CHRISTIAN RAYER ECRIT SA VIE

 

Christian Rayer est l’un des pères de la moto tout-terrain française.

C’est par le trial qu’il commence, à l’époque où tout dans ce sport est anglais. Les pilotes (Sammy Miller, homme immense), les motos (Greeves), les résultats.

C’est avec Christian que le trial deviendra mondial.

Et c’est aussi avec lui que naîtront les rallyes raids.

Il vient de publier ses mémoires, « le parfum de l’au delà »

A lire absolument.

 

LE CHANGEMENT DE TEMPS…

Il faut imaginer que dans les années 60, alors que la création du trial remonte au début du 20ème siècle (on disait alors « observed trials » ce qui était d’ailleurs on ne peut plus chic …).

Les motos qui font baver d’envie les amateurs de zones sont anglaises et à moteurs quatre temps.

Norton, AJS, Triumph,  Matchless, et bien sur Ariel au guidon de laquelle Sammy Miller remporte 6 de ses 11 titres nationaux et deux de ses 5 succès au Scottish Six Days Trial, les fameux 6 jours d’Ecosse qui sont aujourd’hui encore la course la plus prestigieuse au monde.

Sammy Miller n’est d’ailleurs pas seulement pilote de trial, il me dira, la première fois que je l’ai rencontré pour une interview destinée à Moto verte, que son pire souvenir était de s’être crashé alors qu’il était en tête du célèbre TT (Tourist Trophy), l’autre plus grande classique moto, à l’Ile de Man.

Il s’agit pourtant d’une course sur route.

C’est à cette époque là, qu’apparaît un garçon surdoué qui n’a qu’un désavantage, il est français !

Il s’appelle Christian Rayer, nous sommes au début des années 60, et un groupe de jeunes garçons roule sur des Motobécane modifiées « trial » par eux-mêmes, et roule bien.

Ceci se passe près de Chaville, en région parisienne, ville devenue célèbre grâce à une chanson évoquant « Les bois de Chaville » et qui va devenir la Mecque du trial français en train de naître, celui qui fera monter l’hexagone au sommet du monde.
Au début, les hauts lieux du trial français s’appellent Clamart et Saint Cucuffa.

Christian et sa bande y courent et y gagnent souvent.

Vient, comme pour toutes les gloires montantes de l’époque, le moment du service militaire. Rayer en sort en 1966.

C’est une époque clé du trial.

D’abord, le Challenge Henry Grouthars, qui était la seule épreuve internationale avec le Scottish, devient Championnat d’Europe.

Ensuite, les grands pilotes du trial anglais ont tous passé les Pyrénées pour aller mettre au point les motos espagnoles à moteur deux temps.

Sammy Miller chez Bultaco, Gordon Farley chez Montesa, Mick Andrews chez Ossa.

Il faut d’ailleurs reconnaître que Greeves a fait des deux temps avant les espagnols, Rayer en est la preuve puisqu’il sera Champion de France en 1965 au guidon d’une Greeves 24TES, à moteur deux temps.

Mais la légende est là, dans la région de Barcelone, c’est là que s’installe la crème de la discipline pour 15 ans, les trois marques se partageant tout jusqu’en 1981, année où un pilote français Gilles Burgat, fera gagner en Championnat du Monde une moto italienne, une SWM.

Cette période espagnole va aussi faire le bonheur de Christian Rayer, qui se bat régulièrement avec Sammy Miller, en Ecosse et en Championnat d’Europe, au guidon d’une Montesa Cota 247 qui rappellera bien de jolis souvenirs à beaucoup d’entre nous.
1970 :

LE MOTO BOOM


L’année magique où l’époque moderne de la moto démarre, en France et ailleurs. Les japonais y sont pour beaucoup.
Une certaine « Honda Four » aussi dénommée en son temps la  » 4 pattes  » est apparue en 1968 au Salon de Tokyo et va mettre le feu au monde de la moto.

C’est l’année où Christian Rayer fonde « Moto 92 » à Chaville.
C’est assez drôle d’ailleurs, alors que la moto de vitesse française naît globalement près de Maisons Alfort, en banlieue sud-est de Paris, le tout terrain est voit plutôt le jour dans l’ ouest.

Les beaux quartiers.

Montesquieu y eut certainement vu un rapport socio-économique intéressant !

