LMS AU PAUL RICARD : ENTRETIEN AVEC ADRIAN FERNANDEZ ‘

Adrian Fernandez ?

Assurément une trés " GROSSE   » pointure sur les circuits Américains.

Adrian Fernandez que le public Européen va enfin découvrir !

Lequel n’hésite pas à lâcher :

« Vous allez probablement me voir encore longtemps »

Dans un paddock, on retrouve différents types de pilotes. Il y a les champions, ceux que tous le monde connait, que tous les journalistes interviewent. Puis il y a les  »Rookies » dont on attend beaucoup ou à qui on ne donne aucune chance.

Entre les deux, il y a les pilotes qui auraient dû, qui auraient pu, qui ont failli.

Ils sont connus des spécialistes du sport auto qui expliquent comment une victoire, un championnat leur a échappé pour peu de choses, comment ils auraient dû être titrés, comment ils auraient pu avoir un vrai palmarès, comment ils ont failli entrer dans la légende !!!

De ceux-là, on dit parfois qu’ils ont raté un tournant dans leur carrière, image bien ironique pour… des pilotes automobiles

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Ce week-end, sur le circuit Paul Ricard, se court – on le rappelle –  la première manche du Championnat Le Mans Series.

Les têtes d’affiche se nomment… Jean Alesi, Olivier Panis et Giancarlo Fisichella, les figures les plus connues des spectateurs.

Sans oublier … Nigel Mansell, l’ancien Champion du monde de F1, sacré en 1992 .

Alesi, bien qu’injustement critiqué sur son pilotage et décrié dans ses choix de carrière à l’époque où il a rejoint Ferrari, est devenu au fil des ans  » la » coqueluche des paddocks.

 Maintenant que le drapeau tricolore ne flotte plus que comme une ombre sur la Formule 1, on honore la vieille garde !

Pourtant, dans le plateau de la LMS, certains pilotes n’entrent dans aucune des catégories citées précédemment.

Pilote officiel Aston Martin en LMS en 2009

C’est le cas du Mexicain Adrian Fernandez qui aura … 47 ans le 20 avril.

C’est un homme qui a gardé la mentalité des compétitions américaines : chaleureux, ouvert, disponible, il se montre très humain et partage volontiers ses souvenirs avec passion.  Il a couru et gagné dans presque tous les plus grands Championnats automobiles :

CART, IRL, NASCAR Nationwide, Grand American Road Racing, ALMS et maintenant LMS. Mais dans les paddocks, personne ne semble le connaitre.

Des succès en CART, en IRL et en NASCAR

« J’ai été dans le championnat CART pendant de nombreuses années [à partir de 1993] puis j’ai monté ma propre écurie en 2000. J’ai couru trois ans puis j’ai fait un an en IRL où j’ai eu beaucoup de succès. »

Il y a dix ans, Adrian Fernandez devenait Vice-champion CART, s’inclinant pour une petite dizaine de points face à Gil de Ferran à cause d’un problème de fond plat dans la dernière épreuve.

 

En 2004, lorsqu’il rejoint tardivement l’IRL, il rate les deux premières courses et on ne donne pas beaucoup de chances au Fernandez Racing. A la surprise générale, le Mexicain remportera trois victoires dans la deuxième partie de saison, autant que le Champion Tony Kanaan, et finira 5ème du général à 1 point du 4ème Helio Castroneves.

« En 2005, ça a été un peu une année sabbatique car j’ai perdu un sponsor et il était trop tard pour le remplacer. J’en ai profité pour me marier et c’est à cette époque que j’ai rencontré Lowe’s, mon nouveau sponsor. Ils m’ont invité à courir en NASCAR pour la manche de Nationwide à Mexico. J’aurais dû gagner cette course mais j’ai fini 10ème à cause d’un drapeau jaune. »« Le grand bond en avant dans ma carrière a été quand j’ai signé avec le Patrick Racing. J’ai eu des coéquipiers géniaux comme Scott Pruett ou Roberto Moreno. Ces années furent fantastiques pour moi. Puis j’ai essayé de visualiser mon futur et, comme je trouvais mes sponsors moi-même, je me suis dit : pourquoi ne pas créer mon écurie ? »

Hendrick Motorsports, l’une des plus grandes écuries de NASCAR, lui propose alors un contrat pour une saison complète mais Fernandez décline l’offre.

