GP MOTO DU PORTUGAL A ESTORIL : LORENZO, MONSIEUR GRAND BOULEVARD

En sport moto, un boulevard signifie un écart énorme entre les pilotes à l’arrivée.

Le fait est que les deux Yamaha officielles, celles de Rossi et Lorenzo, qui se sont offert une bagarre de dieux, ont collé plus de … 25 secondes au reste de la troupe, autrement dit plus d’une seconde au tour en moyenne !


Et Lorenzo, d’abord derrière Rossi pendant la moitié de la course, le saute (il le double en jargon de pilotes) de façon magistrale et le largue au point de passer la ligne d’arrivée en quasi solitaire…

Yes !!!

Le GRAND Rossi, largué !

Et par son propre équipier au guidon de la même machine, la Yam !!!

Autre boulevard donc mais en plus du duel sportif, il ya ici une bataille d’orgueil dont Jorge  Lorenzo est vainqueur et par KO.

LE BAL DES ORGUEILLEUX

Bataille d’orgueil puisque pour Lorenzo, les jeux sont faits, il était déjà Champion du monde de la catégorie MotoGP 2010.

En revanche, le jour où il a décroché son titre, Rossi a mis un point d’honneur à le battre !
Un partout, la balle au centre…

Retour à l’envoyeur sur ce GP du Portugal.
Et ce genre de règlements de compte se fera encore très probablement de cette façon, le week-end prochain à Valence, en Espagne, pour le dernier GP de la saison.

C’est que Rossi n’a toujours pas digéré le traitement de faveur, offert par Yamaha à Lorenzo, c’est même pour cette raison que Valentino, troisième pilote le plus titré de toute l’histoire de la moto, derrière Agostini et Nieto, a signé avec Ducati pour les deux prochaines saisons.

Mais pour nous spectateurs, cette incroyable bataille d’ego entre les deux meilleurs pilotes du monde est un régal.

Stoner a encore une fois eu l’élégance de laisser ces messieurs se battre seuls, en se retrouvant à plat ventre dès les premiers tours.
Spectacle à couper le souffle quand aux alentours du 14ème tour, la caméra embarquée de Lorenzo filme Rossi juste devant lui.

Démentiel, irréel, incompréhensible qu’une moto puisse tenir le parquet avec ce genre de pilotage.
Ce circuit d’Estoril est spécialement tortueux, on y trouve en particulier un énorme pif-paf, (en jargon, deux virages opposés enchaînés de façon très brutale), d’une violence insensée au moment du changement d’angle, plus loin on passe en bout de ligne droite de plus de 300 à 85 km/h avec un freinage de folie, où les enregistreurs notent une force gravitationnelle de 2G.

Bref, tout ce que peuvent donner ces motos ultra sophistiquées, pouvant sortir 240 chevaux, tout cela a été utilisé à l’extrême limite par ces deux formidables pilotes.

Et puis Rossi finit par rendre la main, laissant Lorenzo partir vers sa huitième victoire de la saison, ce qui tombait bien, car derrière une autre guerre totale avait lieu.

Et le réalisateur de TV est logiquement parti s’intéresser à cinq autres pilotes en folie.

LA GUERRE DE TROIS

C’est pour la troisième place sur le podium que ces pilotes vont s’arracher comme des malades.
Le vrai héros de cette bagarre est l’italien Simoncelli.

Au guidon d’une Honda privée, que l’on a vu sauter comme un cheval de rodéo durant toute la course, il se bat jusqu’au dernier mètre avec une Honda officielle qui passe comme un rail grâce à une partie cycle incroyablement efficace, celle de Dovizioso.

Les deux pilotes ne se font pas de cadeaux, on se touche, on se passe à qui mieux mieux.

Simoncelli est un héros. Il est troisième au dernier virage, Dovizioso vire large et envoie toute la puissance de sa moto d’usine pour passer le héros de quelques cm sur la ligne.

C’est dégueulasse ?

Nous ne sommes pas ici dans le monde des hommes, mais dans celui des Dieux.

