AFRICA ECO RACE : ETAPE 8. MAESTRO SCHLESSER!

C’était juste impossible!

Gagner au volant d’un buggy deux roues motrices, une spéciale de plus de 400 km bombardée de… dunes de sables hautes comme des immeubles, c’était vraiment infaisable.

Il l’a fait.

Il prend dans la foulée la tête du classement général autos de l’épreuve.

Il ?

Evidemment le ‘’ père Jean Louis ‘’

Jean Louis Schlesser a réalisé le rêve d’une vie de pilote : Un jour parfait.

Pas une crevaison, pas une erreur de navigation, pas un problème technique et pas une faute de pilotage… 
 

 
ETAPE DE FOLIE


Très grosse étape au programme du jour, une boucle de plus de 400 km, avec retour au bivouac de Guelb Agantour, en Mauritanie.

René Metge avait annoncé aux concurrents qu’ils en prendraient plein les yeux, le décor, pour ceux qui ont vu et revu le film, est celui de « Fort Saganne », qui a d’ailleurs été tourné tout près, à Chinguetti.

Sable jaune presque fluo et roches noires, traînées minérales de toutes les couleurs, c’est encore un Eden. Pour les yeux a dit René…

Parce que pour les suspensions, les pneus, les navigateurs, tous secoués au-delà de l’imaginable, ces 400 km vont être très longs.

On a dit hier que cette étape pouvait être décisive. Qu’en tous cas, il ne faut pas la rater.

Message entendu…

Le Tchèque Tomecek par exemple, sur son camion Tatra, part comme un bolide, il a déjà flanqué un bon coup à son adversaire Elisabete Jacinto hier, dont le Man est trop lourd dans le sable, elle a dû dégonfler les pneus et forcément, deux de ces énormes boudins ont déchapé.

Bilan, une heure dans la vue au général.

Aujourd’hui mercredi, Tomecek veut terminer la mise à mort
Il va tellement vite qu’il se bat avec certaines des voitures de tête, il sera un bon moment en cinquième place au scratch, derrière Pélichet, leader du général autos ! 

Pour Schlesser, qui a encore quatorze minutes de retard au général (il a rattrapé quarante minutes en gagnant quatre étapes de suite) la seule tactique est de foncer.

Hier, il a réussi, aux commandes de son buggy  Monster-Sonangol, deux roues motrices, à reprendre du temps au puissant 4X4 de Pélichet, leader au général, alors qu’une grosse partie de l’étape se déroulait dans le sable, terrain théoriquement cruel pour les buggies.

Aujourd’hui, où le sable est partout, Schless’ sait qu’à priori, il peut refaire le même coup.

Et il envoie.

Et il envoie bien… notre pote !

MOTOS : LE JOUR DES KTM

En début de course, ils sont toujours là et tous les quatre !  
Dubois et Jobard roulent en duo, N’Diaye et Bourgin roulent aussi ensemble, un peu derrière.

Dubois, et c’est ainsi depuis deux jours, décide finalement de vivre sa course tout seul en tête et il « enroule », ce qui veut dire, en langage motard, qu’il tourne la poignée de gaz…

Malheureusement, la belle chevauchée prend fin, problème mécanique, Dubois laisse partir Bourgin et Jobard qui finiront de nuit, dans cet ordre, avec une minute trente d’écart.
Jobard reste leader au général, de très loin.

N’Diaye est arrêté aussi, à quelques kilomètres derrière Dubois. Ils repartent quasiment ensemble, il est  alors 18h30, ce qui n’est pas tard, mais l’arrivée est extrêmement loin et surtout, la nuit du désert est vraiment noire.

Y rouler à moto est une vraie galère.  Ils roulent en compagnie de deux voitures, autrement dit, ils ont l’éclairage.

Mais aussi la poussière. Bon, un concurrent de rallye raid qui ne connaîtrait pas cela, ne serait pas vraiment initié… 

  
 
AUTOS : LA FUSEE BLEUE

Dès le départ, Schlesser envoie la foudre.

Déchainé. Bien sûr, l’alternance de portions rapides et de passages dans les dunes fit revivre la fameuse théorie de l’élastique, que l’on connaît par exemple sur les circuits de F1, où à chaque entrée de virage, la voiture qui est devant freine alors que celle qui est derrière est encore en pleine vitesse.