« Je ne suis plus assez jeune. La NASCAR, c’est 35 ou 37 week-ends de courses. Je n’ai pas envie d’avoir encore des calendriers aussi lourds, surtout maintenant que j’ai fondé une famille. Mais j’ai quand même essayé, j’ai fait quelques courses et à la fin de la saison 2005 j’ai arrêté. Alors je me suis dit : qu’est-ce que je peux faire pour rester actif et m’amuser ? Essayons les prototypes ! »

 

Après un passage par le Grand American Road Racing où il remporte une victoire à Mid-Ohio, Fernandez est contacté par Honda pour devenir pilote d’usine en American Le Mans Series. Il prend donc le volant de l’Acura n°15 en LMP1 puis LMP2 avec son compatriote Luis Diaz.

Les podiums sont nombreux mais ils ne trouvent pas la victoire. Sans réelle concurrence, ils deviennent Champions de LMP2 en 2009 et passent tout près de plusieurs victoires au général, devancés par un certain Gil de Ferran.

« A la fin de la saison, à cause de la crise et de tout le contexte économique, j’ai dû faire un choix : continuer de courir ou tout arrêter définitivement. J’ai essayé de sauver l’écurie mais je n’ai pas pu. J’ai parlé à d’autres équipes et Aston Martin était intéressée. J’ai parlé avec Lowe’s et ils pouvaient me sponsoriser. »

Adrian Fernandez a donc signé un contrat de trois ans avec Aston en Le Mans Series, signe que sa carrière n’est pas encore près de se finir et que la marque anglaise a confiance en son expérience. Le Mexicain ne fait pas partie de ces pilotes qui ne se voient pas vieillir ou qui s’agrippent à n’importe quelle compétition.

Il sait ce qu’il vaut et il préfère passer du temps avec sa femme et ses deux filles plutôt que de retrouver les circuits chaque week-end.

« Pour être honnête, j’ai toujours dit que si je conservais cette envie de courir, que j’étais encore en forme et que je continuais à faire des bons résultats, je ne prendrai pas ma retraite. Je n’ai pas envie de me retirer mais je ne veux pas pour autant augmenter ma charge de travail. Si j’arrive à trouver ce compromis où je peux m’engager sans que cela prenne tout mon temps, vous allez probablement me voir encore pendant longtemps. »

Un contact avec Tyrrell pour la F1

Malgré tout cela, le pilote mexicain semble passer inaperçu dans le paddock de la LMS. Pour être connu du public européen et de la presse, il lui aurait fallu un passage par la Formule 1, la seule compétition à laquelle il n’ait pas touché dans sa riche carrière. Mais là encore, il a fait preuve de discernement et envisagé le long terme :

« C’est passé tout près avec Ken Tyrell en 97. Mais j’ai commencé ma carrière tard. Je suis entré en IndyCar à 30 ans. Au Mexique, il n’y avait personne pour m’aider, j’ai dû tout faire seul et c’est pour ça qu’il m’a fallu tant d’années. Le temps que j’arrive au sommet, j’étais déjà trop vieux pour les standards de la Formule 1. Par ailleurs ma carrière explosait vraiment aux Etats-Unis, j’ai beaucoup œuvré pour les contrats télé au Mexique et pour y faire venir les compétitions. J’aurais pu aller en F1 mais le timing était mauvais, il n’y avait rien pour moi là-bas. »

Quand on lui demande ce qu’il aurait choisi si l’occasion s’était présentée plus tôt d’entrer en Formule 1, Fernandez montre qu’il ne s’est pas laissé abuser par des mirages :

