RALLYE OILYBIA DU MAROC, LE CINQUIEME JOUR : STATU QUO EN TÊTE

Cinq jours, c’est à peu près le temps qu’il a fallu pour créer un monde et cela a dû se faire autour de Zagora, nous y reviendrons.

Pour dominer le Rallye Oilybia du Maroc, il a fallu moins de cinq jours à Peterhansel et ses coequipiers BMW. En fait, il s’agit de jours d’essai qui permettent, de façon non accessoire, de gagner une course incroyablement variée dans ses parcours.  

Chez les motards en revanche, il faudra plus de cinq jours pour que l’une des écuries officielles, Yamaha ou KTM décroche définitivement le pompon de l’édition 2010.

Autrement dit, l’étape de vendredi a été fabuleuse en terme de voyage, fructueuse en ce qui concerne le sport et exemplaire dans les domaines de l’enthousiasme et de l’organisation.

COMMENT FONT- ILS ?

La question ne se pose plus à propos des pilotes, comment font-ils pour rouler aussi vite en restant vivants ou même sans prier pour être sortis d’un monde aussi cruel ?

Une fois pour toutes, cette réponse, nous ne l’avons pas, elle n’est pas d’ordre humain.

En revanche, comment font les ingénieurs pour fabriquer des trucs qui résistent à ce genre de traitement, eux que l’on pensait scientifiques et donc rationnels avant tout, comment font juste les fabricants de pneus pour résister à un bombardement de pierres continu, d’une violence inouïe, qui dure des heures par des températures impensables ?

C’est ce que je me suis demandé une première fois aux petites heures du jour, trente km après le départ de la spéciale, qui emmenait les pilotes passer deux cols franchement raides et bourrés de pierres énormes, pointues, aux arêtes vives puisque d’origine volcanique, et entre les cols, une immense cuvette, en fait un cratère, plat comme une feuille de papier avec des vitesses de passages démentielles, frisant probablement les 200 km/h pour les autos, et toujours dans un champ de pierres !

Même spectacle deux cents km plus loin, sur un reg, un désert de pierre noires (où David Neal a du avoir l’idée de tourner Lawrence d’Arabie !) la résistance de tous les éléments du véhicule, est inimaginable.

Le décor, en lui-même, c’est simple c’est tout simplement la lune !

Manque juste Neil Armstrong redisant le 21 juillet 1969, son texte pré-appris par cœur sur ‘’le pas géant de l’humanité’’…

Peterhansel en défonce, Coma à l’attaque comme s’il était au départ d’une spéciale d’enduro de deux km, (il ya en a deux cent cinquante à s’envoyer, et c’est du cher partout), ça le fait finalement aussi bien qu’un petit pas pour l’homme…

Vu aussi la ‘’Princesse’’  du désert, Elisabete Jacinto, aux commandes de son camion Man, avec un pilotage tellement propre que même la poussière est au garde à vous…

Là encore, quand on voit la cabine valdinguer sur ses amortisseurs, on ne comprend pas comment ça tient…

AUTOS ET CAMIONS, FLUCTUANT MAIS STABLE

Voilà, dit brutalement, Peterhansel n’a pas gagné la spéciale du jour. Son coéquipier polonais Holowczyc lui prend en effet  une minute quarante.

Le  » Héros du jour  » tombeur de Peter, lâche:

« Après cinq jours de course au volant de la BMW X3, je crois que je commence enfin à utiliser son potentiel. L’étape du jour était très technique et je voulais reprendre le plus de temps possible à Novitsky pour pouvoir rêver de la 2e place finale. »

Stéphane Peterhansel, précise :

«Là on termine en roues libres. Cela ne sert à rien d’abîmer la voiture avant le Dakar. L’étape était belle et technique, on a été un peu secoué dans une portion trialisante mais, dans l’ensemble, notre BMWX3 se comporte vraiment à merveille.»

Novitsky troisième, logique, mais Chicherit quatrième c’est un effort surhumain. Il se trouve en effet que le pilote, malade à crever la nuit précédente n’a pas fermé l’œil de la nuit et malgré les suites très douloureuses que l’on imagine, il ne rend (très mauvais jeu de mots j’en conviens…) que… sept minutes et demie minutes à son leader.

C’est dire le courage du garçon !!!

Derrière l’armée des BMW, une armada de buggies et de Bowlers  s’accroche et bataille comme  les cuirassés de Reichtoffen.

Pelichet et son coéquipier Decré, sur le MD, sont quatrièmes au général devant les deux Bowlers de Sireyjol et Lachaume.

