RALLYE OILIBYA DE TUNISIE : VIN VERT ET VODKA…AU POUVOIR !!!

 

Le vin vert, alias « vinho verde » est l’une des boissons de fête favorites au Portugal, pays dont les pilotes Rodrigues et Jacinto  ont pris les commandes dans les catégories moto et camion du Rallye Oilybya de Tunisie.

La vodka elle, est plutôt festive à l’est, on sait que le Russe Novitsky est leader de la catégorie autos depuis deux jours.

Si, bien sûr, tout est encore possible, cela a un sérieux air de podium…

MOTOS : RODRIGUES AS-TU DU CŒUR ?

Une bonne grosse spéciale, longue de 300 km, avec tout ce qu’il faut pour rendre un pistard heureux

Sable à volonté, cailloux, pièges en tous genres, grandes courbes en dérive et freinages d’urgence, voilà ce qui demande du cœur.

Et Helder Rodriguez, du cœur, il en a plein.

Il est toujours à la poursuite de sa première victoire en Championnat du Monde des Rallyes Raids et ce jour est le sien.

Le jeune « Lisboeta », c’est-à-dire originaire de Lisbonne, a fini le Dakar cette année en troisième position, derrière les deux KTM officielles de Coma et Despres.

Avec le cœur, il a aussi le talent. Et il envoie le bougre. Et fort, très fort

Parti le premier sur la ligne de départ, il a ouvert en grand. Gaz à donf partout.

 

A l’arrivée, il n’a vu personne, il a roulé tout seul :

« C’était très difficile aujourd’hui. Il fallait rouler vite partout, la navigation n’était pas évidente. Le rythme était  vraiment très élevé. Mais je me sentais bien. Normalement derrière, on n’a pas dû me voir beaucoup… ».

Bon bilan. Il colle neuf minutes à la concurrence immédiate. Et au général, il déloge le Polonais Przygonski, où il devient leader avec neuf minutes trente cinq secondes d’écart.

C’est clair, en ce jour, Rodrigues avait du cœur.

Arrivé assez longtemps derrière la Yamaha, le Polonais, on va l’appeler par son prénom Jakub, c’est plus simple, Jakub donc est philosophe :

« Je n’ai effectivement vu personne, j’ai roulé seul. Il me met combien Rodriguez ? Neuf minutes ? Bon, c’est logique. J’ai eu vraiment un problème de concentration en début de spéciale, peut être à cause de l’heure que j’ai passée à côté de Chaleco hier après son accident, ça a dû me perturber. Mais je vais te dire, je suis heureux, oui heureux parce qu’en essayant  de suivre un mec comme Rodrigues, je me suis fait plaisir. Je n’ai pas son niveau, mais avec lui on apprend ! ».

Le beau gosse qu’est Jakub sourit en grand. Il a vingt six ans et l’avenir lui appartient. Avec un tel enthousiasme, il déplacera des djebels (des montagnes)…

Deuxième de l’étape, second au général, pas mal !

Des nouvelles de Chaleco, justement, emmené par hélico à Djerba. Notre consoeur  Judith Tomaselli est allée le voir à l’hosto, c’est clair qu’il n’a pas fait semblant de se faire mal. Omoplate et clavicule out, cheville opérée d’urgence, main cassée, cinq côtes out, le sternum enfoncé, un hémothorax, c’est-à-dire une rupture de la plèvre.

A l’arrivée de la spéciale d’aujourd’hui, vingt quatre heures plus tard,  Rodrigues évoque l’accident avec d’autres personnes du rallye, il y aurait  eu un problème.

Plus d’une heure pour évacuer Chaleco.

