COUPES MOTO LEGENDE A DIJON : T’AS DE BEAUX VIEUX TU SAIS…

25 OOO spectateurs, c’est un triomphe, un de plus à l’actif de la moto.

2011 est décidément une belle année ! Juste après le Grand Prix de France et ses 100 000 fans, le sport moto est clairement ce qui se fait de mieux pour combattre la déprime. En fait, c’est la Sécurité Sociale qui devrait rembourser l’entrée, elle ferait de grosses économies au bout ! Pourquoi ? Parce que ça flanque le frisson, voilà pourquoi. Logique, pour les motards de Dijon… (C’est énorme d’accord, mais je n’allais pas la rater !)

UN SUCCES PHENOMENAL

L’ÉLEGANCE, REINE DE LA JOURNEE

Des files de motos, rangées sur des lignes aussi rigoureuses que celles des routiers aux truck stops américains, des stands pris d’assaut où le public et les pilotes rivalisent de gentillesse,  des engins de course ayant chacun une histoire quasi divine, des champions du monde comme s’il en pleuvait, un bruit démentiel, le beau temps au rendez vous, et c’est parti pour un week-end de rêve absolu.

Le public n’est pas exactement ado, en tous cas pas totalement…et pourtant les yeux pétillent comme ceux des gosses. Pas seulement chez les spectateurs d’ailleurs, dans les stands, l’émerveillement est là, on ignore clairement le mot « blasé ».

HUBERT RIGAL-STEVE BAKER-CHRISTIAN SARRON

Christian Sarron par exemple, qui est au milieu des motos de la collection privée d’Hubert Rigal, me montre fièrement la 350 Yamaha compé-client sur laquelle il a été vice champion du monde. Et la 500 Usine sur laquelle il va courir.

Enfin concourir, ces coupes Moto Légende ne sont pas une course mais une démonstration. Il me fait cette révélation…

« Valentino Rossi lui-même dit toujours qu’il aimerait rouler un jour sur ces engins, ceux e notre époque, juste pour savoir ce que l’on ressent au guidon des machines les plus violentes de l’histoire de la moto sportive ! Tu imagines que je ne m’en prive pas ! »

HUBERT RIGAL


On est donc chez Hubert Rigal, ancien pilote français, passionné comme au premier jour. Il bosse pour une boîte suisse spécialisée dans les motos et les autos de collection.

(www.hubert-rigal.com, et www.classic-motorbikes.com)

Il me parle de ses deux 500 Yamaha Usine.

« Normalement, à l’époque, Yamaha mettait ses motos de compétition officielles au pilon en fin de saison.  Les écrasait quoi, dans une presse. Jean Claude Olivier (Monsieur Yamaha France) a réussi à en garder deux, qui sont donc restées en exposition chez Sonauto. Quand il a quitté ses fonctions, il me les a données. On a beaucoup bossé dessus et voilà le travail. J’ai aussi la Kawasaki H1RW 500 de 1974, c’est une moto unique au monde. Il ya en a eu deux construites, l’autre a été démontée… » .

En somme, grâce à Hubert, la moto a sa Joconde !

Et d’ailleurs cette moto, qui la pilote ?

YVON DUHAMEL

Christ ! Un canadien à l’accent au couteau, âgé de 72 ans !!!

Tabernacle…

C’est  Yvon Duhamel, qui est là…

Il a arrêté la compétition en 1975 !

« C’est la première fois que je roule depuis 2002 ! J’avais arrêté après un accident à Mosport, un gars qui m’a coupé la tête ! Mais tout le monde me parle de Moto Légendes alors j’ai fait un effort ! J’ai appelé Miguel, on a quitté mon village de Ville Emard, près de Montréal, et nous voilà ! ».

Miguel, c’est son fils, un pilote au palmarès insensé. Il a été pilote officiel en Championnat du Monde mais surtout il est recordman des 200 Miles de Daytona, qu’il a gagnées 5 fois !

Il faut y ajouter plus de 90 victoires aux USA en AMA, des courses où l’on sait que ça ne rigole pas. C’est clair que lorsqu’ Yvon est monté en selle, son fils le soutenant pour lui éviter de chuter quand la moto a été démarrée aux rouleaux, une grosse émotion est passée dans le public !

 

ERIC SAUL ET CARLOS LAVADO

RETROUVAILLES AU ZENITH

Moto Légende, on pourrait appeler ça la pyramide de la moto, autrement dit une construction indestructible allant des hommes faits dieux de leur vivant aux hommes devenus hommes grâce à la moto. En passant par tous les stades intermédiaires. Les stars mondiales sont au rendez vous.