A ce stade, ce sont plus que des pilotes, des héros !

Patrick Sireyjol (Bowler Wildcat Cummins n°313) explique :

« Très belle étape aujourd’hui. Une piste parfaite pour notre Bowler. La bataille avec Jérôme Pélichet devient vraiment intéressante… »

Jérôme Pélichet (Springbok MD Rallye Sport n°311) qui poursuit :

« J’ai roulé durant 100 kilomètres dans la poussière de Sireyjol et j’ai bien cru devenir fou ! Le GPS tombait à nos pieds toutes les deux minutes et alors que je tentais un neuvième dépassement, j’ai pris une grosse pierre qui a cassé une jante à l’arrière…»

Jean Brucy (Buggy MD Rallye Sport n°305)  enchaîne:

«Nous sommes partis en tonneau dans un fossé à la sortie d’un village. La voiture s’est remise sur les roues et nous sommes repartis plus vite que si nous avions eu une crevaison !»

Le mot de la fin étant pour le Chilien Boris Garafulic (Pickup Nissan Overdrive n°307) :

« Normalement j’étais contraint de quitter ce rallye jeudi soir pour une importante réunion au Chili. Mais je me suis tellement amusé sur ce Rallye OiLibya du Maroc que j’ai pris toutes les mesures pour retarder mon départ d’un jour. J’ai passé un rallye incroyable… »

Jacinto et son camion Man sont treizièmes au classement du jour, douzièmes au général.

« Encore une superbe étape pour nous. À ce rythme nous pouvons encore espérer signer une dixième place finale au scratch !»

Kustnetsov (Mitsubishi) est toujours en tête du classement des voitures de série, et seizième au général.

Davoy-Guéhennec en spectateurs pour le final

C’est la mort dans l’âme que Jean-Marie Davoy et Alain Guéhennec ont regardé partir les rescapés du rallye du Maroc ce vendredi matin. Et ce matin, c’est également en spectateurs qu’ils assisteront au final à M’hamid.

Après le bris de châssis dont fut victime leur buggy, jeudi, le pilote sarthois et son navigateur bretons ont préféré jouer la carte de la sécurité en s’opposant à une réparation de fortune qui ne leur aurait pas assuré une sécurité optimale.

C’est par leurs propres moyens et au volant de leur buggy que les deux hommes ont rallié le parc d’assistance de Zagora, jeudi, à la tombée de la nuit. Michel Gambillon, le « sorcier » de MD Rallye Sport leur proposa bien de ressouder le châssis cassé pour qu’ils puissent repartir mais Jean-Marie Davoy ne revint pas sur la décision qu’il avait prise quelques heures plus tôt.

« Pas question de prendre des risques. Le rallye du Maroc est terminé pour nous. »
 

Un dernier mot, encore des demoiselles, encore du camion. Elles sont trois, de Toulouse et des environs, qui ont passé leur permis poids lourds pour participer aux rallyes raids.

Leur camion est évidemment peint en rose, elles sont adorables, grâce soit rendue à Myriam Mazucchini-Tofanello, Valérie Pasqualini et Françoise Mercadier, originaires de Haute Garonne et du Tarn.

Elles sont loin de menacer Jacinto au chrono mais elles se marrent, elles adorent la compétition et sont dingues du Maroc,  ce qui tombe bien, les demoiselles du Team Angel Trucks sont vraiment venues pour ça .

MOTOS ET QUADS, UN JOUR SANS PAIN…

Une heure et demie perdue !

Triste jour pour Olivier Pain. Tout marchait bien, et soudain, tout s’arrête.

Plus rien !

Olivier Pain raconte :

« Quelle bêtise! J’en n’en reviens toujours pas d’avoir perdu près d’une heure trente pour une bêtise pareille. C’est lorsque j’ai remarqué qu’il n’y avait pas d’essence dans le tuyau d’alimentation sortant du réservoir d’appoint que j’ai compris. Je l’ai percé avec un tourne vis… »

En fait, le carburant est stocké en plusieurs endroits, entre autres pour éviter ces véritables citernes à essence qu’étaient les motos du Dakar à la grande époque des Auriol, Neveu Lalay et autres Rahier.

Il ya donc des réservoirs auxiliaires à l’arrière de la moto. Et lorsque Olivier passe sur auxiliaire, plus de jus. Alimentation coupée, semble t’il un problème de mise à l’air du réservoir.

