F1 : Engagés à l’insu de leur plein gré ?

 

 

Ce titre pourrait prêter à rire s’il ne s’agissait de la plus sérieuse crise que traverse actuellement le Sport Automobile mondial et sa fédération de tutelle, la FIA depuis la fondation de cette vénérable institution en …1904.

 
Son Président, Max Mosley, la dirige d’une main de fer en s’étant acquis le soutien de la majorité de ses pays membres, confirmé  lors d’un vote de confiance historique, survenu il y a un an lorsque ses frasques sexuelles ont fait la une de tous les médias du monde, alors que le bon sens le plus élémentaire et le respect de l’institution lui commandait de démissionner, ce qu’aurait fait n’importe quel dirigeant de société ou personnage politique.

La méthode Mosley

 Pour affirmer son autorité en se rendant indispensable, sa méthode de gouvernance est simple :

Premièrement, il faut créer un problème. Deuxièmement, donner le maximum d’importance au problème que l’on vient de créer. Troisièmement, tirer une solution magique de son chapeau !

Et, quatrièmement, comme cela n’a pas fonctionné, faire quand même croire tous azimuts que l’on a gagné.

Mais cette stratégie pourrait cette fois se heurter à la résolution des tous puissants Teams de Formule Un, rassemblées au sein d’une association créée en septembre dernier, la FOTA, et le risque pour la FIA aujourd’hui est bel et bien de se voir couler avec son capitaine.

Billard à trois bandes

La situation contractuelle de la F1 est des plus complexes, puisque les Teams sont liés contractuellement à la FOM (Formula One Management) – à l’origine elle se nommait FOCA (Formula One Constructors Association) – de Bernie Ecclestone, le tout puissant et grand argentier du système.

Laquelle FOM est elle-même liée à la FIA par un contrat de …100 ans (!) portant sur les droits commerciaux, alors que les Teams et la FIA sont liés par le système des licences, et que la prérogative de l’élaboration des règlements revient à la FIA.

C’est ce dont se sert Max Mosley pour affirmer son pouvoir en permanence, en gouvernant de fait par décrets grâce à des instances peu regardantes, et c’est ce qui explique la crise actuelle.

La réduction des coûts

L’idée d’un contrôle des coûts en matière de sport automobile n’est pas nouvelle, et pourrait avoir une certaine pertinence dans le contexte actuel de crise économique mondiale, à supposer que ce contexte n’ait pas déjà contraint les différents protagonistes à s’auto-appliquer ce type de remède. D’ailleurs ce n’est pas l’objet du conflit, qui a pour origine le manque total de concertation et l’« oukase » présidentiel des sommes retenues (créer un problème), et surtout d’un règlement technique à deux vitesses  selon que l’on accepterait le contrôle des coûts ou pas (donner le maximum d’importance au problème).

C’était évidemment une idée saugrenue (la solution magique tirée du chapeau), que Max Mosley a été contraint d’abandonner, en plus de ses principales propositions, et qui l’acculent aujourd’hui à déclencher la guerre pour montrer sa détermination, ne pas perdre la face, et faire croire à sa possible victoire.

Le dialogue semble définitivement rompu…

La détermination de la FOTA

Devant ce manque total de concertation, le manque total de réalisme des solutions avancées par le Président de la FIA, et l’impossibilité de nouer un dialogue sensé, la FOTA s’est trouvée contrainte d’annoncer dès 2010, le lancement d’un Championnat indépendant de la FIA. Regroupant les principaux Teams, auxquels sont en train de se rallier les autres, il est aisé de comprendre qu’elle a les moyens de sa politique, et que parallèlement la FIA se trouvera dépourvue de sa discipline phare, représentant à la fois une couverture médiatique irremplaçable et des revenus qui ne le sont pas moins. Il est donc clair que la FOTA a les cartes en mains et que la FIA est  elle actuellement en… trés danger de mort !

 

Vers la guerre totale ?

 

Car contrairement à ce que pense Max Mosley, qui veut traîner les Teams devant les tribunaux, il n’y aura pas d’issue judiciaire à la crise.

Il s’agit d’une affaire internationale, et l’imbroglio des contrats ainsi que le nombre de protagonistes est tel qu’il faudrait des années à la justice pour rendre son verdict, à supposer que cela soit possible.

On peut aussi penser qu’entre-temps, les principaux acteurs auront quitté la scène (si Mosley se représentait en octobre prochain et s’il était réélu, se serait statutairement son dernier mandat de quatre ans, et Ecclestone a aujourd’hui 79 ans…), mais la vraie question est de savoir quels organismes seraient en présence dans ce futur lointain (dans ce contexte de guerre la FOM survivra-t-elle à Ecclestone et la FIA à Mosley ?), et surtout que serait-t-il advenu de la Formule Un entre-temps ? 

 

Le navire FIA va-il couler avec son capitaine ?

 

Ce n’est malheureusement pas une hypothèse à écarter. Jamais au cours de toute son existence la vénérable institution n’a connu une crise d’une telle ampleur. Rappelons qu’elle est composée de deux entités, le Sport et la Mobilité (les grands clubs automobiles mondiaux à vocation mobilité et tourisme dont certains comptent plusieurs millions de membres), et qu’elle est déjà très affaiblie côté Mobilité par la distance qu’ont prise les principaux clubs « touristiques » depuis le refus du Président de démissionner, suite à la médiatisation de ses frasques sexuelles, il y a un an.

Il est également facile de comprendre que le départ de la Formule Un réduirait à peu de chose son rôle de « pouvoir sportif mondial, et qu’en conséquence elle n’y survivrait pas. Peut-on en arriver là ? Il y a un réel danger, dans la mesure où le « jusqu’au boutisme » de Mosley pourrait se trouver conforté par une Assemblée Générale à sa botte.

Un pays = une voix !!!

  "Une assemblée générale à sa botte":


 
Il faut en effet rappeler que la FIA fonctionne selon un système "onusien" (ONU) où le plus petit club, la plus petite fédération sportive a le même poids qu’une fédération de plusieurs dizaines de milliers de licenciés (comme par exemple la FFSA ou le Japan Automobile Federation), et que les dirigeants de ces petits clubs et petites fédérations sont particulièrement bien "soignés" par le régime :

Missions de tous ordres, voyages, meilleurs hotels, etc. une fidélisation efficace puisqu’elle contrebalance très largement les fédérations qui participent véritablement à l’activité de l’institution, dont certaines comptent comme membres les grands constructeurs opposés à Mosley !!!

  Se soumettre ou … se demettre !!!! Le départ parait programmé…

La solution pour une sortie de crise

Il n’y en a qu’une seule et elle est simple : la FOTA n’a rien à perdre, et au contraire tout à gagner d’un changement de l’équipe dirigeante de la FIA, et de la refonte de l’institution. Il est toutefois permis de penser que la poursuite de son projet et sa détermination fera comprendre aux dirigeants des clubs et fédérations, membres de la Fédération Internationale que l’institution a été conduite dans une impasse par le manque de réalisme, l’incapacité à trouver des solutions dans la concertation et l’obstination de son Président, et qu’en conséquence, il n’est plus apte à assumer ses fonctions, et doit s’en aller.

Sans délai et sans conditions, c’est aujourd’hui une question de vie ou de mort pour la FIA.

Seul ce départ, permettra la reprise d’un dialogue réaliste et une gestion intelligente du sport automobile mondial. 

Sinon, gare à la casse …

Gilles Gaignault

Photos: Bernard Bakalian –Olivier Thibaud – Bernard Asset – Patrick Martinoli – Gilles Vitry

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