Donc il ya rapprochement.

En sortie de courbe, ce qui est ici dans le désert Mauritanien une sortie de dunes, la voiture de tête accélère à nouveau, celle qui est derrière est encore en vitesse lente et l’écart augmente.

C’est juste qu’ici les « courbes en forme de dunes » font cinquante km de long !

Et c’est évidemment très crispant quand on est dans la voiture de tête.

Dans le premier tiers de la spéciale, Lethier, sur l’autre buggy Schlesser, et Henrard s’intercalent entre le leader « Monster » de la spéciale et le leader du classement général.

Puis, quasiment en même temps, ces deux voitures s’arrêtent et Pélichet se retrouve derrière Schlesser .

Il est à quelques km derrière, il voit donc son sillage de poussière. Dans le sable, il voit ses traces.

S’il arrive à le suivre, il garde ses précieuses … quatorze minutes d’avance. S’il arrive à doubler, ce qui serait logique, vu le terrain, il pourra augmenter cette minuscule marge.

Mais suivre un Schlesser en « furia », bien secondé par sa navigatrice, n’a rien d’évident.

Avant de terminer la boucle infernale du jour, il reste quatre cordons de dunes à attaquer de face.

Autrement dit perpendiculairement à la pente.

Dix mille pièges mortels pour qui se laisse ensabler. Et Schlesser devient barreur de haute mer, comme sur un catamaran dévalant et avalant des vagues monstrueuses à une vitesse effroyable !
Pelichet doit s’arrêter quelques minutes et laisse passer les deux camions de Tomecek et Jacinto en folie, qui se battent comme dans un combat de coqs.

Devant, Schlesser passe le dernier cordon et enquille fort.
L’Iritrack, repérage par satellite, donne 201 km/h sur certains tronçons !

Derrière, bataille magnifique entre Lethier et Henrard où se joue la troisième place au général, pas très loin de Jean Louis en fait.
Pelichet a perdu beaucoup de terrain.

Et c’est fait !

Etape et classement général le même jour.
32 minutes gagnées aujourd’hui et dix huit minutes d’avance au général.

Un très bon jour  pour JLS !

 
CAMIONS : TATRA GAGNE, MAN TRACAS…

Donc, on l’a dit en ouverture de ce reportage, Tomecek veut sonner l’hallali.

On l’a dit aussi, c’est à peine croyable, au bout de 200 km de spéciale, il joue avec les voitures de tête.

Derrière, Elisabete Jacinto s’accroche. Elle ne lâche rien, elle arrive même à remonter sur le Tatra, ce qui lui permettrait de gagner l’étape mais sans vraiment rattraper grand-chose de l’heure perdue hier.

Elle arrive même à le doubler mais dès lors, le Tatra n’a plus qu’à se caler sur sa vitesse.

D’ailleurs le Tchèque repasse. Et à l’attaque des derniers cordons monstrueux de dunes, Jacinto voit s’éloigner son adversaire.

Et les ennuies recommencent, elle doit s’arrêter, plusieurs fois.
Ce n’était visiblement pas son année !

Elle le reconnaît, son Man est plus lourd que le Tatra, plus difficile donc à faire passer dans le sable mou.

Rien à faire, d’autant plus que devant, son Tchèque d’exécuteur ne fait pas d’erreurs.

Certes le rallye est loin d’être terminé.

Mais le moral des Portugais est salement ensablé !

31 minutes perdues aujourd’hui et une heure quinze au général !

Dur ! 
 

DEMAIN… PAS DE LIAISON, QUE DU BONHEUR !

C’est un peu comme pouvoir chausser les skis devant le chalet…

Pas un centimètre de liaison entre le bivouac de Guel Agantour et celui de Tenadi.

Juste 300 km de spéciale.

Bien sûr, il y aura encore de la dune, mais aussi des secteurs très roulants.

Bagarre très équilibrée donc entre le terrain pour buggies et sable pour les 4X4 classiques.

On est plein sud, Dakar se rapproche… un peu.

Jean Louis Bernardelli
Photos : Alain Rossignol


 

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