RALLYE OILYBIA DE TUNISIE : STAR WARS!


C’est dans un décor aussi nu que grandiose que s’est déroulée la dernière spéciale du Rallye de Tunisie.

Pas de changements au classement général mais une journée totalement magique, qui a été vécue comme telle par tous les pilotes.

Le mot d’ordre général de cette dernière partie de course étant le plaisir. Rien que du bonheur…

Et au bout, la gloire, celle de Rodrigues à moto, sur Yamaha.

La gloire aussi pour Elisabete Jacinto et son camion Man.

La gloire enfin dans la catégorie des autos pour l’équipage Novitsky-Schulz sur sa BMW X3.

Récit d’une ultime journée absolue…

LE COU(P) DU CHAMEAU…

 

La voiture de photographes est lancée « à donf » sur la piste qui mène vers la dernière spéciale du Rallye de Tunisie. Au-delà d’une certaine vitesse, la tôle ondulée se laisse oublier, elle se contente de chauffer les amortisseurs à blanc.

En revanche c’est du verglas, il faut donc avoir du métier. Alain Rossignol, pistard de toutes les aventures, est au volant.

C’est lui qui signe régulièrement la plupart des magnifiques photos de nos reportages africains.

A ses côtés, Jorge Cunha, photographe portugais qui nous a confié aussi quelques clichés de même qu’Arnaud Delmas-Marsalet, qui nous suit au volant de son Toyota « La Compagnie Saharienne », superbement décoré façon savane et lions qui vont avec.

Il fait dans le sud Tunisien en ce début de week-end, une chaleur écrasante et pourtant  il flotte dans la voiture une sorte de bien être, de plénitude.

Je suis assis à l’arrière, à bord d’un 4X4 avec arceau où l’on doit en gros se plier en dix huit pour se loger et attendre que ça se passe.

Pourtant je suis bien.

Alain est un grand amateur de musique, un vrai mélomane et nous flottons comme des pétales de rose sur un  nuage de bonheur (pas d’inquiétude lecteur, je ne bois pas et ne fume pas… ) en compagnie de Leonard Cohen.

« So long  Marianne » résonne, nous envahit. (Live in London).

Si le bonheur existe, il peut ressembler à ces moments là.
Fabuleuse journée, endroit fabuleux, spéciale fabuleuse et ce n’est pas fini !

Etonnant panneau qui défile à la sortie de Nefta, près de Tozeur. « Ong El Djmel » ce qui signifie ‘’Le cou du chameau’’.

Si le nom de l’endroit est pittoresque, si le paysage autour est un désert absolu dont la lumière aveuglante  brûle les yeux, il est aussi probablement le lieu tunisien le plus connu au monde.

Parce que l’on y trouve, dans un parfait état de conservation, les décors de Star Wars, où Luke Skywalker a passé son enfance.

C’est de là que part la dernière spéciale du rallye.
Idée de génie des organisateurs et de leurs amis tunisiens.

Le ciel est d’une densité que l’on ne trouve que dans ces régions.

Nous prenons la spéciale, avec de grandes pistes où la tôle ondulée prouve qu’ici on roule vite. Puis l’on suit des traces difficiles à trouver, une piste minuscule qui serpente au milieu de nulle part.

Même le bruit du sable sus les pneus est sensuel…

Voilà lecteur comment, sans aucune drogue artificielle, on devient totalement accro au désert.

Et ce dans un décor inouï mais surtout INOUBLIABLE !!!

MOTOS-CAMIONS, LA LOI DES IBERES…

On aura donc compris, si l’on a suivi nos pérégrinations tunisiennes depuis le début de la semaine, que le clan des Polonais a mené le rallye pendant plusieurs jours.

Et puis, il ya eu un sursaut d’orgueil chez les pilotes Yamaha, tous deux ibères, l’un est Portugais, Helder Rodrigues, l’autre, Jordi Viladoms, est espagnol.

Rodrigues, leader à l’amorce du dernier jour, n’a quand même pas voulu risquer la chute ou la casse alors qu’il lui restait juste 126 km de spéciale avant la fin du rallye.

