RALLYE OILYBIA DE TUNISIE 2011 : PUR ET DUR…

 

C’est ce dimanche que part le Rallye de Tunisie. Il y avait pourtant un milliard  de raisons de l’annuler. Et deux raisons de le faire partir. L’envie et la passion. Celles de l’organisateur, NPO.

Et celles des concurrents, inoxydables, qui après quelques doutes, ont finalement décidé de se faire plaisir. Plateau de très haut de gamme, l’histoire peut continuer…

LE BON PLAISIR

60 concurrents au départ, dont plusieurs champions du monde de rallye-raid, le Rallye de Tunisie se présente bien, dans une situation générale que l’on imagine pourtant floue. En fait, soyons clairs, cet évènement pouvait être facilement condamné. Pays moins charismatique que ses voisins du Maghreb,  proximité de la Libye, images de la Tunisie quasiment monopolisée par le flux d’émigrants, qui voudrait encore venir courir ici ?

Réponse… les purs et durs. Ils sont là.

D’un enthousiasme absolu. Conscients de ce qui se passe autour, et voulant aussi au passage donner un coup de main à une économie du tourisme très fragilisée. Et cela fait un très beau plateau. Mais en dehors de cette envie de rouler, ce Rallye de Tunisie, il faut le mériter. Cet évènement, qui promet de sérieux coups de cerceau et de poignées dans le coin, est en effet réservé aux initiés. Il faut d’abord rejoindre Tozeur, point de départ. Et ce n’est pas si facile qu’il y paraît…Cela fait partie de la légende du sud, du grand sud. Il faut y aller !

IT’S A LONG WAY…

Mon maître (à penser, à écrire, à découvrir le monde, bref mon maître en tout…) Albert Londres avait l’habitude de décrire en ouverture de ses reportages les conditions souvent démentes de ses voyages.

Cela, je suppose, crédibilisait l’essence de ses écrits, qui n’avaient d’ailleurs pas besoin de cela. L’immense talent de ce conteur de génie suffisait, selon sa propre formule, à « tremper sa plume dans la plaie ».

De façon bien plus modeste, j’essaierai sur ce rallye de Tunisie de tremper ma plume dans ce qui plaît…

Cela dit, côté expédition, … Il faut donc d’abord rejoindre Tozeur. C’est au centre du pays, au nord de ce fameux Chott El Jerid, plaine saline sans aucune végétation, qui est l’amorce du Sahara, site qui a servi d’initiation à des générations de futurs aventuriers.

J’imaginais que le voyage vers la ville de départ du rallye susdit serait de l’ordre de la promenade. Damned !

Avion plein comme un œuf. Et pas comme un œuf de Pâques, dont les enfants savent à quel point la garniture est aléatoire, laissant plein de vide dans la coquille ! Non, (ces trucs minuscules dénommés « monocouloirs » qui permettent en effet aux compagnies de remplir leurs foutus zincs comme l’ovoïde sus cité, notre malheureux Airbus est archin plein. Nous sommes serrés comme dans un œuf…dur !)

L’Airbus est bondé, en plus du rallye, il y des gens qui vont à Djerba. Bon, les voyages forment paraît-il la jeunesse, serais-je passé dans la catégorie des vieux cons ronchons ?

Tout à coup, là, je me demande… Et pardon de cette introduction un peu longue, ma façon à moi de répondre aux sceptiques se demandant si ce Rallye de Tunisie devait être maintenu ou non, nonobstant les évènements dans cette région du monde.

Bien sûr qu’l le fallait !

La preuve est que justement l’avion est plein. De gens qui ont aussi envie de voir une Tunisie qui commence à avoir le droit de respirer.

THALASSA !

La mer !

Expression de joie des soldats d’Alexandre qui venaient de traverser (à pieds !) la moitié de l’Asie.

Quand la côte méditerranéenne passe sous les ailes, tout à coup, c’est comme s’il y avait moins de monde dans l’avion. Cap au Sud, on oublie le retard (parce que bien entendu et comme d’hab, nous sommes restés une heure dans l’avion à attendre le décollage…).

Puis, c’est une autre mer qui défile. Des nuages, signes de temps maussade mais peut être de pluie en-dessous, c’est ce que l’on souhaite aux cultures des oasis.

Oasis ?

Oui, nous sommes dans le désert, enfin au-dessus. Par moments, par taches éparses, il se laisse découvrir un instant, mais, durant la descente,  il s’obstine à peindre la totalité du tableau en jaune sale.

Explication quand l’avion se pose (enfin !). Au sol, 35 degrés, le vent brûlant, le paysage nimbé du même jaune dégueulasse.

C’est sûr, le Sahara n’est pas loin et il est mal luné. C’est un temps, disons, pour initiés.

Euh.. Saint Ex a sûrement écrit des choses phénoménales là-dessus mais quand le sable se mêle au vent, entre dans les yeux, dans les dents, dans le nez, c’est vite exaspérant ! Mais le sud est là…

PLATEAU D’ELITE, COURSE D’ANTHOLOGIE A PREVOIR

C’est connu, la qualité va mal avec la quantité. Soixante concurrents, par rapport aux cent vingt prévus, c’est maigrichon.