Stéphane Clair, patron du Rallye de Tunisie, nous explique ce qui s’est passé :

« L’alarme a été déclenchée à 10h08. L’hélico est arrivé sur site (là où l’accident a eu lieu) à 10h26. On a dû médicaliser le blessé, sur place, sur le lieu de l’accident, puis  le ramener au bivouac pour une anesthésie générale qui a permis de réduire la fracture à la jambe, et ce avant de l’emmener à l’hôpital. C’est pendant l’intervention des médecins au bivouac que nous avons fait le plein de la machine. Nous n’avons évidemment pas retardé l’évacuation pour refaire les pleins ! ».

AUTOS : FROM RUSSIA WITH LOVE

C’est le titre d’un fameux James Bond, qui symbolise bien l’arrivée gagnante des pilotes Russes en terre d’Afrique.

Sur la ligne d’arrivée de cette spéciale, c’est la BMW rouge de Novitsky qui pointe la première. Suivie comme son ombre par une autre BMW, noire celle-ci, pilotée par Nani Roma.

Pour une fois, nous faisons parler les équipiers. Michel Perin, qui navigue Roma…

« On est partis les premiers, on a laissé passer Novitsky au kilomètre soixante. On l’a repassé un coup, il avait jardiné un peu et dans la poussière, on l’a laissé repasser. La navigation n’était pas simple mais pas plus dure que ça… »

On comprend donc que la BMW noire a ouvert la piste pour la rouge, c’est logique, l’équipage Roma-Perin est à l’agonie, suite à sa sortie de piste il ya deux jours.

Alors on donne un coup de main à l’équipage le mieux placé.

Nous allons donc voir Andreas Shulz, coéquipier de Novitsky.
Histoire amusante, Leonid, le pilote, ne parle que le russe, et donc très mal l’anglais. Rappelons ici que Shulz est un formidable co-pi, Il a entre autres navigué Jutta Kleinschmidt quand elle a gagné le Dakar.

Ici, pour naviguer Novistski, Shulz a fait un truc de dingue. Il a appris le russe de cockpit.

Tous les mots techniques nécessaires pour dicter les notes du road book en russe.

On imagine ce qui peut arriver s’il se goure !

« Je ne parle russe que dans la voiture ! Pas un mot quand j’en suis sorti. Et ça marche ! Aujourd’hui, regardez les temps que nous avons fait ! »

Et de partir d’un grand éclat de rire ! C’est sûr qu’au sein du team BMW, on respire.

La menace du buggy de Schlesser s’est éloignée et se fait plus lointaine. Le grand bleu arrive en trombe, mais avec douze minutes de retard sur la BMW du russe. Il raconte à l’arrivée qu’il n’y avait rien à faire.

« Aujourd’hui, c’était une vraie spéciale avec tous les types de terrains possibles et imaginables. Dans les autres spéciales, on a pu se battre mais, on était au dessus de nos moyens ! Là on a fait tout ce qui est possible, on a super bien roulé, tu n’as qu’à regarder nos pneus, ils sont foutus. Rien à faire, tu prends les temps par secteurs intermédiaires, je prends régulièrement quatre minutes par tronçon de spéciale. En plus j’ai des problèmes d’alternateur, cela n’a pas eu d’influence sur les chronos mais il faut que je m’en occupe fissa. Il ya encore 130 kilomètres de liaison ! On se retrouve à Tozeur et je t’explique tout… ».

C’est sûr que douze minutes de retard à une spéciale de l’arrivée, ça sent l’opération souci !

En plus la course en question ne fera que cent vingt six kilomètres.

On attend un peu sur la ligne d’arrivée.Déboule alors le camion de la petite Reine des sables, Elisabete Jacinto.

CAMIONS : WHEN A « MAN » LOVES A WOMAN…

Ce titre a fait florès parmi les journalistes de la salle de presse du rallye.

Vous le verrez peut être sur d’autres sites, sachez donc qu’en lisant autonewsinfo, vous avez l’original…

Bon, pour ceux d’entre vous qui seraient vraiment très jeunes, c’était un slow de folie où les filles vous tombaient forcément dans les bras. (Chanson de Percy Sledge, c’était en 1966, il ya quarante et un ans, cela a pu en effet vous échapper…).