A l’instar de Sammy Miller, Rayer n’est pas uniquement pilote de trial. Il pratique aussi l’enduro et plus tard, (1977) sera de l’aventure du Côte d’ivoire-Côte d’Azur (Abidjan-Nice) du célèbre Jean Claude Bertrand, premier rallye-raid de l’histoire.

Il courra aussi au Touquet. Il sera membre de l’équipe officielle Yamaha-Sonauto et pilotera aux côtés de Gilles Comte au Paris-Dakar.

Ceci pour dire qu’à cette époque clé, partout où il se passe quelque chose, Christian Rayer est là.

Et son nom reste indissociable et accroché à sa plus belle réalisation.

La Yamaha TY.

TY : LE NOUVEAU MONDE DU TRIAL

Christian Rayer a donc rencontré celui qui sera pendant quarante ans, l’homme de Yamaha France, JCO alias Jean Claude Olivier.
Ce dernier est un businessman de génie, un pilote de haut rang et un vrai découvreur de talents. Bref l’homme motard absolu.
Il était évident que sa route et celle de Christian Rayer devaient se croiser. Et ils rouleront ensemble pendant des années dans les sables du Touquet et d’Afrique.

Parallèlement, Yamaha Japon a engagé Rayer en 1971 pour créer sa moto de trial. Le concept est un peu différent de celui des motos espagnoles d’alors, il s’agit de faire une trial civilisée, avec laquelle on pourrait aller bosser…

En 1973 sort la TY 250. En 1975, c’est la 125.

C’est simple, nous avons TOUS fait nos premières armes sur cette moto. D’un coup, nous étions bons !

Merci au père créateur !

Le succès a été au rendez vous. Même si le chiffre des ventes n’est pas comparable avec les motos de route, le trial est un mini marché, la TY est un vrai succès.

En 10 ans, toutes cylindrées confondues, rien qu’en France, il s’en est vendu plus de 50.000 exemplaires !

PAPA MOTO


Il fallait bien que Rayer existe tout seul un jour…

Et Christian, qui était excellent mécano depuis qu’il avait préparé sa première Motobécane, réalise et vend des kits, ce qui est encore sa marque de fabrique aujourd’hui, pour donner du peps aux moteurs Yamaha.

Qu’il s’agisse des motos de trial (la 350 et le 239 seront « un régal » au dire des champions français de l’époque) ou de la fameuse DTMX 125 qu’il monte en 175.

Il crée aussi un kit pour la Yamaha XT, modèle phare de la firme.
Voilà, le gosse de banlieue est riche et célèbre, une autre vie peut commencer. Mais auparavant, je veux apporter mon témoignage à cette success story.

Jeune journaliste à Moto Verte, passionné de trial, je me devais de savoir piloter avec les pros. C’est dans la forêt, derrière sa boutique, sous sa conduite, que j’ai commencé à ahaner des « sur place », des montées démentielles, des descentes infernales.
Car Christian donnait ses secrets de pilotage. Et nous sommes des milliers à en avoir profité. Et je dois plusieurs vies à Christian.

Celle de journaliste à Moto Verte d’abord, qui a essaimé ensuite un peu partout. Je ne sais pas si je lui dois mon écriture, ou même ma légitimité, qui sont des valeurs très personnelles que l’on affronte au soir de sa vie. En revanche, je lui dois mon enthousiasme et ma compréhension du sport de l’intérieur, qui sont les clés de ma vie écrite.

Je lui dois aussi la vie tout court, et à plusieurs reprises car c’est lui qui m’a appris à freiner avec adhérence zéro. Et vous imaginez que dans une vie de motard, cela aide vraiment au moment où l’on décide de ne pas se tuer…

Merci Christian.

Son bouquin raconte aussi la suite de son rêve. Ses voyages, sa découverte de l’avion, des Iles Marquise, où Brel a été enterré non loin de Gauguin…

Ses voyages, ses autres métiers, la plongée, la voile, l’immobilier. Une jolie vie, racontée par celui qui l’a vécue.

Et quelque part, forcément, dans votre vie, celle de motard, vous avez croisé un morceau de celle de Christian. Une vraie école de l’enthousiasme et du rêve réalisé.

« Le parfum de l’au-delà » de Christian Rayer est en vente au prix de 22 euro chez LIBRAMOTO, 5  boulevard  Victor  75015   PARIS  et en ligne sur www.libramoto.fr

Sachez d’ailleurs que cet endroit est la caverne d’Ali Baba  du motard…

Jean Louis Bernardelli
Photos : Collection Rayer

 

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