CHAMPIONNAT DU MONDE FEMININ DE MOTOCROSS

LIVIA LANCELOT : A LA POURSUITE DU GRAAL !!! 

D’abord il y eut le Championnat du monde féminin de Motocross, appellation que l’on contracte en WMX.

Créé en 2005 et s’appelant alors la Coupe du Monde, la discipline prit le nom de Championnat du monde, en 2008.

Avant 2005, Livia Lancelot, jeune fille pilote parisienne, roulait en Championnat de France avec les garçons.

Lors de la création de la Coupe du monde, son avenir devient lumineux.

Reste à gagner.

Et ça marche !

Comment une jeune fille se retrouve t’elle dans un sport réputé comme le plus violent de tous (avec la descente à skis) ?

Simple !

Papa et maman sont passionnés de moto, Livia roule donc toute petite, bientôt dans les courses d’initiation puis en Championnat de France, avec les garçons puisqu’il n’y a pas d’épreuves féminines…
 

Dès la création de la Coupe du monde féminine, elle se retrouve donc sur les rangs. Où elle côtoie déjà une jeune allemande, Steffi Laier, qui va devenir, jusqu’à aujourd’hui, son  »amie-ennemie » absolue.

Car ces deux pilotes roulent fort. Au fil des années, elles prennent du coffre, et du métier.

Et sont devenues aujourd’hui de véritables guerrières du MX. (Abbréviation du Moto cross) 

Cette histoire, Eschyle, Sophocle ou Racine en auraient fait des tragédies.

Elles en on fait une légende.

 

L’AFFRONTEMENT AU SOMMET

Pour rester au top en permanence, la vie de Livia Lancelot n’est faite que d’entrainement. Elle a donc choisi la Belgique, où les terrains sont ouverts toute la semaine.

Un jour sur deux, avec son mécano, elle roule, sur différentes surfaces, il est vrai que du sable à la boue façon Raspoutiza, (la boue qui a vaincu la Grande Armée de Napoléon et la Wehrmacht d’Hitler) en passant par les terres les plus dures, caillouteuses et poussiéreuses, la Belgique est un paradis du cross.

Bien sûr, il ya les batailles, 7 GP féminins disputés au cours de l’année, sur les mêmes circuits et aux mêmes dates que les GP MX1 et MX2.

Mais cela ne suffit pas à la voracité de rouler que l’on entend, au sens positif du terme, quand on parle avec Livia.

Il lui arrive aussi, quand son agenda lui permet de courir les cross inter avec les garçons. Elle a déjà pris plusieurs départs aux côtés de Marvin Musquin, le pilote surdoué que nous avons présenté dans ces lignes et de nouveau couronné Champion du  monde de MX2, le week-end dernier en Hollande

C’est sûr, elle a alors l’honnêteté de reconnaître qu’à ce niveau, elle ne se bat pas devant. Mais quel entraînement de folie  !

Bien entendu, cela ne suffit encore pas. Alors, dans sa vie de nomade (toujours au sens positif du terme) elle emporte avec elle sa batterie d’instruments de torture.

L’expression « soulever de la fonte » s’applique ici sous forme de vélo, d’abdos et autres machines à suer et cela se passe un jour sur deux.

Le lendemain, elle roule.


En fait, cela m’a un peu rappelé la vie infernale que s’infligeait  la nageuse Laure Manaudou,
avant de pulvériser le monde de la natation.

Livia aussi est Championne du monde. Aujourd’hui, à 22 ans, elle peut regarder en arrière avec fierté et l’avenir avec appétit.


Après s’être affrontées tout au long des Coupes du Monde féminines de 2005 à 2007Livia retrouve donc Steffi en 2008, en Championnat du monde.

Un succès, la FIM (Fédération Internationale Motocycliste) a eu raison, aujourd’hui, chaque ligne de départ voit 40 concurrentes au coude à coude.

Bel encouragement pour ces pilotes, elles se bagarrent devant des spectateurs très nombreux, plusieurs dizaines de milliers à chaque fois, puisqu’elles roulent sur les circuits des mondiaux de MX1 et MX2.