9 Champions du monde au programme, dont Steve Baker, premier pilote US, Champion du Monde, Manuel Herreros, dernier Champion du monde en 80cc, une catégorie où l’on roulait à 200 km/h sur des pneus de vélo, Carlos Lavado, deux fois titré en 1983 et 1986, etc…

PHIL READ

Phil Read est là aussi.

Huit titres mondiaux, 52 victoires en GP et 121 podiums au compteur, avec une particularité, il a été titré dans les trois cylindrées, 125, 250 et 500. Il a aussi gagné huit fois le TT, le Tourist Trophy de l’Île de Man, la course la plus dure, la plus dangereuse et la plus prestigieuse au monde.

Pourquoi est-il là ?

« D’abord il ya tous mes copains. Et puis, je roule aussi pour gagner ma vie ! Tu vois mes tee-shirts, les maquettes de mes motos de GP, les casquettes, les casques à mes couleurs, toutes pièces que je vends dédicacées, si je roule, le business marche beaucoup mieux ! Bref, je joins, comme vous dites en  français, le youtil et l’agréable ! »

Grand éclat de rire. Read n’a pas pris une ride !

Il n’y a pas que des Champions du monde. Mais ce milieu du « vintage » génère bien d’autres stars.

Voici Didier Coste, que j’ai connu quand nous étions journalistes à Moto Verte, qui s’est ensuite arraché la paume des mains et le reste pour créer ce bijou de canard qu’est « Vélo Vert ». Il a réussi… et aujourd’hui, il se consacre à sa passion, les voitures anglaises noires et les motos anglaises de même couleur. Sa XK 120 est dans le paddock, attelée à une remorque, portant fièrement sa Norton Inter des années trente. Bel attelage, belle histoire, passion absolue, talent.

ERIC SAUL

 

Voici Eric Saul, ancien pilote de  GP à la belle gueule burinée d’aventurier (au joli sens du terme), qui roule ici sur une Chevallier d’usine. Il est le promoteur des ICGP, des courses de motos de GP datant des années 1974 à 1984. Sept épreuves et quatorze courses au total, organisées en Espagne, au circuit de Catalunya à Barcelone, et en fin de saison à Jarama, puis entre les deux à Assen, Rijeka, Snetterton, Oschersleben, Brands Hatch. Quarante pilotes. Il a commencé en 1999, quand Internet balbutiait, il fallait y croire, et à Internet et au vintage.

HUBERT RIGAL-PHILIPPE VASSARD-GILLES DESHEULLES

Et puis arrivent, en ULM, c’est le dernier must chez les stars de la moto de compétition, deux légendes vivantes des rallyes raids, Philippe Vassard et Gilles Desheulles, les deux complices qui ne se quittaient déjà pas il ya vingt ans. Il souffle ici un vrai frisson de l’histoire.

Histoire ?

Voici celle de Jean Claude Touraine. Qui pilote une sublime Dollar de 1929, son pote Joris Bonnefoy a  un  modèle de la même année, un poil différent. Sa moto est restée dans une grange de la région d’Agen, pendant 10 ans. Le jeune garçon en rêvait, puis il est devenu un jeune ado, puis un jeune homme, qui a fait le siège du proprio de la grange pendant six mois.

Mais dit il, « Elle était dans un tel état que l’on voyait à travers le réservoir ! Il m’a fallu quatre ans pour la remettre en état, et périodiquement, je devais rendre compte au proprio pour montrer ce que je faisais sur la moto. Et puis voilà le résultat ».

Fierté du pilote quand il rejoint le parc fermé avec les motos de sa série. On voit aussi passer deux Indian Scout de toute beauté. Ce jour est leur jour.

LES INOUBLIABLES ET LEGENDAIRES MV AGUSTA

On passe devant le club des Godier Genoud, ces Kawasaki qui ont tout gagné en endurance au milieu des années soixante dix. On passe devant un stand italien qui est venu avec ses MV Agusta, au bruit légendaire, ces motos ont vu gagner Surtees, Hailwood, Agostini… (MV Augusta signifie Meccanica Verghera Agusta, Verghera est l’endroit où était l’usine près de Varese en Lombardie, Agusta est le nom du comte richissime qui a créé la marque et en a financé la gloire). On est aux cieux de la moto.