Stéphane Clair (photo), organisateur de l’évènement, nous explique que son rallye est passé pas loin du couperet.

« Depuis les évènements de janvier, les annulations tombent. Côté officiel, soit comme chez KTM on a eu peur pour les pilotes, soit dans certaines écuries privées on se souvient de l’annulation au dernier moment du Dakar, et l’on n’a pas envie d’investir avec un risque d’annulation. Ou alors, ce sont les assurances qui ont refusé de couvrir les concurrents. BMW, qui est là avec ses voitures officielles, (dont celles de Novitsky et Roma) a eu un mal fou à trouver un assureur !  J’avoue avoir pensé laisser tomber, mais nous nous sommes dit qu’annuler serait notre arrêt de mort. Cette année est le trentième anniversaire du Tunisie ! Et puis je n’avais pas non plus envie d’abandonner les tunisiens, car ils y tiennent à leur rallye. D’ailleurs, l’armée a été d’une aide considérable, ils nous ont guidé dans des passes superbes, difficiles d’accès, où le rallye de Tunisie n’est jamais passé. Du coup, l’épreuve aura moins de concurrents que prévu (mais il ya eu des années avec encore beaucoup moins de monde) mais sportivement, elle restera dans les mémoires. Beaucoup de sable au programme, et grosses difficultés dès la première spéciale. Il ya plusieurs champions du monde au départ, dans les trois catégories, Moto, Auto, Camions. Chaleco, Schlesser, Novitsky, Jacinto par exemple. J’oublierai vite les doutes, et au classement, il ya aura des surprises jusqu’au bout ! Voilà le programme ».

Ajoutons à titre personnel que cette épreuve fait partie des très grandes.

Schlesser (photo) a gagné ici cinq fois, Pierre Lartigue huit fois, et l’on trouve encore au palmarès des noms aussi prestigieux que Peterhansel (trois victoires), Luc Alphand, Ari Vatanen, et même Jean François Piot, ami immense aujourd’hui disparu.

A moto, on note des noms énormes comme Chaleco Lopez, Despres, Pain, Coma, Meoni, Sainct, Magnaldi, Peterhansel (tiens…) dont certains ne sont plus des nôtres, le destin, toujours lui, ayant décidé de les rapatrier au Walhalla des héros.

Alors bien sûr, ce rallye ne pouvait pas disparaître.

Il faut encore préciser deux ou trois trucs.

D’abord que le parcours du rallye est tracé loin des frontières. C’est bien entendu une question de sécurité mais c’est aussi une évidence.

Un rallye tout terrain ne peut se dérouler qu’en zones désertes, donc au centre du pays. Par ailleurs, il n’est pas forcément facile aujourd’hui de s’appeler Rallye Oilibya…

Stéphane Clair répond.

« Je traite, qu’il s’agisse de ce rallye ou de celui du Maroc, avec des hommes d’affaire tunisiens et marocains, qui sont en train de créer un réseau dans leurs pays respectifs. Notre accord de sponsoring a été validé par les américains chargés d’interdire les flux financiers pouvant servir Kadhafi. J’ai reçu les sommes prévues, tout est transparent ».

Alors ?

Place au sport bien sûr, mais surtout au grand sud. Les embarras sont derrière, place aux vrais ennuis et aux vrais frissons, ceux de la course.

Avec, en auto, une bagarre de folie à prévoir entre les BMW et le Buggy Monster du team Schlesser. Avantage théorique aux 4X4 allemands, parce qu’ils sont plus nombreux et parce que le buggy est en deux roues motrices.

Cela dit, ces engins surpuissants sont également très légers.

Alors ?

On verra, rien n’est jamais écrit d’avance, sauf le destin. (Dont le problème est d’ailleurs qu’on ne sait pas le lire…).

Chez les motards, l’absence de KTM ouvre bien sûr la voie » Royale  »  au Chilien , le très talentueux et très populaire pilote Aprilia, Francisco Lopez, beaucoup plus connu sous son surnom, Chaleco.

Mais… les Yamaha de Helder Rodrigues et Jordi Vladoms sont bien affûtées, en pilotes et en mécaniques.

La BMW de Verhoeven n’est pas non plus là pour faire de la figuration.

Et puis surtout, il ya le sable. On s’y englue, on s’y paume, tout cela signifie perte de temps et sur des étapes de l’ordre de 250 km, comme le chantait la divine Barbara, le temps perdu ne se rattrape plus.

Interdit de se louper ?

Même pas. Enfin, pas forcément. Le destin, lui, sait. Il est aussi de capable de révéler des talents, qui peuvent faire exploser les équipes les plus affûtées.

Au programme, six jours de course, dont trois autour de Ksar Ghilane, endroit célèbre chez les randonneurs, en plein milieu de nulle part et donc, en application d’une règle particulière aux pistards, totalement paradisiaque !

Retour à Tozeur par Ras el Oued, endroit totalement inconnu à quelques lieues d’une ville symbole du voyage lointain, Tataouine.

Cela existe !

On ne va pas voir grand monde, c’est sûr. En revanche ce sera du très beau monde !

Jean Louis Bernardelli

Photos : Arnaud Delmas.

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