LA MOTO A UN …. BOLLE D’OR!

Entretien avec le Président de la FFM.

Il n’y a pas beaucoup de Fédérations Françaises qui aient pu offrir huit titres de Champions du monde au pays en 2010…

Il est même probable que la FFM, (Fédération Française de motocyclisme), soit la seule dans ce cas.

A l’occasion de la présentation de l’(ex) Enduro du Touquet, dit Enduropale,  qui se fait aujourd’hui en collaboration entre la FFM et la ville du Touquet, nous avons pu discuter boutique avec le dynamique Président de la fédé, Jacques Bolle, 51 ans.

Fait rare, le milieu est plutôt satisfait de son Président. Alors, quel est le secret ?

…. Il est vrai que pour une fois, on a affaire à un Président qui sait de quoi il parle ! Et pour cause, il fut un excellent pilote en Grand Prix, victorieux même du très prestigieux GP D’Angleterre à Silverstone !!!

C’était un 31 juillet. En 1983.

 

Jacques Bolle est donc Président de la FFM depuis 2008. Une affaire qui tourne rond, avec 70 000 licenciés.

Il est juriste spécialiste en droit du sport – comme l’actuel Président de la FFSA (Fédération Française du Sport Automobile) – et de façon pas du tout accessoire, on l’a dit ancien pilote et vainqueur d’un GP de folie en Angleterre,  en juillet 1983.

DES RESULTATS DE RÊVE

Huit titres de Champion du monde, en individuel ou en collectif, bien sûr, ça cause !

Avec par exemple le récent triomphe de la France aux ISDE du Mexique  (International Six Days Enduro, qu’il faut appeler cette année « CDIDE, Cinco Dias Internacionales de Enduro », les pistoleros,  bandidos et divers traficantes ayant choisi de fêter le sixième à coups de colts, il a donc été décidé de supprimer ce dernier jour de course),  où la France gagne en équipe masculine, en équipe féminine et en individuel. (Ce qui rapporte d’ailleurs un seul titre, le féminin et l’individuel n’ont pas droit à ce nom).

Bien sûr, on remarque que tous ces titres se sont gagnés en tout terrain.

« Normal » répond Jacques, « la majorité des licenciés viennent du TT. 40 000 enduristes et crossmen pour 14 000 licenciés en vitesse. Cela dit, en moins de 10 ans, nous gagnons quand même 3 titres mondiaux en vitesse, dont celui de Mike Di Miglio en 2008, pilote directement issu de la filière fédérale ».

Egalement titrés, Olivier Jacque et Arnaud Vincent.

Gilles Gaignault, redacteur en chef d’autonewsinfo, présent lors de l’entretien et célèbre pour sa mémoire phénoménale, rappelle alors  que Patrick Chapuis, avec qui il bossait alors à l’Equipe, lui avait dit en 1979, à l’occasion du titre mondial 750 cc  de Patrick Pons qu’il s’agissait de la première couronne mondiale en sports mécaniques jamais gagnée par la France.

Toutes disciplines confondues, autos et motos.

Beau titre de gloire dans l’histoire pour la moto Française.

Mais justement, cette pratique du sport moto est menacée.

Jacques Bolle :

« Nos deux projets importants actuels sont la sauvegarder l’activité moto et l’assistance aux clubs pour organiser leurs évènements. La plus grosse menace est le lobby, et donc la réglementation administrative incroyablement compliquée de l’environnement. Les clubs organisateurs qui savent très bien gérer par exemple les relations avec les propriétaires des terrains, les riverains, les communes, se voient infliger des centaines de pages de réglementation à respecter, à ce niveau, ils ont besoin d’assistance juridique et financière. Et puis, au niveau politique, nous avons un groupe parlementaire « sports mécaniques », je suis allé défendre nos organisations à l’Elysée, David Douillet est très actif, on sait qu’il adore la moto ».