Et en 2008, la jeune française est la première Championne du monde féminine de l’histoire. Mais on l’a dit, le Motocross (contracté en MX, le Supercross étant lui le SX) est d’une extrême violence. Il ya bien des années, le regretté Gaston Rahier, il quittait alors le MX mondial (qu’il avait dominé trois fois en 125) pour aller se battre dans les sables du Dakar, (qu’il gagnera deux fois), vainqueur du Moto Cross des Nations avec la Belgique en 1976 et de plus de mille courses dans sa carrière, autrement dit un expert, nous disait :

La première qualité d’un crossman,c’est de savoir souffrir.

Cela aussi, la jeune pilote va devoir l’affronter.


PLUS DURE SERA LA CHUTE

« En 2009, le problème c’est moi » dit-elle avec une formidable lucidité, « je gagne 90% des premières courses de la saison et je chute à l’entraînement. Blessée à l’épaule, opération chirurgicale nécessaire, quatre mois sans rouler. Le titre est pour Steffi. Saison fichue et retour sur les circuits douloureux en 2010. J’ai du mal à m’y remettre à 100%. Au premier GP, je ne me suis pas encore totalement faite à ma nouvelle moto,  je suis passée de Kawasaki à KTM.

Et, elle ajoute:

« Physiquement, je ne suis pas au top, bref je mets trop de temps à reprendre le rythme. Steffi Laier prend des points d’avance. Par la suite, tout est bien revenu mais tard. J’ai gagné le dernier GP, en République Tchèque, mais il n’en reste plus qu’un à courir (Italie, les 11 et 12 septembre),

Avant de conclure:

« ce sera difficile, je sais que tout peut arriver mais je ne souhaite à personne, et surtout pas à Steffi, de devoir affronter ce qui m’est arrivé. (NDLR, 37 points séparent les deux pilotes et il est distribué 25 points pour chacune des deux manches au vainqueur).

Mathématiquement, si Laier fait gouffre dans les deux manches, c’est possible. Mais Livia n’est pas du genre à rêver en couleurs.

Cela dit, je n’ai que 22 ans. J’ai encore un peu de temps pour gagner d’autres titres ».

 

FEMME LIBEREE C’EST PAS SI FACILE

Dans le Roman des Chevaliers de la Table Ronde, Lancelot a vu deux fois le Graal, le vase sacré. Bon présage pour la parisienne au nom prédestiné.

Mais quand elle raconte sa vie (un peu, elle est d’une discrétion absolue) elle évoque les sacrifices qu’elle a dû faire pour en arriver là.

Sacrifices physiques, sacrifices perso.

Elle retrouve ses parents lors des GP proches de sa base bruxelloise, qui l’accompagnent en camping car.

Son team (KTM-HDI-MX, qui fait courir aussi Valentin Teillet et Matthias Bellino) s’occupe d’acheminer la moto.

Pour les GP plus lointains comme la Bulgarie, c’est l’avion mais…seule.

Contraste bien sûr.

Découvrir la « solitude du coureur de fond » à 20 ans, est un énorme pari sur l’avenir. Cela dit, le statut de femme – pilote a aussi ses avantages

Elle reconnaît être très présente dans la presse, elle dit avoir été vite aidée, déjà du temps où elle courait les Championnats de France contre les garçons.

En revanche, quand on aborde le domaine financier, elle est bien consciente que même Championne du monde, elle est loin de toucher les émoluments des  garçons qui dominent en mondial.

Jamais une plainte, des infos honnêtes, une lucidité de sage chinois, pas de faux-fuyants, brillantissime dans sa carrière sportive, l’avenir couvert de gloire et plein de propositions pour son après-carrière sportive, (ce qui est un problème habituellement effroyable dans la vie d’un champion).

Ce qui arrive, c’est du nanan.

« J’ai fait assez de sacrifices pour ça ! » dit-elle.

Savoir souffrir et savoir gagner, voilà deux signes synonymes… d’invincibilité.

Un vrai moral de Chevalier, Mademoiselle Lancelot ! 


Jean Louis Bernardelli
Photos : Redbull photofiles.

Moto Motocross

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