J’ai trouvé que ça allait bien pour Elisabete Jacinto, cette nana adorable qui dompte tous les jours les cinq cent cinquante chevaux et les dix tonnes de son camion de course « Man ».

A sa descente de camion, la « Montijenense » (elle est de Montijo, près de Lisbonne) ne cache pas sa joie.

Elle parle parfaitement le français:

«  Tout s’est passé très bien. Aucun problème aujourd’hui. On a même roulé bien plus vite que prévu. Je me suis juste fait mal au pouce, mon volant m’a échappé, s’est mis à tourner comme un fou, j’ai voulu le rattraper. On s’est juste arrêtés un moment pour passer une sangle à un concurrent très ensablé ».

Ici lecteur, une remarque sur la modestie de la jeune personne.
Se faire piéger par un volant en furie est une faute de débutant.
Vous apprendrez, dès votre premier cours de 4X4, à GARDER LES POUCES A L’EXTERIEUR !

Claude Coutard, qui formait les futurs pilotes du Camel Trophy, leur disait que faute de se souvenir de cette règle, un jour, ils verraient leurs pouces tomber sur le sol de la voiture…

C’est donc une grosse leçon de modestie, pour un pilote aussi capé qu’Elisabete, d’admettre une telle faute de base

Bon, même avec un pouce douloureux, elle va envoyer du très lourd, le dernier jour.

SCHLESSER-PESCAROLO, MÊME COMBAT

Retour à Tozeur, où comme prévu je retrouve Jean Louis Schlesser.

Rappelons avant cet entretien qu’il ya plusieurs catégories d’autos  en course. Les buggies ont le droit à des moteurs plus puissants que les 4X4, des débattements de suspensions plus importants, des roues de taille plus grande

Comme en endurance avec les bolides ‘’diesel’’ et les ‘’ essence ‘’.
Et Schlesser, c’est le … Pescarolo des Rallyes-raid

Mais si la Fédé (FIA) a tenté de rétablir une certaine égalité entre catégories, il reste une différence énorme.

Jean Louis Schlesser parle ici comme concurrent mais aussi comme constructeur.

« Je construis des buggies deux roues motrices pour deux raisons ; sportivement c’est très intéressant, très spectaculaire. Et cela coûte aussi infiniment moins cher. Mais. Car il ya un mais. En deux roues motrices, nous sommes limités par la surface de contact des pneus. On a ainsi une vraie limite de puissance  car au dessus de 250 chevaux, nous ne pouvons pus passer cette puissance au sol. Cela ne sert donc à rien de rajouter des chevaux. Dans la même situation, un 4X4 pourrait passer 500 chevaux ! C’est pour cela que leur puissance maxi est réduite, mais pas assez. Et au niveau du couple, leurs moteurs ont des chiffres énormes, de l’ordre de 100m/kg, ce qui représente 25 m/kg par roue ! Il ya donc entre eux et nous un énorme pourcentage de déficit d’adhérence. Il faut donc encore modifier les règles, sinon, comme aujourd’hui, on ne peut rien faire…. Evidemment on va penser que je suis de mauvaise foi. Je te rappelle alors que quand Gordon est venu courir avec nous, il n’a jamais été devant moi !

Explications : Robby Gordon est un ancien vainqueur de la Baja 1000, course disputée en Basse Californie au Mexique et qui est l’évènement le plus célèbre d’Amérique dans le domaine du tout terrain.

Jean Louis rappelle juste que certes il cherche à faire évoluer les règles, mais quand il y a équivalence de véhicules, il sait être devant ce qui se fait de plus rapide au monde.

Argument qui tient debout…

Et il est en effet dommage que la lutte pour la victoire dans ces rallyes tout terrain ne soit pas plus disputée…

Elle y gagnerait en spectacle…

Jean Louis Bernardelli

Photos : Alain Rossignol

Sport

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