CHARADE : TENTATIVE D’ASSASSINAT

 

Charade, c’est un circuit.

Un circuit pas comme les autres. Charade est un peu aux sports mécaniques ce que la Tour Eiffel est au monde.

Unique, irremplaçable, indestructible.

Il ya peu de circuits de montagne en Europe, tous passés au rang de circuits-cultes d’ailleurs. Le Nurburgring, Spa et…  Charade.

Et ce circuit, dix-neuf personnes tentent de l’assassiner. Aux armes citoyens !

Le patri- moine du sport auto français est en danger !

 

 

UNE DÉGUEULASSERIE …ULTRA-SENSIBLE !

Dégueulasserie parce que 19 personnes tentent de mettre la main sur l’un des plus beaux circuits du monde, en menaçant de l’assassiner à coups de procès.

Ultra-sensible parce que l’on se retrouve dans une de ces situations façon « Clochemerle-Troisième République », où la politique au ras des pâquerettes s’emmêle les pinceaux avec quelques coquins et copains…

Il se trouve que le circuit est la propriété du Conseil général du Puy de Dôme et que ledit Conseil Général est élu…

Churchill disait que la Démocratie est le plus mauvais des régimes, à l’exclusion de tous les autres…

Sur des problèmes archi-locaux, hélas, on a fait peu de progrès depuis la construction des pissotières du célèbre roman de Gabriel Chevallier.

 LES FORCES EN PRÉSENCE…

Donc, d’un côté, un morceau de patrimoine qui génère entre 2,5 et 3 millions d’euros de recettes locales par an, sans coûter un sou d’argent public depuis 2006.

Côté célébrité, quelques mots pris ça et là…

De  Sir Stirling Moss par exemple,

« Je ne connais pas de plus beau circuit que Charade… ».

 

Inauguré en 1958, on y a organisé le GP de France de F1, le GP de France Moto, Le Championnat du Monde Auto.

Il faut y ajouter la propre légende de ce circuit, Les fameux et célèbres dans le monde entier, Trophées d’Auvergne, les 24 Heures, les courses de Gordini.

Aujourd’hui, le circuit organise plusieurs évènements par an et reçoit par ailleurs les grands clubs de propriétaires, il est loué 120  jours par an, il paie tout, y compris les frais d’entretien qui sont du ressort du Conseil Général.

Il paie même un loyer de 33 000 euros annuels au dit Conseil Général !

De l’autre, dix neuf riverains répartis sur dix familles, qui viennent de faire condamner le Circuit de Charade, par le Tribunal de Grande Instance de Clermont, à respecter un niveau de bruit fixé à 55 dB.

Pour info, sachez que 55 décibels, c’est un lave-linge…

Un communiqué des amis de Charade nous informait ce matin que sur place, 55dB, c’est le bruit du vent sur le circuit… Une automobile de série, dans la rue, c’est 80 dB. Un aboiement de clebs, c’est 85 dB !

Mais en fait, si ces précisions sont intéressantes, elles sont sans objet, on y reviendra.

De ce que nous avons entendu d’ailleurs, le comité de riverains serait prêt à laisser se dérouler certains évènements… Autrement dit, ces braves gens veulent carrément décider du calendrier du circuit…

Quand ça les arrange, quand ce sont leurs copains qui roulent ou qui organisent un truc, on laisserait faire…

Le chantage classique quoi.

 

TRIBUNAL A L’OUEST…

Un problème cependant. La décision du tribunal est absurde.

Et illégale.

Parce qu’il n’est pas du ressort de ces magistrats de fixer une norme de bruit, tout simplement.

Sans entrer dans des querelles d’experts, il ya en France une règle générale sur ce que l’on appelle le bruit ambiant, le bruit en activité normale d’un endroit. Ensuite, on applique une autre règle, dite d’émergence, qui représente un nombre de décibels que l’on admet, dans certaines circonstances, en supplément du bruit ambiant habituel.

C’est de l’ordre de 5 à 6 dB de plus que le bruit ambiant. En application de ces règles, Charade a donc implanté trois sonomètres dont deux chez les riverains, établissant que l’on y est complètement « dans les clous », c’est-à-dire en accord avec l’arrêté d’homologation du circuit, donné par le CNECV  en fonction des règles de bruit admises pour ce genre d’activité, règles édictées par l’Agence régionale de santé et la Préfecture.

