Automobiles Classiques : Un Edito épatant sur le monde automobile

Nous ne résistons pas à l’envie de publier – avec son accord bien évidemment – le trés bel Edito de notre confrére Marc Schinklin, Rédacteur en Chef du superbe magazine mensuel Automobiles Classiques.

Le motif ?  Il est tellement  » Plein de bon sens  » !!!

A vous de juger

Gilles Gaignault

  

L’édito

Morphine

Ainsi donc, dans la grande tradition interventionniste, l’État vole au secours de nos constructeurs automobiles nationaux en leur consentant un prêt avantageux de 6 milliards d’euros, assorti de conditions qui vont restreindre sérieusement leur marge de manœuvre. Notamment en matière de délocalisations.

À court terme, cette injection de morphine publique soulage. A terme, elle ne soigne rien. Un simple coup d’œil dans le rétro suffit à s’en convaincre. L’une des meilleures opérations qu’ait réalisée Renault ces dernières années, la Logan, aurait été impossible si elle n’avait pas été construite dans un pays où les charges salariales sont moindres qu’en France.

Pas plus que la prise de contrôle de Nissan par Renault n’eût été envisageable dans un monde protectionniste. Les conditions du prêt public en font donc au mieux une demi-mesure, qui ne va pas jusqu’au bout de sa logique protectionniste.

Maintenir en France des productions à coûts élevés sans fermer les frontières, c’est favoriser l’importation de véhicules fabriqués à bas coût dans des usines existant déjà hors de France.

Les clients trancheront. C’est aussi faire semblant de méconnaître que le marché automobile est mondial et que les constructeurs français en ont tiré parti, tant pour exporter leurs produits que pour délocaliser leurs productions.

La main gauche « nissanéenne » de Carlos Ghosn signe 20 000 licenciements tandis que sa main droite s’interdit de le faire en France. Comprenne qui pourra.

Ce shoot de morphine dispense de rechercher les causes du mal qui frappe l’industrie française : l’existence d’un outil de production disproportionné, soumis à des charges salariales sans commune mesure en Europe, un marché national en stagnation depuis des années, et un désinvestissement affectif des Français pour l’automobile.

Entre une répression de plus en plus bornée qui conduit en prison des milliers de citoyens pour des délits putatifs, une fiscalité pétrolière délirante et la désignation permanente de l’automobiliste à la vindicte publique par des (bo-) beaux esprits circulant généralement avec la flotte aérienne gouvernementale ou toutes sirènes hurlantes, nombre de Français ont perdu la fibre automobile.

Ce qui ne pouvait rester sans conséquences industrielles et sociales. Allez, encore un petit effort de mémoire : pour avoir, à coups de fonds publics, entretenu les emplois fictifs dans une sidérurgie vieillissante tandis que d’autres s’adaptaient dans la douleur, l’industrie française de l’acier est aujourd’hui indienne. Comme Jaguar et Land Rover…

Marc Schlicklin

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