MOTO : Tech3 OU LE TEAM PRIVE QUI TUTOIE LES USINES

 Tech3 : CELA VA VITE…

 

C’est un peu l’histoire d’un mec qui mesure un mètre dix et qui monterait sur un ring face à 4 poids lourds, tous Champions du monde, qui les défierait, qui les énerverait et qui parfois les battrait !

Un Team privé dans les GP Moto, c’est à peu près ça.
Et pourtant, il y en a plusieurs, dont un Français : Tech3.

Lequel est dirigé par Hervé Poncharal, (qui mesure beaucoup plus d’un mètre dix, c’était une image).

 Sa base est dans le sud, très exactement à Bormes les Mimosas, à deux pas du fort de Bregançon dans le Var.

Depuis 1989, c’est une très belle histoire. Avec de très beaux résultats:

Des pole-positions (la dernière, celle de Ben Spies, était au récent GP d’Indianapolis cette année) et un titre mondial !

Celui du Français Olivier Jacques en 2000.

 GUY COULON ET HERVE PONCHARAL

GENESE

Bref, c’est l’histoire infaisable et pourtant Tech3, l’a faite et continue de le faire.

Entretien avec Hervé Poncharal 

Par goût de l’histoire qui explique si bien les choses, voici rapidement le parcours d’Hervé Poncharal avant Tech3.

Parisien né en 1953, premiers émois de sports mécaniques en allant voir la Côte Lapize à l’âge de 10 ans (Lapize est un coureur cycliste vainqueur du Tour de France en 1910, qui sera tué aux commandes de son avion pendant la guerre de 14-18. C’est en son honneur que sera créée cette course à Montlhéry).

Il descend souvent en vacances à Bormes les Mimosas et s’en souviendra quand il créera le Team Tech3, au même endroit.En 1983, il entre chez Honda France, à la compétition, dirigée par Jean Louis Guillou.


Etape importante, rencontres essentielles, Guy Coulon par exemple, qui le suivra jusqu’à aujourd’hui et, déjà, pifomètre d’enfer puisqu’il fera entrer chez Honda, deux pilotes d’exception et légendaires:

Jean Michel Bayle et le regretté Gilles Lalay qui trouvera la mort lors du Dakar, version Paris-Le Cap, le 7 janvier 1992.

Il s’occupe d’endurance, de cross, des Paris-Dakar. Le grand frisson des GP arrive en 85-86, avec moto officielle et ce parfum de victoire (Succès de Dominique Sarron au GP de Grande Bretagne) qui ne le lâche plus de toute sa vie.

Il crée donc sa structure en 1989, Guy Coulon le suit, on s’installe à Bormes les Mimosas, dans le Var, ils sont au total, quatre à croire à l’histoire au point de la rejoindre.

Tout va bien au début. On court sur des Honda, on a de beaux sponsors (Rothmans), Dominique Sarron est le pilote et on décroche quelques très beaux résultats.

Aujourd’hui, Tech3 regroupe 35 personnes. En bref, c’est une histoire qui marche bien.

OLIVIER JACQUES


ANNEES MAGIQUES ET MAUVAIS SOUVENIRS


En 1992-1993, Tech3 devient le Team officiel Suzuki-Lucky Strike.

1994 est une année à oublier, pas de moto, peu de sponsors, beaucoup de doutes.

Mais en 1995, le Team devient Chesterfield-Honda, il fait courir Jean Philippe Ruggia et Olivier Jacques. Au fil des GP, l’histoire tire au sublime.

Tech3 reste avec Honda, avec de très belles motos, jusqu’en 1998. En 1999, Tech3 rejoint Yamaha, avec l’apothéose du titre mondial 250 d’Olivier Jacques en 2000, ce qui permet au Team d’accéder à la cylindrée 500, dite « la catégorie reine ».

Mais il faut y tenir son rang !