Il s’est contenté de contrôler son seul vrai adversaire, Jakub Przygonski, sur lequel il avait presque dix minutes d’avance.
Il laisse donc à d’autres la gloire des galops de fin d’épreve.

C’est donc le jour de Jordi Viladoms – l’ancien porteur d’eau du GRAND Marc Coma sur les Dakar -, qui, lui, n’a plus rien à perdre au classement général où il est quasiment, c’est le cas de le dire, à… Tataouine !

Pas une raison pour se casser une guitare certes mais quand même, une sacrée envie de montrer que quand il n’a pas de soucis, il est intouchable.

Donc, il en colle une bonne à tout le monde et réintègre ensuite son classement général assez discret, il est quatrième à cinquante quatre minutes du leader !
Ibères devant, au général et au classement du jour, c’est le résultat parfait.

Mais si l’on donne les cinq premiers, il apparaît quand même nettement que le futur est à l’est de l’Europe.

Derrière Rodrigues, on trouve donc Przygonski. Puis vient Jacek Czachor, un autre polonais, Viladoms on l’a vu et le cinquième est encore un polonais, Marek Dabrowski.

C’est clair (Attention, jeu de mots…le patron ici c’est CLAIR, Stéphane Clair) ces pilotes polonais ont fait un Chopin !
Alain Rossignol, les a choppés et regroupés pour un portrait de famille sur autonewsinfo.

Les voilà célèbres !

Dans la catégorie Enduro Cup, victoire de Thomas Borgin sur Husaberg.

MADEMOISELLE DOMPTE SON… MAN !

En camions, ce n’est pas une victoire ibère, c’est un triomphe.
Elisabete Jacinto et son Man – son camion pas son mec – sont tellement beaux à voir passer dans les sables blonds du désert que l’on en oublierait presque à quel point ce jeu peut être cruel en cas d’accident.

Elle descend de son monstre, jolie en diable, souriante comme une gosse gourmande.

« C’est incroyable ce que l’on apprend sur une course comme celle-là ! Belle de bout en bout d’ailleurs, j’ai découvert plein de choses nouvelles en pilotage. Nous ferons encore le Rallye du Maroc avant de prendre le départ, en fin d’année, de cette autre course phénoménale qu’est l’Africa Race . Nous ne changerons pas grand-chose sur le camion, il est de série ».

Mademoiselle Jacinto se permet donc même de faire un peu d’humour, aux dépens du pauvre journaliste que je suis.

Dont’ acte,

Elisabete, vous êtes tellement belle que j’admets m’être fait avoir.

C’est sûr que des « Man » comme le vôtre, on en voit à tous les coins de rue…


AUTOS : NOVISTSKY ALIAS « TUNISIX 3 »

La veille de cette ultime spéciale, j’étais en train d’écrire le résumé de la journée dans la salle Internet de l’hôtel El Mouradi à Tozeur.

Michel Perin y était assis, devant son gros ordinateur, suivant le road book et le reportant sur Google Earth ! La course en 3D !

Et l’on trace la route, on pose des punaises jaunes aux endroits clés…

Michel est le très capé copilote de Nani Roma. Il nous confie que ce travail de préparation peut lui prendre des heures chaque jour.

Ce qui est incroyable, c’est qu’il est évidemment interdit d’avoir un GPS à bord des autos, autre que celui fourni par les organisateurs, qui donne des infos a minima. Il est également interdit d’avoir à bord autre chose que la carte fournie par l’organisateur.

Alors Michel se donnerait tout ce mal pour rien ?

Que nenni !!

Il vérifie chaque passage du road book, parce qu’au sol, en course, à pleine bourre, on peut avoir un doute et en arrivant sur un changement de direction à plus de cent cinquante à l’heure, une hésitation devient une éternité.

Le lendemain, l’équipage gagne la spéciale, Michel me dira modestement que son optimisation de road book, ça marche !

