GP DE FRANCE DE MOTOCROSS A ST JEAN D’ANGELY : TRIOMPHE FRANCAIS

 

Deux victoires françaises au général, Frossard en MX1, Febvre en EMX2, plus encore un podium en MX2, celui de Gautier Paulin, ce GP de France de Motocross a été grandiose. Bon signe pour les mois à venir, où les Français devront briller, puisque c’est aussi à St Jean d’Angely qu’aura lieu le Motocross des Nations, Championnat du monde par équipes nationales. Récit de deux jours de folie absolue.

 

DANTE N’AVAIT RIEN VU !

 

C’est le titre de l’un des reportages fleuves les plus célèbres d’Albert Londres, d’où il ressort que l’auteur de L’Enfer était loin d’imaginer ce que le journaliste reporter allait décrire. En assistant samedi aux courses de grille en compagnie de mon ami Bertrand Sanlaville, Red-Chef de Moto Verte, sur un circuit tellement technique que les pilotes y dansent avec la vie et avec la mort, dans ce bruit de tonnerre que font les moteurs 4 temps, je me suis dit qu’en effet, si Dante avait vu ça, il aurait changé de titre, mettant le Paradis là où il pensait trouver « l’Inferno »…

Mais au fait : une course de grille ? Kesako ?

Une trouvaille de Youthstream, la boîte italienne qui gère les GP de Motocross. Le samedi, pour faire venir un peu de monde, on organise une course de plus. C’est-à-dire qu’au lieu de la séance d’essais qualifs traditionnelle, qui existe dans tous les sports mécaniques, on fait une course. Une vraie, avec départ en ligne. Beau spectacle qui permet de voir qui est en forme pour le lendemain. Et cela donne un relief particulier à cette journée du samedi. D’autant plus que l’on y court aussi la première manche du Championnat d’Europe EMX2. C’est clair, le motocross, alias MX, a bien évolué.

 

QUAND LE MONDE S’INSTALLE DANS UN TOUT PETIT ENDROIT…

 

Quand on roule sur l’autoroute qui remonte de Bordeaux sur Paris, on voit le circuit de St Jean d’Angely sur la droite, un magnifique vallon qui reçoit le public sur un flanc et le circuit en face. Visibilité totale, relief terrifiant, très pentu, où dans les descentes, où l’on  trouve ornières et sauts, on accélère quand même comme des baleines aveugles en train de surfer un Tsunami.  Dingo, il n’y a pas d’autre mot.

St Jean est une mini ville de 8000 habitants, en Charente Maritime, un endroit où l’on voit d’ailleurs le premiers cyprès quand on arrive, signe que l’on est clairement au sud de la France. La chaleur étouffante ne trompe pas non plus. Bref, en argot de parigot, c’est un bled écrasé de cagnard. Et pourtant. Le Moto Club Angérien transforme cet endroit un peu perdu en must mondial, en faisant venir au passage un gros quinze mille personnes. Les édiles du coin, les chefs d’entreprises, les communes qui bordent le circuit ont découvert petit à petit que l’on était ici au centre du monde. On imagine bien sûr que financièrement parlant, l’endroit devient un trésor d’Ali Baba pour la région en même temps qu’un porte drapeaux!

Jean-Marie Boissonot est le président du club depuis 1999. Il se souvient avec un peu de nostalgie de l’époque où le Motocross était un sport d’initiés, un Championnat du Monde faisait venir beaucoup de public (21500 spectateurs pour le MX des Nations en 2000) mais dix journalistes. Il y en a aujourd’hui une centaine, ils seront 300 pour le Motocross des Nations le 18 septembre.

 

« On a dû investir massivement dans le haut débit, pour qu’Internet soit capté et largement diponible. Cela coûte cher, on en a eu pour 92 000 euros, mais c’est indispensable pour ce genre d’organisation mondiale ». Clairement, voici un signe qui explique que ce club soit devenu incontournable dans le monde du MX. Au fait, ça coûte quoi ce genre d’évènement ? Jean Marie Boissonot : « 650 000 euros pour ce Championnat du Monde, deux millions pour le Motocross des Nations que nous organisons en septembre. Ces dépenses sont couvertes à 80% par les recettes spectateurs. Le département et la communauté de communes nous donnent aussi un gros coup de main. Mais cela devient colossal. En septembre, on devra gérer six cent personnes. Et sur le terrain, il ya du boulot !  Entre autres, il nous faut un arrosage automatique avec une réserve d’eau pour trois épreuves ! »