ON JOUE DANS LA COUR DES GRANDS

Les ‘’ GRANDS ‘’, ce sont ce que l’on appelle les équipes d’usine, qui disposent évidemment des plus gros budgets, des plus gros sponsors, des meilleures machines et des meilleurs pilotes.
Bref, un Team privé n’a rien à faire là dedans. Et pourtant…

C’est ici qu’Hervé Poncharal devient aussi convaincant pour le journaliste, qu’il l’est devant les sponsors et les partenaires techniques de son Team Tech3.

« D’abord, toute cette histoire depuis 1989, et même avant quand je bossais au service compétition de Honda France, c’est une affaire de passion. Et c’est ce qui coûte le plus cher dans la vie, avec la liberté. Or le Team privé, c’est à la fois la liberté et la passion. »

Et il poursuit:

« En MotoGP, la discipline qui remplace aujourd’hui la 500,  nous recevons de l’usine Yamaha des YZR M1, qui sont donc les motos officielles. Elles sont un peu moins performantes que les motos d’usine, c’est vrai mais ce sont quand même de formidables machines de course. Yamaha nous permet de bénéficier d un énorme support technique. Ces motos, ce support technique, nous les payons ».

Bien entendu, à ce point de la conversation, vient l’argent. Comment un Team privé peut il survivre au milieu d’un déluge d’argent ?

« Même si l’on est encore très loin des budgets de F1 ou de WRC, on manipule ici des sommes considérables et vertigineuses pour le commun des mortels. »

Hervé Poncharal nous lâche ses chiffres:

« Tech3 sur une année, c’est huit millions d’euros. En gros, la moitié du salaire de Rossi ! Les trois postes qui se répartissent ce budget sont le support technique Yamaha, les pilotes et la structure, qu’il faut faire fonctionner à l’année »

Et Hervé, enchaîne:

« Pour les salaires des pilotes, c’est clair, on est au quart de ce qu’ils gagneraient dans un Team d’usine. En contrepartie, ils roulent sur du matos d’usine et peuvent donc se faire remarquer. Je ne peux pas m’offrir les meilleurs pilotes mais cela n’est d’ailleurs pas ce que je souhaite. Ce que je veux, c’est faire rouler de jeunes talents, une sorte d’équipe junior. Cela existe en WRC par exemple, chez Citroën et ça marche ».

Aucune frustration chez notre interlocuteur, qui nous dit que pour tout le monde au sein du Team, les règles du jeu sont connues dès le départ. On ne se bat pas pour le titre, même si c’est déjà arrivé, mais pour se faire plaisir. Et se faire plaisir, c’est ramener de gros résultats. Il y a parfois, dans ce domaine, de gros bonus et donc de gros plaisirs…

The boss explique:

« Le cas Ben Spies par exemple. Quant il est Champion du monde de Superbike, Yamaha le veut dans son Team officiel en MOTOGP mais il n’a y a pas de place. Ils l’ont donc signé pour piloter chez Tech3, pendant deux ans, et quand Rossi s’en va, il le remplace. Tu as vu l’année qu’il fait ! Bien sûr, c’est no way pour le titre mais quelle pub pour notre pouponnière de talents ! Et quel plaisir pour les gars du Team. Accessoirement, ça montre aussi la confiance et le type de relations que nous avons avec Yamaha. »

C’est le britannique Cal Crutchlow  qui va remplacer Ben Spies l’an prochain. Champion supersport en 2009, 5ème en Superbike cette année, sur Yamaha, c’est le client idéal pour le Team, un talent qui monte.

Pourquoi pas de Français ?

« Il y a d’une façon générale un gros problème de recrutement parce que je veux des jeunes de talent et dans le monde il y en a peu. Encore moins en France. Nous n’avons pas en France la culture moto qu’il y a en Italie, en Espagne, en Angleterre. Les grands médias ne font pas grand-chose. Et donc, contrairement à ces pays, en France, les pilotes n’apportent pas de budgets avec eux. Deux inconvénients pour une équipe comme la nôtre. Il faut que j’aille trouver l’argent tout seul ! On pense bien sûr à un pilote comme  de Puniet. Mais c’est un talent affirmé et confirmé, nous sommes une équipe  junior ».

