RALLYE OILYBIA DU MAROC : LA DANSE DU SABLE

196 km de liaison pour rejoindre (et revenir de…) M’Hamid, porte du Sahara, depuis Zagora, centre de la course, et 260 km de spéciale, en deux boucles dans un des plus beaux paysages de sable de l’Afrique du Nord, (pour trouver mieux, il faut aller en Lybie), voilà le programme. 

Ce sont bien entendu les Teams d’usine qui mènent la danse, BMW et son intouchable et légendaire pilote Stéphane Peterhansel écrasent la catégorie auto, Coma et Despres, les deux pilotes de pointe du Team KTM dominent assez nettement les motos, mais sans avoir une avance considérable sur le Team Yamaha France.

  UN RALLYE EST UN VOYAGE

Si vous avez la chance de voyager au sud du Maroc, vous aurez forcément, même si ce n’est pas la porte à côté, envie d’aller ressentir le grand frisson saharien.

Pour cela, il faudra aller à M’Hamid, c’’est assez simple, c’est plein sud et la route s’arrête là…

M’Hamid ou une copine de Gilles Gaignault, Maguy Briois tient probablement le Riad le plus au sud du désert marocain, le fameux  »Drom Blanc » !

Aprés, c’est l’Erg. Et du bel Erg, des dunes magnifiques, ces fameuses barkhanes dont la forme ciselée est due à l’action du vent.

C’est là dedans, à l’ouest de la ville,  que les concurrents du Oilybia Rallye du Maroc sont allés jouer ce mardi. Une petite boucle de 130 km, à faire deux fois.

Si le navigateur a bien ouvert les yeux au premier tour, le deuxième est une rigolade. Sauf que le premier tour a laissé des centaines de traces !
Et qu’il n’y en a qu’une bonne…

En dehors du navigateur, encore dit le co-pi, il y a au volant un « truc » toujours énervé qui s’appelle le pilote, dont le boulot consiste à aller vite et ne jamais s’ensabler, chose qu’il fait cependant de façon assez  redondante et, bien entendu, en engueulant le co-pi qui l’a mis dans cette situation.
C’était notre rubrique « l’Afrique c’est magique mais, dans certaines circonstances, ça peut énerver ».

Et bien  entendu, cela ne concerne que les autos. Chez les motards, la constante est plutôt à l’auto…engueulade !

UN RALLYE EST UNE EPREUVE

Et comme dans toute épreuve, il y en a qui s’en sortent mieux que d’autres. A noter cependant que dans la première boucle, la moto la plus rapide, celle de Coma, met, à 20 secondes près, le même temps que la voiture de Stéphane Peterhansel, c’est rare, on l’a dit, les voitures bénéficient d’un navigateur, là où les motards sont seuls, doivent en principe tenir le guidon, regarder ce qui se passe sous les roues, regarder aussi ce qui se passe le plus loin possible devant et accessoirement, lire un truc grand comme un rien du tout, qui saute et vibre, appelé « road book ».

Bref, quand grosse nav il y a , les motards ne sont guère à leur avantage. D’autant plus que rappelons le, ils ouvrent la piste, pour les premiers, pas de traces !

Et dans le sable, pas de traces, c’est assez décourageant…

Coma a laissé hier lundi la première place à Despres pour une poignée de secondes, il lui reprend la politesse dans le sable, terminant avec deux minutes d’avance sur son coéquipier.

Marc Coma satisfait expliquait:

«Très belle journée, même si la météo n’était pas de la partie. Mais tout s’est bien déroulé. La navigation n’était pas si simple, mais la moto s’est bien comportée dans le sable et sur les dunes. J’ai poussé un peu sur la deuxième boucle pour trouver les limites de la machine… »

Car tous les deux sont pilotes KTM et ça se passe extrêmement bien pour la marque autrichienne. Ces deux garçons sont incroyablement doués et même au-delà, ce sont des métronomes, le rêve pour une marque qui investit dans le rallye tout terrain.

Deux Yam Boys suivent au classement de la journée, de très peu d’ailleurs, à respectivement trois minutes et onze minutes du vainqueur du jour.