On apprend ensuite que le point d’équilibre financier est à 9000 spectateurs ce week-end, à 25 000 pour les Nations. On a d’ailleurs constaté une baisse de spectateurs sur ce GP car justement, ils se réservent pour les Nations. C’est que venir ici a un coût. Et que bien des spectateurs ne peuvent pas le faire deux fois dans l’année. En revanche, pour le club, c’est la répétition grandeur nature avant les Nations. On veut l’excellence… Un GP, c’est par exemple 14 tonnes de déchets dont on ne trouvera plus une trace au lendemain. Et tout est ramassé avec des véhicules électriques. Du coup, la Préfecture est aussi très favorable aux évènements organisés ici. Voilà comment on survit aujourd’hui… Voilà ce qu’est aujourd’hui un GP de Motocross a la sauce mondialisée.

 

DES TITANS

 

 

On les a vus la veille, dans les courses de grille. En MX2, l’allemand Ken Roczen est un freluquet. Enfin quand il est en tee-shirt. Des jambes frêles que l’on pourrait casser en éternuant dessus, petite tête surmontant un cou humain. Je ne dirais pas qu’on lui filerait deux balles sur les grands boulevards mais ici et là on entend l’expression. Quand il est à cheval en revanche, c’est la horde barbare à lui tout seul. C’est simple, au bout de la ligne droite de départ, il est déjà seul. C’est une belle histoire ce Ken. Quand il avait seize ans, il gagnait déjà tout et s’entraînait sur de grosses cylindrées. Le monde puis les USA, on le voit naturellement suivre les traces d’un certain Jean Michel Bayle, sauf que l’an dernier, il est tombé sur un os, appelé Marvin Musquin qui lui a piqué le titre. Alors cette année, c’est la vengeance du germain. Il balaie tout, point final. C’est drôle d’ailleurs, quand un champion allemand se met à gagner dans une discipline, il fait la mousson tout seul. Au hasard, on pensera à un Schumacher et à un Vettel. Voilà, cela existe aussi dans le Motocross. L’autre titan est belge, il s’appelle Clément Desalle. Mon confrère et vieux complice, Pascal Haudiquert, de l’Equipe, prononce « dezalle ». Lui, son domaine, c’est le MX1. Leader au Championnat du Monde, il gagne la course de grille, devant deux pilotes artistes, l’italien Cairoli et l’allemand Nagl. Je le dis, ce dernier, qui se prénomme Maximilian, m’a épaté comme rarement un pilote a pu le faire. Ils ont fini tout près de Lasalle, ce qui promet…

Autre découverte : il s’appelle Romain Febvre, il vient de gagner la première manche du Championnat d’Europe EMX2. :

« Honnêtement, je n’y croyais pas, gagner ici, en France ! Je ne réalise pas encore ce que j’ai fait ! ».

Un vrai espoir français en catégorie EMX2, ce Championnat d’Europe réservé aux pilotes de moins de 23 ans. On l’avait repéré avant la course, certes avec l’aide de son manager, l’immense Laurent Pidoux, vieux camarade. Je remarque que Romain  roule bien aussi sous la pluie et donc dans la boue, Pidoux me dit de sa grosse voix, à l’accent de Vesoul qui rappelle son Peterhansel, et donc avec une certaine retenue dans les mots (à Vesoul on est peu loquace !) « Il est vosgien ! ». Parce qu’au soir du samedi, l’orage est tombé, très fort. Le Moto Club Angérien a donc dû bosser toute la nuit, et au matin, la piste est neuve.  Voilà de vrais artistes !

 

DES BAGARRES ENTRE DIEUX

 

Ce sont donc les jeunes qui ont commencé. Laurent Pidoux nous a donc fortement conseillé de s’intéresser à son poulain, Romain Febvre. Dont acte. Et cela tombe bien, après avoir gagné la première manche la veille, il part en tête. Il sera d’ailleurs l’homme du week-end, finissant premier au classement général. Mais, il le dira à l’arrivée, il n’a pas l’habitude de rouler en tête, il faut gérer une pression infernale et il n’a pas le métier nécessaire. Et c’est un autre français, Dylan Ferrandis, qui gagne cette deuxième manche. C’est Jacky Vimond (premier Champion du monde français de Motocross) qui est son manager, il nous parle de son poulain avec gourmandise.