 

LE NERF DE LA GUERRE

Et il est sûr que sur une équipe junior, les gros sponsors type Repsol, Telefonica, Orange, n’iront pas poser un centime.

Mais le créneau des talents qui montent attire pourtant bien du monde, et du beau monde…

Tech3 bénéficie entre autres de l’aide formidable du sponsor Monster, dont la marque est associée au nom du Team. Il s’agit ici de Moto GP, des évènements qui reçoivent aux alentours de 80 000 spectateurs à chaque fois, il ya de la TV, c’est un excellent vecteur pour certaines cibles commerciales.

Par ailleurs, on sait que la règlementation des GP va changer, les motos de 1000 cc équipées de moteurs dérivés de la série y seront acceptées.

Et là, on est directement sur le créneau d’une structure comme Tech3 (En MOTO GP aujourd’hui, les machines sont des 800 cc 4 temps, prototypes créés spécialement pour la compétition. Cela nécessite des fortunes à développer, seules les usines les plus puissantes peuvent se le permettre. Bilan, aujourd’hui, sur une grille de départ de moto GP, il ya peu de concurrents… La nouvelle réglementation va étoffer la grille… )

Qui cherche l’argent ?

Car c’est un gros boulot 

Hervé Poncharal se marre…

« C’est moi. Quand tu sais qu’en F1, les équipes de marketing sont aussi nombreuses que la totalité du Team Tech 3 ! je ne vais surtout pas te dire que c’est facile, mais la notoriété du Team, son matériel, ses résultats, cela compte énormément dans les démarches de sponsoring. Cela dit, je vais plutôt chercher des boîtes étrangères. Dans les années dorées, autour de 2000, en particulier avec ELF, on a eu de formidables occasions de trouver du sponsoring en France. C’est fini. Maintenant il faut aller voir ailleurs. En particulier chez les « energy drinks » qui  ont pris la relève ».


LE PARI MOTO 2

En dehors du MotoGP, les Grands Prix de vitesse comptent deux autres catégories dont le MOTO2, qui remplace depuis cette année l’ancienne catégorie 250. Le principe est différent.

Donc, en plus des deux motos engagées en MOTOGP, Tech3 fait aussi rouler deux machines en MOTO2. En revanche, le châssis est construit comme un prototype. Voilà qui a attiré comme un aimant l’envie de Guy Coulon, le complice d’Hervé Poncharal chez Tech3, de devenir constructeur de moto 

Jusqu’en 2012 inclus, le moteur y est unique pour tout le monde, un Honda 600 cc. 

Le MOTOGP c’est génial mais on se contente de réglages. En MOTO2, chic, une folie de plus !

Non seulement les coûts de production sont acceptables mais en plus, en cas de succès, on peut même gagner de l’argent en vendant ses châssis à d’autres écuries !

Et ça marche !

L’écurie Tech3 gagne en Espagne (Takahashi) et le même pilote prend une superbe seconde place en République Tchèque  sur le fameux et imprononçable circuit de Brno (ce qui est son nom morave, la ville s’appelait Brünn sous Napoléon, ville importante où Talleyrand négocia un traité avec les grandes puissances européennes).

Alors bien sûr, pour figurer dans les courses de Moto 2, il a fallu étoffer le Team Tech3. Et donc trouver des compétences et des sous.

Emmener plus de monde à chaque GP, donc multiplier les problèmes opérationnels. Mais ce genre de remarque tombe ici totalement à plat. Parce que le carburant de ce Team, c’est l’enthousiasme. 

Celui qui convainc les montagnes de bouger.
Tout ceci a un agréable parfum.

Dans ce monde ultra-violent des GP, la passion, c’est habituel, c’est même vital. Mais en plus, on a trouvé des gens heureux.


Jean Louis Bernardelli
Photos : Team
 

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