« Avec une vraie bonne opportunité, j’y serais allé. Mais vu comme était la F1, avec tellement de politique, je n’aurais pas eu le contrôle de ma propre destinée. En IndyCar je l’avais et heureusement que je me suis concentré là-dessus car j’ai eu beaucoup de succès et j’ai pu créer mon écurie. »

« Je courais contre les légendes »

Lorsqu’il regarde en arrière, Adrian Fernandez reconnait qu’il a vécu les meilleurs moments des monoplaces américaines. Dario Franchitti courait dans ces mêmes Championnats à l’époque et poursuit aujourd’hui sa carrière en IndyCar.

Dans une interview récente où il était question de Greg Moore, le pilote Canadien, décédé en 1999 sur l’ovale de Fontana, Franchitti disait :

« 98 et 99 ont été les années les plus amusantes que j’ai vécues. ». Fernandez n’hésite pas une seconde pour commenter : « Je suis d’accord. J’étais très proche de ces gars. On allait en Australie tous ensemble une semaine ou deux s’amuser. Les voitures étaient très compétitives, très rapides. On avait beaucoup de sponsors et il y avait beaucoup d’écuries sur la piste. »

Pour lui, l’IndyCar actuelle manque de noms célèbres et c’est principalement ce qui l’empêche de connaître un nouvel essor.

« J’ai eu la chance de courir contre Mario Andretti, Emerson Fittipaldi, Nigel Mansell, Teo Fabi, Bobby Rahal. C’était la fin d’une génération et la naissance d’une nouvelle : Dario Franchitti, Juan-Pablo Montoya, Alex Zanardi. C’est le problème actuellement en IndyCar, il n’y a pas de grands noms. On trouve plein de bons pilotes mais personne ne les connait. Je me suis fait un nom parce que je courais contre les légendes. C’est comme si on battait Senna en Formule 1. »

Une carrière bien remplie

L’analyse que fait Fernandez des différentes catégories de sports automobiles est incroyablement juste. Il peut parler longuement et avec objectivité de l’effondrement du CART, de l’intérêt décroissant du public pour la F1 et des raisons qui font que les fans américains ont du mal à se retrouver dans la nouvelle IndyCar.

« Il va falloir longtemps pour retrouver ce qu’on avait avant, je ne sais même pas s’ils y arriveront un jour. Ils ont perdu des circuits et des dates qui étaient bien particuliers, plein de souvenir. Michigan, Laguna Seca, Milwaukee, Nazareth, c’étaient les clefs de la saison. Aujourd’hui plus personne ne trouve son intérêt dans l’IndyCar, il est très difficile d’avoir un sponsor. »

Finalement il est difficile de croire que si peu de gens connaissent Adrian Fernandez. Il a toujours fait les bons choix au bon moment, il ne s’est jamais laissé leurrer et a apporté une grande contribution au sport automobile américain. Le déroulement de sa carrière montre qu’il a toujours fait preuve de lucidité avec une vision d’ensemble du sport sur le long terme.

Arrivé au sommet de sa carrière, en 2000, il a crée sa propre écurie. Quand le CART a commencé sa chute, il a fait le bond vers l’IRL.

Il s’est fait connaître en NASCAR quand celle-ci a amorcé sa campagne hors des USA. Il a refusé des offres qui lui auraient apporté encore plus de popularité et d’argent.

Mais Fernandez n’avait pas besoin de ça, il aimait courir et voulait gagner.

Il n’a raté aucun tournant.

Avec la Le Mans Series, le public européen va peut-être retrouver ses anciennes idoles et en découvrir d’autres.

Ce sera l’occasion de permettre à des pilotes comme Adrian Fernandez de gagner le respect et la popularité qu’ils méritent.

Renaud Lacroix

Photos : Patrick Martinoli-Renaud Lacroix et Teams

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