Heuliez : un besoin de 45 millions d’euros, l’Etat lui en offre 10 ! Une tentative de sauvetage très

On savait que pour l’équipementier automobile Heuliez, basé à Cerizay dans les Deux-Sèvres, les 1 000 employés craignaient d’être laissés sur le carreau ou étaient tout-au-moins dans la tourmente financière depuis quelques temps déjà. Après des pertes de marché, Peugeot et Renault ne désiraient plus lui confier leurs carrosseries, Opel ne renouvellerait pas son contrat sur les modèles Tigra.Puis les choses semblaient s’améliorer depuis ces dernières semaines pour le groupe français, avec l’ouverture  officielle des réservations de sa voiture électrique “Friendly “. Cette nouveauté laissait présager un avenir moins sombre…
 

En période de crise, noyés au milieu du flot de fermetures d’entreprises, les déboires de cette société auraient très bien pu passer inaperçus. Impossible ! Cette entreprise est l’un des plus gros employeurs du secteur industriel en région Poitou-Charentes. Ségolène Royal, présidente de cette région, décide de s’emparer de l’affaire. L’ex-candidate à l’élection présidentielle prend en main le dossier, le rendant public très rapidement..

Aujourd’hui, Heuliez a besoin de 45 millions d’euros pour éviter de se retrouver en cessation de paiement d’ici à la fin du mois ! L’Etat est prêt à lui en accorder 10 pour faire attendre les banques et trouver un repreneur ou un partenaire financier.

En réalité, c’est le Secrétaire d’Etat à l’Industrie qui a annoncé : “Ce n’est pas de 10 millions d’euros dont a besoin Heuliez, mais de 45 millions ! C’était 25 millions il y a six mois et si on ne fait rien, ce sera 60 millions dans six mois”.

Cette déclaration faisait suite au refus du FSI (Fond Stratégique d’Investissement) de soutenir le projet soumis par le constructeur, sans évoquer de raison valable.

La direction d’Heuliez, quant à elle, est soutenue par plusieurs représentants de la scène politique comme Christine Lagarde, Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, et  Ségolène Royal, ex candidate présidentielle, présidente de la région Poitou-Charentes qui avaient néanmoins déposé une nouvelle demande auprès de l’Etat.
 

La décision a été rendue finalement : l’Etat accepte aujourd’hui d’intervenir à hauteur des dix millions initialement prévus par le FSI, mais pas un cent de plus !

Le porte-parole délégué du gouvenement, Monsieur Luc Châtel, a précisé que : “ce n’est pas uniquement du FSI dont le groupe a besoin mais d’un tour de table avec les différents partenaires industriels. Nous devons avoir de vraies perspectives et examiner toutes les hypothèses. L’objectif est de trouver des solutions industrielles pour dire la vérité aux travailleurs”.
 

Et il a également tenu à souligner : "Il faut être responsable. Ne pas laisser tomber Heuliez sans rien faire mais travailler sur un vrai projet industriel porteur”.

Ségolène Royal n’a eu de cesse de le répéter jeudi dernier, face à Jean-Pierre Elkabbach lors d’une interview sur Europe 1 : “si Heuliez est à deux doigts de disparaître, c’est la faute au Fond Stratégique d’Investissement (FSI)". Cet organisme a été créé au mois de décembre dernier par le gouvernement pour soutenir les entreprises dites « stratégiques », mises à mal par la crise“.  Pour elle, “c’est un tort que le FSI se détourne d’Heuliez“.

 “Heuliez est une société innovante grâce, notamment, à son projet de voiture électrique, la Friendly”. Un gros dossier n’a pas été mentionné : l’aboutissement du projet “Will“ en collaboration avec Michelin c’est-à-dire une roue pourvue de son système de propulsion électrique ainsi que sa suspension présentée au Mondial de l’Automobile 2008.

Dès lundi 23 mars, Mme Royal attaquait très fort : “J’espère que le refus n’est pas le résultat d’une pression exercée par un groupe concurrent" , faisant référence dans la foulée au groupe Bolloré qui, comme Heuliez, développe un véhicule électrique (le groupe Bolloré a, depuis, formellement démenti).

Le lendemain, le Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy en personne, lors de son discours à Saint-Quentin, évoquait l’entreprise de Cerizay : " J’ai demandé que le FSI soit prêt à investir 10 millions d’euros dans Heuliez (sur les 45 millions nécessaires) pour peu qu’il y ait un projet industriel, pour peu qu’on trouve des partenaires et pour peu que le propriétaire soit prêt à mettre de l’argent de sa poche "

Le Président a été touché dans l’une de ses fragilités principales : l’accusation de conflit d’intérêt. Il fallait y penser avant, au moment du dîner au Fouquet’s (dit  dîner des copains)…

La direction du groupe Heuliez a par ailleurs annoncé jeudi dernier avoir “déjà” enregistré 170 commandes de sa Friendly, ce qui représente quelques semaines de production assurée.

Ce qui n’est pas dit sur Heuliez

Est-ce une victoire de Ségolène Royal ? C’est plus compliqué. La dirigeante socialiste a raison de se battre pour préserver des emplois dans sa région, de miser sur la croissance verte pour relancer l’économie. C’est une idée plus que louable ! il est tout- de -même difficile de ne pas pointer du doigt les sommes énormes versées par l’Etat au secteur automobile traditionnel et son désintérêt flagrant pour les projets visant à faire naître le véhicule de demain, comme également chez Matra chez qui des véhicules sont déjà livrés pour des collectivités locales. Mais la société Heuliez est très loin d’être sortie d’affaire……

Heuliez est avant tout un équipementier automobile « classique » avant d’être une entreprise dédiée à la fabrication de véhicules électriques. Sur ses 1 000 employés, 10% tout- au- plus travaillent sur la Friendly, cette voiture dont elle a décidé d’être l’ambassadrice. Une voiture dont la fabrication ne pourra être lancée que dans dix-huit mois au mieux! Et d’ici là, comment « occuper » les autres salariés ? L’accord liant Heuliez à Opel, Renault et PSA ne semble pas remplir leur carnet de commandes en ce début d’année…

Cela serait en partie pour cette raison, que la demande présentée par Heuliez au FSI, en février, avait été refusée,  le projet autour de la voiture électrique n’étant pas satisfaisant. D’autre part, la société était en grande difficulté depuis deux à trois ans. Elle se serait en fait, tournée vers le FSI à deux mois du dépôt de bilan !

Il aurait été dit que le FSI n’apprécierait pas véritablement d’être appelé à jouer les " pompiers car cela n’est son rôle ".

Après cet accord, une période de gestation s’impose. Dans quelques semaines, il sera temps de faire un nouveau point pour apprécier si cela n’était qu’une« instrumentalisation » politique sur l’affaire Heuliez. Il faudra tout de même que le groupe trouve des investisseurs généreux pour combler cet espace -temps entre la mise en route de la fabrication de ce nouveau véhicule et sa sortie de chaine.

1 000 salariés en dépendent… 

Philippe Janot

Photos: Heuliez france

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