L’intéressant est qu’ils n’ont pas la même moto. Rodriguez, troisième, pilote la moto classique de la marque, le WR450F, alors que Pain, quatrième, est au guidon de l’YZF 450 à injection.

Chez les Yamaha ‘boys, Helder Rodrigues poursuivait:

« Superbe étape. Je me suis régalé. J’adore vraiment le sable et les dunes. Si tout le rallye pouvait se dérouler sur ce type de terrain, ce serait parfait pour moi. »

A ses côtés Frans Verhoeven enchaine:

« La moto se comporte bien dans le sable. Lorsque je suis passé près de David Frétigné, l’hélicoptère médical était déjà sur place et ils m’ont fait signe que tout était ok. »

Quant à Olivier Pain, il ajoutait:

« Tout s’est bien passé, sauf quelques coupures d’alimentation sur la fin de la deuxième boucle. J’essaie aussi d’apprendre des leaders comment ils appréhendent la navigation avec les nouvelles mesures. C’est le deuxième jour sur cette nouvelle moto et tout reste très positif. »

Eric de Seynes, PDG de Yamaha France, nous a confirmé, avant le départ, que le choix de la moto qui participera au Dakar n’est pas encore complètement fait, ce rallye fait partie des ultimes tests de la marque.

La troisième Yamaha, celle de Viladoms, ex porteur d’eau de Coma, est sixième à vingt minutes du leader.

Bref, pour ces deux marques, pas de souci particulier si ce n’est quand même qu’en matière de sports mécaniques, il n’y a qu’un maître qui s’appelle le chrono et le maître du temps ici au Maroc est le sigle KTM.

(Qui signifie, comme chacun sait, Kronreif Trunkenpolz Mattighofen, les noms des deux premiers patrons de la boîte et la ville où se trouve l’usine en Autriche).

Cyril qui une fois arrivé raconte:

« Une fois de plus la navigation a été un peu chamboulée aujourd’hui. Aux alentours du kilomètre 100 sur la première boucle, à une modification de roadbook, je suis allé un peu trop loin vers la droite avant de revenir à gauche sur environ deux kilomètres pour retrouver la bonne piste. Puis à un kilomètre de la fin de la première boucle, je suis resté bloqué dans du sable mou et Marc m’a dépassé à ce moment là.»

Il reprend:

« Je suis parti second lors de la deuxième boucle et nous avons roulé avec Marc pratiquement tout le long. Évidemment nous ne nous sommes pas perdu cette fois-ci et le rythme était beaucoup plus soutenu, nous avons été plus rapide de dix minutes comparé au premier tour ! A l’attaque dans le sable mou, la moto a encore fait preuve aujourd’hui d’un sans faute, un deuxième jour donc très encourageant .»

Et d’avoir le temps d’adresser un message pour l’infortuné Frétigné:

« Pour finir, une pensée pour David Frétigné, qui s’est apparemment cassé la clavicule. Comme nous, il devait faire des kilomètres sur sa nouvelle moto en vue du Dakar et je peux facilement imaginer sa frustration de devoir abandonner si tôt. Je lui souhaite un rapide rétablissement. »

En revanche, chez BMW, gros pépin !

Alors que David Fretigné a bouclé son premier tour à trois minutes des leaders, catastrophe dans la deuxième boucle, où il chute.

Lourdement. Perte de connaissance!

Le premier à lui porter secours est l’équipage Peterhansel-Cottret !

Puis l’hélico médical l’a emmené à l’hôpital de Zagora. Des radios ont été faites avant une évacuation sanitaire aérienne éventuelle.

Notre consœur  Marie France Estenave, a semble t’il eu des nouvelles rassurantes de l’infortuné pilote.

‘’The Show must go on’’…

Gonçalves et Verhoeven, du même Team, prennent les septième et huitième places, mais à presque trente minutes de Coma. Ce qui, au niveau des usines, n’est pas un bon résultat.

Pour sa part, le Polonais Jakub Przygonski (KTM 690 n°3) était content:

« Le tracé de la boucle était très technique, donc je n’ai pas pu profiter de l’avantage de puissance de ma moto. Mais bon, avec une nouvelle suspension arrière, j’ai déjà pris plus de plaisir aujourd’hui, même si j’aurais préféré rouler sur le  450….»