La règle n’est pas spécifique aux circuits, il en serait de même pour un établissement industriel par exemple. Tout ceci est fait sous le contrôle de sociétés très pointues  habilitées pour cela.

Or, qu’in se le dise, un juge ne peut pas remettre en cause les valeurs concédées par la loi.

Seulement, il ya ce que l’on appelle l’autorité de la chose jugée. Autrement dit, comme il ya eu jugement, fût-il totalement à l’ouest, tant que ce jugement n’a pas été contesté, il est considéré comme ayant force exécutoire.

Il faut donc que ce jugement soit attaqué.

 

SI TU VEUX LA PAIX, PRÉPARE LA GUERRE… (DICTON ROMAIN)

Pour cela, il faut donc qu’il y ait appel.

Marc Lachat, manager général du Circuit de Charade, que nous avons contacté, nous dit que

« C’est le rôle du Président de la Société (SAEML) concessionnaire du circuit. Je n’ai pas compétence pour attaquer ce jugement. En revanche, je pense qu’en cas d’appel, la décision sera différente. Les mesures de bruit les plus récentes, qui concernent directement le niveau de bruit chez les riverains, n’ont pas pu figurer, faute de temps, dans les conclusions des avocats ».

Voilà, l’affaire est donc entre les mains du Président du Circuit, Mr Brochet.

On l’a dit en début de reportage, il ya un problème. Dont personne bien entendu ne nous a parlé mais nous connaissons un peu les usages locaux.

Monsieur Brochet est aussi un élu du département, ce que l’on appelle le Conseil Général.

 

Les bruits générés par les propriétaires de voitures de sport qui louent le circuit, pour rouler avec leurs clubs, ne sont pas des bulletins de vote, bien au contraire.

Nous connaissons bien les clubs Ferrari, Porsche, Jaguar, Gordini, Alpine etc… notre ami Gilles Gaignault les reçoit à longueur d’année sur le circuit de La Ferté-Gaucher, ce sont des gens qui adorent découvrir une région en même temps qu’ils vont rouler sur circuit.

Ils sont souvent friqués, ce qui n’est pas un délit.

En s’adonnant à leur passion, ils laissent donc beaucoup d’argent dans les endroits qu’ils fréquentent. Bref, leur venue, c’est que du bonheur et de l’enthousiasme, mais ils ne sont pas du coin et donc, le jour des élections, ce ne sont pas eux qui vont voter !

Les votants, ce sont les riverains.

Ajoutons, l’affaire serait comique si elle n’était pas si grave, que les riverains se sont établis récemment et donc bien  après la construction du circuit et qu’ils savaient pertinemment où ils mettaient les pieds !

Bon, on ne peut pas vraiment en vouloir à Monsieur le Conseiller Général de ne pas vouloir faire la guerre à ses électeurs…

Au fait, j’ai essayé de joindre Monsieur Brochet dans sa mairie de Ceyrat. Vous imaginez la suite…

On appelle cela, diplomatiquement, une fin de non recevoir.

Dans nos termes à nous, c’est se faire envoyer paître (vous remarquerez mon calme olympien…)

 

CHARADE C’EST FOUTU ?

Sûrement pas !

Mais lorsque l’on voit que même des endroits aussi prestigieux que Spa sont menacés, il est évidemment urgent d’être ultra-vigilants. Ce que l’on appelle « les voies de recours », autrement dit les procédures de contestation d’un jugement incohérent, sont nombreuses.

La plus évidente serait en effet que le circuit lui-même fasse appel.

Si c’est non, on entrera dans une procédure extrêmement longue dont la justice française a le secret. Et tant que le jugement absurde dont il est questionne sera pas annulé, il aura force exécutoire.

Ce n’est plus seulement Clochemerle, c’est un vaudeville !

Pauvre Charade… Vous avez dit charade ?

Mon premier ronronne… Mon second sert à boire… Mon tout est un paradis…

 

AUX ARMES !

Il ya quand même un gros souci à l‘horizon.

Parce que ce jugement, s’il n’était pas contesté, aurait force exécutoire à Charade mais surtout il pourrait faire jurisprudence !

C’est-à-dire que d’autres tribunaux pourraient s’en inspirer, d’autres riverains attaquer tous les circuits de France et de Navarre.

Ici il ya gros péril en la demeure.

Il faut que ce jugement incohérent passe aux oubliettes. Nous sommes tous un peu dans ce bain là.

Aux armes !

 Jean Louis Bernardelli

Photos : Circuits et Bernard Bakalian

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