Et le fait est que dans les portions où il y avait plusieurs options, on gagne du temps. Accessoirement, on énerve la concurrence qui peut penser que l’on a fait des repérages !

Oui il ya repérages, mais sur ordinateur la veille !

Bien joué… mon gars !

Côté symbole historique, c’est amusant de s’appeler Roma et de gagner au pays d’Hannibal, chef carthaginois qui a terrorisé et pulvérisé les troupes romaines avec ses éléphants

Mais c’est comme à moto.

Belle victoire mais sans conséquence au général, Roma avait perdu 35 minutes deux jours avant en allant déchirer sa belle BMW X3 dans le chouff.

Le vainqueur de cette formidable semaine est le Russe Leonid Novitsky, lui aussi sur BMW X3, d’où le surnom, Tunisix3…

Voiture que soi-dit en passant,  il a loué comme compé-client une petite fortune à l’usine, on parle de plusieurs centaines de milliers de dollars.

Ce qui n’ôte rien à sa performance.

Rappel. Son formidable navigateur est allemand et doit lui passer les consignes du road book en russe !

« C’est simple » dit Andreas Schulz, « je connais 70 mots de russe. Aujourd’hui j’ai même, à plusieurs reprises, utilisé un mot de français que Leonid connaît bien. Le mot « Prudence ! » D’ailleurs, tu as vu que sur la piste, nous sommes restés carrément derrière Roma. Au moins 700 mètres, distance minimum pour voir la piste malgré la poussière ».

Là, comme Jacinto, il se fiche un peu de ma g… mais c’est le jeu en interview.

Le tout est d’en être conscient…

Derrière, Jean Louis Schlesser, deuxième au général, reconnait que le Russe a vraiment bien roulé. Nous parlons après la course, près du somptueux buffet offert en plein désert par le ministre des sports du nouveau régime tunisien.

« Leonid sait aller vite, maintenant il sait aussi être cool avec la mécanique. Il devient un vrai super pilote. D’une façon générale, je pense que faire courir ce rallye coûte que coûte était vraiment une obligation. On a aussi montré aux touristes qui ont déserté l le pays après les évènements qu’ils peuvent revenir. Et vite, le pays a besoin d’eux ! »

LE MOT DU CHEF

Nous retrouvons ensuite Stéphane Clair, le boss de NPO, organisateur de cette sublime épreuve qui nous dresse  le bilan de ce Rallye Oilybya de Tunisie.

« D’abord, j’ai la satisfaction de ne jamais avoir eu d’accident grave sur ce rallye en catégorie auto. En revanche, pour les motos, je suis très triste de ce qui est arrivé à Chaleco. C’est vraiment un très grand pilote. J’espère qu’il va se remettre vite. La sécurité est une des raisons pour lesquelles nous avons fait un tracé un peu difficile des spéciales, pour ralentir les pilotes. Nous avons aussi voulu qu’il y en ait pour tous les goûts, un circuit très varié. Sur un plan général, je suis content de ne pas avoir annulé l’épreuve, nous avons vraiment bien fait. Du coup, les Tunisiens ont pu se réapproprier l’évènement, ils se sont investis, ils veulent continuer. C’était la première fois que nous appliquions le principe de boucles autour d’un point central en Tunisie. Les concurrents ont adoré. Ce rallye donne une bonne image du pays, notre pari commun est donc réussi ».

Après cet entretien, nous avons eu une petite heure pour aller fureter dans les souks de Tozeur.

Avant de prendre l’avion en direction de Paris.

J’ai encore plané un grand coup. Dans une petite échoppe, le commerçant faisait résonner la musique envoutante du Loud, cette guitare hispano-arabe qui flanque le frisson.

Musique quasi éternelle.

Le pays l’est aussi mais il attend le retour de ses amis…

Nous en tout cas, on a passé une semaine de rêve, huit jours idylliques au milieu de paysages de romans et de cinéma mais en réel …

Jean Louis Bernardelli
Photos : Alain Rossignol (desertrun)

 

 

 

 

 

 

 

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