L’ARME ABSOLUE, L’ACQUISITION DES TERRAINS

« Un jour », nous dit Jacques Bolle, « Le Président, très âgé,  d’un club de motocross de la région de Meaux, en Île de France, m’a dit que faute de trouver un successeur, le terrain allait fermer. C’est ainsi que nous nous sommes dits que la Fédération devait acheter les terrains de cross, pour sauver cette activité très développée mais totalement dépendante du foncier. Nous avons continué dans ce sens, en rachetant les terrains de Montlaur, de Château du Loir, de Cussac (en négociation), de Berchères. Ceci deviendra systématique quand un terrain considéré comme important sera menacé ».

Le Président nous dit que sur ce point, le consensus des licenciés est quasi unanime, et en interne, il ne s’est trouvé qu’un seul opposant au projet sur 36 membres du comité directeur…

On nous précise aussi que dans ces cas, la Fédération est un propriétaire foncier passif, les clubs restent maîtres de leurs organisations. Voilà ce qui s’appelle une idée aussi simple que terriblement efficace…ce n’est pas la seule.

Lorsque l’Enduro du Touquet s’est arrêté, la FFM a aidé la ville et la région à remonter une épreuve, l’Enduropale, nom qui vient de « côte d’opale », qui se déroule uniquement sur la plage, avec le même succès populaire que son prédécesseur, on a compté l’an dernier 250 000 spectateurs (vous avez bien lu 250 000 !) et qui verra cette année 1000 motos au départ le dimanche 30 janvier, plus une épreuve réservée aux jeunes pilotes et une course de quads le samedi 29 janvier.

Il est clair qu’en France la moto est un sport extrêmement populaire. Le succès d’épreuves aussi différentes que le Touquet, le Supercross de Bercy, le Bol d’Or ou plus récemment le Salon Moto Légende ou le tout nouveau concept de Scorpion Masters à Alès le prouvent.

Il s’agit donc d’une sorte de patrimoine sportif que la Fédération préserve contre vents et marées politiquement démagogiques et administrativement massacreurs.

CAROLE NE MOURRA PAS UNE DEUXIEME FOIS

On se souvient que le circuit Carole, près de Paris, a été créé pour éviter les rodéos sauvages en banlieue, en particulier à Rungis, et dont la jeune Carole Le Fol avait été la dernière (et vingt cinquième !) victime. 

C’était en 1979, Yves Mourousi était intervenu en haut lieu pour soutenir le projet.

Or, aujourd’hui, ce circuit est menacé.

D’abord, parce qu’il n’est plus aux normes de sécurité actuelles.

Jacques Bolle :

 « C’est hélas simple. A l’époque, les motos qui tournaient développaient  90 CV, aujourd’hui on est à 200 cv ! »  L’Etat, propriétaire du terrain, s’est engagé à faire ces travaux, la Fédération veut des garanties sur ces engagements.

Deuxième problème, le Conseil Général de Seine Saint Denis, qui finance aujourd’hui le déficit de fonctionnement du circuit, à hauteur de 350 000 euros par an,  veut se dégager de cette obligation.

A ce stade, le circuit menace carrément de fermer.

La Fédération est prête à se substituer au département en ce qui concerne cette gestion, qu’elle veut évidemment améliorer, mais à condition que l’Etat et la Région Ile de France fassent les travaux nécessaires. (Estimation, deux millions d’euros au total).

Or, les gens qui gèrent ce dossier à la région ont changé.  Aujourd’hui, c’est Jean Vincent Placé qui en est en charge. Cet homme est le numéro deux d’Europe Ecologie, pas vraiment réputé pour son sens de la négociation…

Le Conseil Général entend arrêter de financer en juillet 2011. C’est dire qu’il ya urgence.

Jacques Bolle :

« Nous sommes confiants. La solution existe. Nous avons prévu d’associer la FFMC à la gestion du circuit ».  (FFMC : Fédération des motards en colère, association très « activiste «  à ses débuts, toujours très en pointe sur la sécurité et participant activement aujourd’hui à de nombreuses manifestations sportives).

C’est à ce point que nous parlons argent. Combien pèse la FFM ?