HUBERT RIGAL

Et puis c’est l’heure des très grands, Sarron sort de son mobil-home vêtu d’une combinaison Nankai flambant neuve, à ses couleurs d’antan, un moment d’élégance traverse notre week-end. Hubert Rigal est tout de noir vêtu, il enfourche sa 500 Yamaha Usine aux couleurs de Kenny Roberts…

Yvon Duhamel, aidé de son fils, enfile lui aussi un cuir tout neuf. Ron Chandler sort sa BSA Rocket 3, suivi de la Triumph 750 de notre ami Eric Fontaine, un expert en jolies motos anciennes.

JEAN BASSELIN-YVON DUHAMEL

Bruit d’enfer, on dirait la guerre, ce sont des engins de guerre, ce sont des guerriers, c’est simplement un moment unique qu’il faut vivre dans une vie. Et le coup de génie de cet évènement, est que vous, amis lecteurs,  vous pouvez le vivre comme nous, ici les journalistes sont des spectateurs passionnés mais pas privilégiés, ces instants de magie sont approchables au plus près.  La recette de ce succès colossal est là. On est entre copains, quel que soit son statut. Et les pilotes sur la piste sont en état de grâce.

 

DIJON OU LA RENAISSANCE…

Depuis 2004, les coupes Moto Légende se déroulent à Dijon-Prenois, après avoir fait les grands jours du circuit de Montlhéry. Olivier de la Garoulaye, qui tient le micro, une vraie cérémonie, officie depuis le début de cet évènement, cela a commencé il ya 19 ans !

Entre les sessions, Il discute ferme avec Jacques Bussillet, ancien red-chef de Moto Journal et de Moto Légende, qui est aussi un journal-papier.

Respect, c’est un peu Mozart qui rencontre Beethoven… ce qui n’empêche pas de vanner sévère sur nos anecdotes vécues ensemble. C’est étonnant d’ailleurs à quel point, à tous les niveaux, cet évènement est signe de retrouvailles.

Non seulement cela combat la déprime mais ça empêche aussi de vieillir. En plus du remboursement par la sécu, les organisateurs devraient être médaillés !

Nous poussons plus loin jusqu’au bureau du patron de l’endroit, Yannick Morizot. Il a repris les rênes du circuit il ya cinq ans, alors que ça partait un peu n’importe où. Il est fana de sports mécaniques et issu de l’agroalimentaire, domaine où la compétition commerciale est féroce. Ses actionnaires viennent de la même filière.

Autrement dit, équipe de choc. Yannick est le frère d’Yves Morizot, créateur de la célèbrissime marque Stand 21, qui se trouve à Talant, dans les faubourgs de Dijon. Yves lui a donné de bons conseils, en particulier celui-ci :

tu ne construis pas d’arcs de triomphe ou des décors hollywoodiens, tu t’occupes d’abord du circuit et de la sécurité

Il nous parle de cette véritable renaissance du circuit.

« Premier point, pas un sou d’argent public. Nous avons des relations formidables avec la région, le département, les communes, mais nous nous finançons tous seuls. Deuxième point, ce circuit a les avantages de la région Bourgogne, ce sont celles que nous mettions en avant dans l’agroalimentaire, l’histoire de la Bourgogne, la beauté de ses paysages, sa gastronomie, ses vins, son bonheur d’y vivre et d’y venir en visite. Troisième point, pour éviter les problèmes de riverains, nous avons décidé que l’entrée au circuit est gratuite pour les habitants des quatre villages, quel que soit la course organisée. Par ailleurs, nous organisons des évènements spéciaux pour les maires et enfin, il ya chaque année un challenge de kart qui regroupe les quatre villages qui nous entourent, quatre autres s’étant ajoutés à la manifestation. Bref, on s’implique totalement sur et autour du circuit ».


On pense évidemment à Spa, tellement menacé, dommage que ce genre d’implication avec les riverains n’ait pas été possible… En tous cas la méthode fonctionne. 260 000 spectateurs au total chaque année, le circuit est réservé 270 jours par an par des utilisateurs privés.

Bilan, 600 000 euros sont investis ici chaque année et le circuit fait des bénéfices. On n’oublie évidemment pas au passage une arme phénoménale de l’endroit, la légitimité mondiale de Dijon dans les sports mécaniques.

Au soir de cette magnifique réussite que sont les Coupes Moto Légende, la belle histoire de la renaissance de Dijon est un gros plus. A vivre absolument l’an prochain, à faire au moins une fois dans une vie.

 

Jean Louis Bernardelli

Photos : Jean-Claude Morenas – Jacques Bussillet – Florence Elbaz – Warm Up Photos

 

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