forces présentes à cette 35 ième édition des 8 heures de Suzuka.

Une course toujours disputée dans des conditions bien spécifiques et maîtrisables mais qui pose bien évidemment, cette année et pour le futur, des interrogations sur les problèmes de la sécurité nucléaire pour le japon et au delà, pour la planète entière.

Texte et photos : Michel Picard

Moto

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