Un mot encore de Pascal Delesque (Quad Polaris n°103):

« Il s’agit de mon premier rallye africain et j’avoue qu’il n’est pas facile d’apprendre la navigation. C’est hyper compliqué de se concentrer sur la piste tout en lisant le roadbook et le GPS. Hier j’ai pris une demi-heure de pénalité pour avoir manqué un point. Mais aujourd’hui : l’heure de la revanche a sonné. Cela ne fait que 5 ans que je fais du quad, mais j’apprends vite. Mon but ? Participer l’an prochain au Rallye OilLybia de Tunisie età l’Africa Eco Race avec le team Nomade Racing dans lequel je me sens vraiment très bien… »

La conclusion étant pour le Russe Konstantin Davityan (Quad Canam Ermitano n°102):

« Je n’avais jamais roulé dans les dunes et j’ai connu pas mal de problèmes de navigation aujourd’hui. C’est l’apprentissage obligatoire. Dommage que je n’ai pas eu l’occasion d’effectuer la deuxième boucle aujourd’hui. »

 Le sigle BMW (Bayerische Motoren Werke) se rattrape bien du côté des autos. 

UN RALLYE EST (PARFOIS) UN TRIOMPHE

Au deuxième tour, la logique reprend ses droits et les autos font un temps bien inférieur à celui des motos.

Enfin … les voitures de tête bien sûr.

Stéphane Peterhansel, qui avait rendu un peu de temps à ses coéquipiers de la marque bavaroise, Chicherit et Novitsky, dans la première boucle, (moins d’une minute !) montre au deuxième tour qui est le patron, prenant respectivement six et quatorze minutes aux équipiers en question, et collant au passage un quart d’heure à la meilleure moto, celle de Coma, et ce on l’a vu tout en portant assistance à David Frétigné au moment de sa chute.

Stéphane Peterhansel était satisfait :

« La spéciale fut magnifique. Seul cet arrêt auprès de David Frétigné m’a un peu secoué aujourd’hui. J’avoue qu’après cela, j’ai mis quelques longues minutes à me remettre dans le bain. »

Son équipier Guerlain Chicherit était lui aussi ravi :

« Après nos ennuis de turbo de la veille, il est certain que nous avons vécu une belle étape. Stéphane poussait bien devant et le rythme était élevé à souhaits. C’était génial de se battre sur ce rythme…

Tout comme leur équipier Polonais Krzysztof Holowczyc:

« Cette voiture est vraiment incroyable dans le sable et les dunes. Lors de la première boucle nous nous sommes perdus un peu et j’ai manqué une vitesse dans les dunes, causant un ensablement. Sinon, c’était vraiment parfait »

Ricardo Leal dos Santos, concluant:

 « Après une première journée à remplir notre rôle de voiture d’assistance, nous avons vécu une bien belle étape. Cette BMW X3 est incomparable avec tout ce que j’ai pu piloter auparavant ! »

C’est dire que notre ami « Peter » n’a pas vraiment fait dans le détail. Son écurie non plus d’ailleurs!

Les quatre voitures du Team BMW aux quatre premières places !

Cela dit, le contraire eût été étonnant, rappelons qu’il s’agit de voitures d’usines et que comme l’a écrit récemment, le rédacteur en chef d’ autonewsinfo, Gilles Gaignault, les usines ont manifestement choisi de faire leurs premières armes toutes seules, chacune dans un rallye différent, réservant le grand affrontement pour le Dakar. 

Dans l’écurie MD, très présente sur ce rallye, on court dans la même catégorie, celle des protos,  que les BMW d’usine, avec une préparation très sérieuse, une motivation totale mais bien sûr, mais des performances à des lieues des BMW.

On pourrait dire qu’il s’agit d’une superbe équipe privée, quasiment la meilleure, qui le prouve avec ses résultats de mardi, puisque derrière le Mitsubishi du Russe Lepekhov, on trouve les buggies de Thomasse et de Davoy.

On est à presque une heure de Peterhansel, mais on l’a dit, l’objectif de cette brillante écurie n’est pas là. Il ne faut jamais oublier que si ces courses de rallye-raid sont de très belles vitrines pour les marques, elles offrent aussi de magnifiques empoignades, de très haut niveau, entre les écuries privées. 