Il n’y a pas de voiture d’assistance rapide sur ces rallyes aux étapes courtes, le pilote doit se débrouiller seul.

Et rien ne lui indique bien sûr, on n’est pas sur un Airbus (quoique…) que le réservoir est bloqué.
Alors il démonte, il démonte.

Quand il trouve enfin, il a perdu la bagatelle de, retenez-vous bien… 90 minutes !!!

Dommage…

Rallye évidemment terminé en ce qui concerne le classement général, il est au fond.

Mais les autres ont eu leur lot de sueurs froides et de  réussites. Despres a fait très attention à ne pas répéter l’erreur de la veille, il ne se trompe pas, roule comme le métronome, comme la machine à gagner qu’il est.

Il est donc vainqueur de la spéciale. Contrat du jour rempli.

Cyril Despres explique :

« Après ma mésaventure d’hier, je me suis concentré à 100% du départ à l’arrivée et je crois que cela a porté ses fruits Ce rallye n’est pas fini et vous ne m’entendrez pas crier victoire avoir d’avoir franchi la ligne d’arrivée finale..»

Mais derrière, cela ne se passe pas tout à fait aussi facilement. Coma, que l’on a vu passer, magnifique, sans un grain de poussière sur le casque (ce qui signifie qu’il est en tête…) passe aussi trop vite dans un village et se prend six minutes de pénalité.

Punition qui était curieusement arrivée l’an dernier le dernier jour à … Cyril Despres !!!

Comme quoi, on peut tous un jouer être une tête de linotte…

Du coup, sixième du jour seulement le pilote Espagnol !

Marc Coma qui lâche :

« Depuis la pénalité de mardi, je savais que ce rallye était perdu. Mais aujourd’hui, j’ai néanmoins encore donné le maxlmum. L’étape était très technique et cassante,mais la KTM fonctionnait très bien sur ce type de terrain…»

Alors, deux ‘’Yamaha boys’’ et une BMW ne se font pas prier pour passer en quasi triomphe sous l’arche gonflable, étonnante en plein milieu du désert, qui symbolise l’arrivée.

Jordi Viladoms, Yamaha, est à trente secondes de Despres, la BMW de Verhoeven est à une minute et demie et la Yamaha de Rodriguez à un peu plus de cinq minutes.

Un Frans Verhoeven (BMW 450 n°9) ravi:

« Je suis particulièrement heureux de cette étape et même de l’ensemble de ce rallye. Nous y avons effectué de l’excellent travail en vue de la préparation pour le Dakar. De plus, j’ai reçu un texto très encourageant de David Frétigné »

Tout comme Jordi Viladoms (Yamaha 450 WRF n°5) :

« Les essais effectués chaque jour commencent à porter leurs fruits. Aujourd’hui, je me suis senti nettement mieux sur la moto et le chrono en témoigne… »

Alors, du coup, même si l’on sait qu’il reste une seule spéciale à courir ce samedi, de 150 km, on peut imaginer, on le verra sur le classement général ci-.dessous, qu’il faudra rester zen sous le casque pour deux ou trois pilotes durant cette étape finale.

Ce samedi justement, ce sera une sorte de vrai sprint.

Motos et autos auront deux départs différents, parce qu’il s’agira de départs en ligne, donc tout le monde en même temps, GPS fonctionnant en continu pour améliorer l’attaque (en mode normal, ils n’émettent que lorsque la moto ou l’auto arrive à quatre cent mètres du point de contrôle) et il y aura une boucle de quarante km à effectuer quatre fois.

Final grandiose en somme, tout à fait digne de ce rallye concocté par Stéphane Clair et ses équipes de NPO, décidément à la pointe des idées !

 
Jean Louis Bernardelli
Photos : Alain Rossignol

 Classement autos et camions

1.Peterhansel-Cottret, BMW- 2. Novitsky-Schulz, BMW, à 53’44’’ – 3 Holowzyc-Fortin, BMW, à 54’42’’– 4. Pelichet-Decré, Buggy MD Rallye, à 3H49’’– 5. Syreyjol-Beguin, Bowler, à 3H 51’’
12. Premier camion, Jacinto-Gotlib, Man, à 7h03’’.
 

Classement Motos et quads

1. Despres,KTM – 2. Rodrigues, Yamaha, à 9’53 – 3 Coma, KTM, à 15’15’’ – 4 Przykonsky, KTM, à 34’08’’ – 5 Viladoms, Yamaha, à 34’’42’’.
Le premier quad, Delesque, est treizième à 8h33’.

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