Jacques Bolle :

« Notre budget annuel est de 15 millions d’euros, nous avons dégagé l’an dernier un bénéfice de 350. 000 euros. L’effectif est de 50 personnes ».

Très beaux résultats en fait. Qui permettent d’agir sur bien des tableaux. On passe justement aux questions qui fâchent…

GRRRR !

Dans les coulisses du Supercross de Genève le week- end dernier, quelques bruits désagréables ont couru.

Par exemple que le club de Saint Jean d’Angely, qui organisera l’an prochain la manche Française du Championnat du monde et le Motocross des Nations, autrement dit qui a une belle saison devant lui, bénéficierait en plus de la gratuité des droits dus à la fédé pour toute organisation sportive.

Jacques Bolle réagit :

« En ce qui concerne le choix du club, l’autre possibilité était Ernée, en Bretagne, et ce club n’en a pas voulu. Pour ce qui se dit sur la gratuité des droits, c’est n’importe quoi… »

Sur ce point, le Président est donc très ferme.

Sur le suivant, il est plus nuancé.

Livia Lancelot, Championne du monde de motocross féminin, rencontrée à Genève, nous a dit ne plus vouloir faire ce Championnat où les concurrents se font rançonner de 500 euros par évènement par le promoteur italien, Youthstream.

On entre ici dans une très grosse histoire de très gros sous. Dans une épreuve, les concurrents paient toujours un droit d’engagement auprès du club organisateur.

Mais jamais au promoteur d’un Championnat !

Promoteur qui prétend dédier cet argent à la production des images de télé !

Jacques Bolle :

« Cette pratique me choque en effet. D’un autre coté, avant Luongo (le patron de Youthstream), il n’y avait pas de télé sur les GP de motocross. Je dirais que c’est une méthode choquante pour un objectif noble. Puisque l’on parle du motocross féminin, j’en profite pour dire que c’est un championnat intéressant, les filles qui roulent en tête vont vite. »

UN NOUVEAU CONCEPT : ENTREES GRATUITES

Ce n’est absolument pas un gag et ce concept fonctionne à merveille dans plusieurs domaines.

En automobile, les WSR (World Series de Renault), en aéronautique le Musée de l’Air et de l’Espace au Bourget  et en moto, le récent Scorpion Masters d’Alès sont des succès considérables.

Le principe est simple. Si l’évènement est intéressant, il y aura évidemment un public colossal. Et ce public devient non seulement un trésor parce qu’il consomme (buvettes, stands etc… ; il faut donc qu’il soit extrêmement chouchouté)  mais il permet aussi à un sponsor de l’évènement de faire un business important (merchandising, promotion, notoriété).

Jacques Bolle :

« Le modèle est viable mais risqué. Il faut du sponsoring et des pilotes connus. Au Vigeant, ils l’ont testé aussi. Deux fois. Cela a très bien fonctionné une fois, moins bien une autre fois, du fait d’une mauvaise météo. En fait, la billetterie sert quand même d’amortisseur… mais le concept est intéressant. Bien sûr, dans le cas d’Alès par exemple, nous avons consenti des droits exceptionnellement bas, les pilotes avaient accepté de rouler sans primes de départ, et nous voulions aider cette épreuve particulièrement originale ». 

Alors ?

Alors clairement, cette fédé là sous ce Président là, vont dans le bon sens.

Il ya évidemment encore des points noirs. L’enduro, qui se déroule sur des circuits de plus de cinquante km, est plus compliqué à sauvegarder.

Idem pour le trial, qui n’est pas un problème spécifiquement français, qui donne des signes de faiblesse et doit se reconstruire une légitimité et pour tout dire une nouvelle culture, voire de nouvelles règles.

Mais les choses essentielles sont faites. On avance dans le bon sens.

Dire du bien d’une fédé ou de son « praize » est une rareté dans les sports mécaniques.

Cet article est donc rare, comme tout ce que vous lisez sur ce site… 

Jean Louis Bernardelli

Photos : François Beau –  FFM – Ville du Touquet

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