Le grand bonheur de Davoy-Guehennec  aux portes du Sahara

Sous un ciel plombé et même quelques gouttes de pluie, Jean-Marie Davoy et Alain Guehennec ont réalisé la course parfaite dans cette deuxième étape disputée dans la région de M’Hamid, aux portes du Sahara.

Dans cet océan de dunes, les hommes de Sarthe Rallye-Raid ont pris un plaisir énorme. Et au terme d’une « spéciale » comprenant deux boucles de 130 km, ils ont terminé à une très belle 7e place, derrière les cinq BMW-X3 d’usine et leur copain de MD Rallye Sport, excellent lui aussi sur son petit Optimus.

Et au classement général provisoire le buggy sarthois pointe également en septième position.

« Des moments comme celui-là, on aimerait en avoir tous les jours, avance Alain Guéhennec. « Tout a été parfait. Aucune alerte mécanique, aucune frayeur, aucune boulette. Que demander de mieux ! »

Particulièrement à l’aise dans le sable, Jean-Marie Davoy prit, comme d’habitude, un départ tranquille. Et dans les dunes il trouva un bon rythme. Parti en seizième  position sur  la ligne de départ de M’Hamid, il remontait neuf concurrents et bouclait le premier tronçon à la septième place, qu’il conservait dans le second passage de la « spéciale ».

« Une belle journée, soupirait le Sarthois à l’assistance de MD Rallye Sport. Nous avons simplement été gênés par la pluie. Un comble dans le désert ! Avec la poussière et malgré la mise en marche des essuie-glaces, le pare-brise de notre buggy se trouva maculé d’une sorte de boue. Sur quelques kilomètres, dans une portion très rapide de surcroît, j’ai dû réduire ma vitesse d’à peu près 30%.  Au lieu de prendre 150 km/h à cet endroit, nous nous sommes contentés de rouler à 120. Autre petit souci, nous avons été gênés par un concurrent direct qui nous a bouchonnés durant un bon bout de temps. Les aléas du rallye-raid ! Mais quel bonheur de rouler aux côtés d’un garçon comme Alain. C’est incroyable comme il peut me rassurer ! Aujourd’hui il a encore été parfait, tombant, à chaque fois, sans la moindre hésitation sur tous les points de contrôle de passage. »

Une très belle opération, en tout cas, pour l’équipage du buggy-Chevrolet  aux couleurs de  »Maine Construction-Emaplast  » qui a montré son vrai visage dans les dunes de M’Hamid et qui pointe désormais dans le Top 10.

Mais ce mercredi, Alain et Jean-Marie courtiseront à nouveau la caillasse, avec des ascensions de cols ensablés et beaucoup de navigation. Et cela 281 km et sans aucune assistance.
  

LA PORTUGAISE QUI NE S’ENSABLE PAS !

Le premier camion, même dans des conditions peu propices aux pachydermes, est 25ème au scratch (auto, moto et camion réunis), treizième si l’on ne compte que les autos.

Il s’agit du TGS (un camion Man) d’Elisabete Jacinto, jeune pilote portugaise qui disait volontiers hier qu’elle n’aimait pourtant  pas les dunes !!!!

La vraie question est donc, que serait-il advenu si elle eût aimé ça ?…

Elle colle au passage près de quarante minutes au hongrois Kovacs, vainqueur de la catégorie hier. Bref, à l’instar de Peterhansel, cet équipage ne fait pas dans le détail.

Ce mercredi, au programme, une petite soixantaine de km de liaison, et 280 km de spéciale à l’Est de Zagora, dans un décor à couper le souffle, mêlant comme souvent dans cette partie du pays la montagne et les dunes.

La pierre est noire, on est en terrain volcanique, le sable est d’un jaune brillant, le ciel d’un bleu unique au monde…

Le rêve à l’état pur sous nos yeux !

Et là, au milieu, quasi invisibles parce que minuscules, des concurrents aux anges de se trouver dans ces paysages idylliques.

Jean Louis Bernardelli

Photos : Alain Rossignol

 

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