« Il a commencé en 80, où il roulait bien. En 125 il s’est un peu raté. Et là, il est en train de devenir un très grand du Motocross. A 17 ans, il a de la marge ! Et il vient de Pernes les Fontaines, une sorte de haut lieu du MX français, ce qui est une bonne fée autour du berceau ».

Jacky nous dira ensuite son bonheur de pouvoir transmettre son savoir, ses secrets, sa réussite aux jeunes talents français qui ont envie de réussir. Il est basé à Hossegor avec sa structure Bud Racing. Pilote heureux, manager aux anges, belle journée !

 

LES FOUS FURIEUX !

 

Et c’est la première manche du  MX2. Deux remarques. Ces courses durent 35 minutes plus deux tours. De mon temps c’était dix de plus. Et par ailleurs, le bruit des quatre temps modernes est moche. De mon temps, c’était des quatre temps lents, avec du couple et qui sentaient la Castrol R (ricin). Aujourd’hui, cela prend des tours moteurs pas possibles et c’est vilain. Voilà mes trois lignes façon vieux con.

Retour au circuit. Le jeune Ken Roczen est au départ. On s’attend à ce qu’il fasse un magnifique « Holeshot », le premier virage en tête. Et il le fait. Puis, il a l’élégance de se rater un peu (rassurez vous, il ne l’a pas fait exprès, on souligne juste qu’un mec imbattable peut avoir des faiblesses…)  et le français Gautier Paulin passe devant. Et il tient le rythme. Ce qui nous donne une seconde pour raconter le frisson ; Dans les descentes bourrées d’énormes trous, ces messieurs donnent encore du gaz, sautent et je ne comprends pas comment ils ne passent pas par dessus le guidon. Pas non plus comment ils prennent le virage en bas. Encore moins quand ils sautent la « descente Pastrana », avec un saut dans le vide, aveugle, vers le bas, derrière une bosse, de plus de trente mètres, mis à l’honneur par ce pilote américain lors du MX des Nations en 2000. Lecteur, cela fait PEUR ! Et je vois ça depuis trente ans, et je ne pige toujours pas et c’est génial comme ça. Si tu ne vas pas voir les Nations à St Jean en septembre, il manquera quelque chose à ta vie !

Sur ces entrefaites, après deux tours, Roczen redevient intouchable, passe Paulin et lui colle une seconde au tour. C’est dans cet ordre qu’ils passent la ligne d’arrivée. Gautier Paulin à l’arrivée :

« C’est la première fois depuis le début de la saison que je suis devant ! Toute la course a été géniale cela dit, la piste est superbe. Bon après, j’ai eu du mal à doubler les retardataires mais je sais que pour aller chercher Ken, il va falloir que je m’en occupe ! »

Paulin ne croit pas si bien dire…

 

La deuxième manche est quasi inédite depuis le début de saison. Car cette fois-ci, Monsieur Roczen manque totalement de style, il se casse la figure façon plouf, et se recasse la figure façon plaf. Donc devant, place aux autres ! Et le meilleur est l’anglais Tommy Searle,  pilote Kawasaki, devant la KTM de Jeffrey Herlings, que l’on surnomme le petit prince du motocross, fils de Peter Herlings, qui pilotait en 500 dans les années quatre-vingt. Au général du GP, on trouve donc Searle, devant l’américain Zachary Osborne et …Gautier Paulin ! Après le succès français de Febvre en EMX 2, voilà un deuxième français sur le podium. Jacques Bolle, président de la FFM depuis 2008, est évidemment là et évidemment heureux.