Dovizioso a su mettre l’avantage de la moto officielle là où il le fallait, Simoncelli a en revanche un mérite insensé d’arriver à se battre à si haut niveau.

Bref pour deux héros, il n’y avait qu’une place sur le podium, le monde des motards a su choisir entre le coup de génie sportif et le génie technologique…

Génie technologique, vraiment ?

Un exemple : comme en F1, les retransmissions TV bénéficient d’informations techniques transmises en même temps que les images des caméras embarquées.

On y voit donc les tours-moteur. 15 000, 16 000, c’est  effarant, et puis le chiffrage devient plus flou au dessus de ces valeurs, car ces moteurs vont bien au-delà.

C’est un des secrets les plus jalousement gardés par les teams officiels mais on estime qu’une moto d’usine sort sans problème 20.00 tours-minute.

Ici, les ingénieurs aussi sont des Dieux…

Dovizioso et Simoncelli ne sont pas seuls sur la ligne d’arrivée. Ben Spies aurait normalement dû être de la partie mais durant le tour de formation, ses pneus froids l’ont trahi et envoyé dans le gravier.

Abandon avant le début de course, horreur au sein du Team Tech3, où l’on espérait légitimement une belle place à l’arrivée.

Mais quand un héros manque à l’appel, ce sport ne manque pas remplaçants !

Dovizioso est donc troisième, devant un Simoncelli qui réussit là son meilleur résultat de la saison.

Dans un mouchoir, arrivent ensuite Hayden, De Puniet et Edwards.

Excellent résultat pour le pilote français, qui s’est battu pendant tout le GP, avec les motos d’usine.
A l’arrivée, il déclare:

« Sixième après une course passée en bagarre pour le podium, honnêtement, même si j’ai fait quelques erreurs, j’arrive enfin à être constant. Et après tout ce que j’ai dû endurer suite à ma chute en milieu de saison, je suis plutôt content ».

LA GUERRE DE TROIS (BIS)

On a déjà évoqué ici la bagarre pour le classement final de ce Championnat, derrière Lorenzo déjà couronné Champion du monde.
Rossi vient d’y gagner une place, la troisième, celle de Stoner, pilote Ducati qui depuis quelques GP finit incroyablement soit  devant, soit  par terre…

C’est Dani Pedrosa qui est second. Dani a souffert le martyre lors de ce GP, deux G dans les bras avec une clavicule cassée au moment du freinage, on imagine mal bien sûr mais le courage de ces garçons est aussi insensé que leurs performances.

Or, Dani finit ce GP du Portugal en huitième position.

Au final, il a 236 points au compteur, Rossi 217.

11 points d’écart et encore un GP à courir.

Si Pedrosa ne retrouve pas ses moyens physiques et le GP de Valence est dans seulement huit jours, Rossi peut encore réaliser un miracle.

Et finir Vice-champion !

Sauf que… le pilote italien déteste ce circuit et que les espagnols jouent à domicile.

Lorenzo aura donc à cœur d’y battre une nouvelle fois « il dottore » et Pedrosa découvrira que quand on roule devant 100.000 fans, on a moins mal.

Bref, c’est limite impossible pour Valentino.
Justement, il adore ça Valentino quand c’est impossible..

125 : TOUJOURS PAS DE TITRE

On a dit en début d’article que c’était le jour des héros. Ainsi l’espagnol Marc Marquez (Derbi) a-t-il réalisé le fantasme de bien des pilotes.

Parti dernier parce qu’il a chuté dans le tour de formation, (les pneus froids, toujours…) il est vite quatrième, puis remonte sur Terol, avec qui il est en bagarre et dans cette course et pour le titre de Champion du monde.

Et il gagne avec un peu plus d’un dixième de seconde d’avance, arrivant à passer l’Aprilia deTerol dans le dernier tour.

Si Marquez est Champion du monde à Valence dimanche prochain, devant son public, il l’aura vraiment mérité. 


Jean Louis Bernardelli
Photos :  MotoGP


Moto

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