 

« Les français sont là ! Il faudra toujours compter avec nous, en particulier lors du Motocross des Nations qui aura lieu ici-même dans trois mois, le 18 septembre. En revanche, ça va être difficile de faire la sélection des trois pilotes français qui défendront nos couleurs. Ce qui prouve d’ailleurs que l’on a beaucoup de très bons pilotes dans ce pays… »

 

MX1 : FROSSARD PAS FROUSSARD

 

Le MX1, c’est sans limite d’âge. On pourrait donc croire que… Que c’est plus calme, que c’est plus réfléchi, moins dément quoi. Pas du tout. On envoie du gros lourd. Et, magie du sport de haut niveau, les intouchables de la catégorie ratent tous leur départ, coincés au point de corde du premier virage. Le belge Desalle et l’allemand Nagl ne sont plus dans le coup pour la gagne. Alors, c’est le moment de laisser pousser les ailes, ce que fait avec beaucoup de panache le français Steve Frossard. Holeshot, départ en tête, le pilote Yamaha a entre trois et cinq secondes d’avance sur l’italien Cairoli (KTM). Or, on sait que l’ex Champion du Monde est un redoutable finisseur. Qui plus est, Frossard s’est blessé au pouce et n’a donc pas pu s’entraîner comme il l’aurait voulu avant le GP. Bref, il a toutes les raisons de ne pas rester devant mais… il reste devant. Et il n’a jamais faibli. A l’arrivée, mes souvenirs remontent…Michele Rinaldi, ancien champion du monde (en 1984) et manager de Yamaha Europe pour le motocross, lui tombe dans les bras. Voilà, mon monde et celui d’aujourd’hui ont fait la jonction. Larme…

 

 

Héros du jour, Steve Frossard nous raconte sa course.

« Du plaisir, tout le temps. Incroyablement poussé par le public, que j’entendais partout sur le circuit. En plus le terrain est magnifique. Tu imagines ? J’ai tellement galéré depuis trois semaines avec des blessures partout ! J’ai pu m’entraîner à vélo, pour le souffle, mais pas à moto. ça fait du bien, c’est sûr, ça fait vraiment du bien ! »

Bon, reste à montrer en deuxième manche que ce n’était pas un coup de bol. Cette fois-ci, Desalle part devant. Frossard est cinq. Ce qui est bien, reste à montrer ce qu’il a dans le ventre. C’est simple, les places de devant sont les plus dures à accrocher en course.  Frossard remonte deux. Et du coup, il est premier au général du GP de France. Champagne !

En conclusion, celle-ci, dont je rêve depuis quelques mois. Pierre Bonneville est de mes amis, il est aussi responsable des relations publiques de la FFM.  Et à l’image de son « praize » Jacques Bolle,  il se bat magnifiquement pour que le sport moto soit partout, sur tous les fronts. Je lui dédie donc ce triomphe français. Normal d’aimer ça, le triomphe, quand on s’appelle Bonneville !

 

Jean Louis Bernardelli

Photos : Pascal et Arnaud Haudiquert

 

Classements GP de France Motocross.


EMX2 : 1. Romain Febvre, France, KTM. 2. Alexander Tomkov, Russie, Yamaha. 3. Charles Lefrançois, France, Honda. Les autres français : Arnaud Aubin est cinq, Dylan Ferrandis six, Sullivan Jaulin onze, Alexis Gaudree 23, Levy Batista 40.

MX1 :1. Steven Frossard, France, Yamaha. 2. Antonio Cairoli, Italie, KTM. 3. Clément Desalle, Belgique, Suzuki. 4. Xavier Boog, France, Kawasaki. 5 Evgueny Bobrishev, Russie, Honda. 6. Ken de Dycker, Belgique, Honda. 7 Maximilian Nagl, Allemagne, KTM. 8. Rui Gonçalves, Portugal, Honda. 9. David Philippaerts, Italie, Honda. Tanel Leok, Esthonie, TM. Les autres français : Anthony Boissières est quatorze, Gregory Aranda 17, Loic Leonce, 21, Cedric Soubeyras 24. Loic Larrieu 24. David Adam 27.

MX2 : 1. Tommy Searle, Angleterre, Kawasaki. 2. Zachary Osborne, USA, Yamaha. 3. Gautier Paulin, France, Yamaha. 4. Jeffrey Herlings, Hollande, KTM. 5. Ken Roczen Allemagne, KTM. 6 Nicolas Aubin, France, KTM. 7 Arnaud Tonus, Suisse, Yamaha.8. Joel Roelants, Belgique, KTM. 9. Harri Kullas, Finlande, Yamaha. 10. Max Anstie, Angleterre, Kawasaki. Les autres français, Christophe Charlier, 15. Jordi Tixier, 17. Steven Lenoir 24.

 

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