Legend Boucles de Spa : Entretien avec Willy Lux

 

Willy Lux, coordinateur général des Legend Boucles de Spa fait le point sur cette belle épreuve qui sé déroulera le week-end prochain 14 février et sur le phénoménal succès qu’elle recueille incroyablement cette année en période de grave crise économique. Preuve que l’épreuve Ardennaise conserve toujours une fabuleuse image !


« On ne pouvait pas laisser tomber une aussi belle épreuve »

Copilote avec deux succès aux côtés de Marc Duez et Grégoire de Mevius, pilote sur une petite Polo puis sur sa Lancia Fulvia Historic, préparateur (LDT) de la Saxo S1600 de Pascal Gaban, Willy Lux n’a pas raté beaucoup d’éditions des Boucles de Spa depuis sa première participation en… 1966, dans le baquet d’une NSU de 25 chevaux. Et aujourd’hui, le petit lutin a décidé de passer de l’autre côté de la barrière en devenant le bras droit de l’organisateur, Pierre Delettre.

Willy, quel est votre meilleur souvenir des Boucles ?

« Oh, j’en ai beaucoup mais je dirais la première victoire avec Marc (Duez) sur la neige avec la Quattro Belga en 1983. »


Et le plus mauvais ?

« Là aussi j’en ai malheureusement pas mal. Avec un peu plus de réussite, je ne parle même pas de chance, j’aurais dû gagner ce rallye dix fois. Je me souviens qu’une fois nous dominions largement l’épreuve avec la Porsche Gaban de Willy Braillard et un contrôleur m’a injustement pénalisé d’une minute alors que j’avais pointé dans la seconde. Une autre fois, je roulais avec René Tricot et le premier tour se faisait en reconnaissance. J’avais terminé une heure à l’avance et j’avais donné mon carnet au contrôleur qui n’était autre qu’Ernest Tricot, le père de mon pilote. Je lui avais demandé de me pointer à l’heure exacte pendant que je recopiais mes notes. Mais il ne l’a pas fait et nous avons pris de lourdes pénalités avant même le départ. Une autre fois encore, je pensais avoir gagné le rallye avec Billy Van Coillie. Il me disait qu’il connaissait tout par cœur, mais au premier passage il avait raté un CP qui nous a coûté notre succès. Et puis, il y a encore eu la fois où mon fils Olivier a eu un accident en descendant la Saxo de Gaban au contrôle technique sur le circuit de Francorchamps. Il roulait un peu vite et a embouti la voiture d’un vieux monsieur. Heureusement, on a pu réparer à temps pour le départ. »

Et l’épisode de la Quattro avec votre mise hors-course avec Harald Demuth.

« Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment un mauvais souvenir. On dominait l’autre Quattro de Waldegard avant de connaître un souci mécanique. J’ai été pointé pendant que les mécaniciens réparaient. J’ai réussi. J’ai réussi à m’arranger en influençant le contrôleur. Mais Léon Lejeune s’en est rendu compte. Nous savions que nous allions être mis hors course. C’était logique, mais nous avons voulu continuer jusqu’à la dernière spéciale car on s’amusait trop sur la neige. »

Pourquoi avoir accepté la proposition de Pierre Delettre de travailler avec lui ?

« J’ai lu son interview dans la DH du mardi après le rallye où il disait qu’il voulait tout arrêter. Je le sentais désabusé. Il cherchait quelqu’un pour l’épauler et je l’ai directement appelé pour lui dire que je devais lui parler. Je ne pouvais pas laisser tomber une aussi belle et grande épreuve, jouissant d’une aussi belle aura. C’est vrai qu’il y a eu pas mal d’imperfections dans l’organisation en 2008. Mais rien d’irrémédiable.  Je me suis dit qu’avec ma rigueur et mon expérience d’équipier, je pourrais améliorer tout cela. On s’est vite mis d’accord, dès le mois de mars. J’ai ainsi évité que les Boucles soient supprimées ou seulement organisée une année sur deux. Je comprends Pierre. Il est souvent parti à l’étranger durant l’hiver en tant que directeur de course de l’A1 GP et il n’avait plus le temps de s’occuper de la gestion quotidienne de l’organisation. C’est quelque chose de lourd qui dure plusieurs mois. Je suis motivé à 200% pour que tout soit parfait. Certaines nuits, je n’ai déjà dormi que deux heures pour faire honneur à ma devise, écrite à l’entrée de mon bureau : Il n’y a pas de problème, que des solutions. »

Est-ce plus ou moins dur que ce que vous aviez imaginé ?

« C’est difficile. Au fur et à mesure que les semaines passent, on trouve des pierres sur notre chemin. Et dès qu’on a réussi à en enlever une, on en trouve une autre. C’est un travail de communication. Ma petite notoriété m’a aidé. J’ai été trouvé tout le monde, les bourgmestres mais aussi les riverains anti-rallyes. Et j’ai été étonné de recevoir un aussi bon accueil. Je n’ai essuyé aucun refus. Et le rallye retourne sur des communes où il n’était plus allé depuis dix ou trente ans. En fait, ce qui dérange le plus les gens ce n’est pas le rallye mais les reconnaissances. C’est pour cela que je tiens tellement à garder le parcours secret. Mais malgré cela, il y a toujours des petits malins qui liment les routes de la région sans même savoir par où cela passe. Et sans savoir qu’ils tuent à petit feu le rallye.  Le week-end dernier, j’ai croisé un des grands noms du rallye en vélo dans la Clémentine et cela m’a fait de la peine car je trouve que les ténors devraient montrer l’exemple. Interdit c’est interdit, que ce soit en voiture, à vélo ou même à pied. D’ailleurs le prochain que je chope sur le parcours, je n’hésiterai pas à le mettre hors course ou à lui infliger une lourde pénalité avant même le départ. Il faut faire des exemples car certains ne comprennent pas bien l’esprit de notre épreuve. Alors on va leur expliquer. Willy Lux une fois qu’il est de l’autre côté et fait son travail n’a pas d’amis. Que ce soit Duez, Gaban ou une autre personne n’aura le tracé avant. Même Pierre Delettre ne sait pas où je vais placer mes contrôles secrets. Je suis le seul à savoir. Comme cela il n’y aura pas de fuites. »

Qu’espérez-vous apporter à l’épreuve ?

« Du sang neuf, une nouvelle motivation et de la rigueur. Pour la première fois en Belgique, le chronométrage se fera avec des puces électroniques. Il n’y aura ainsi plus aucune erreur ou discussion avec les chronos. Le système est infaillible. Je me suis aussi occupé du parcours, à 80% nouveau par rapport à l’an dernier. Et je veux que ce soit pareil en 2010. Lorsque vous organisez un rallye comme cela, il faut changer le tracé à chaque édition sinon ce n’est plus du secret. »

Que pouvez-vous nous dire du parcours ?

« J’ai envie de ne rien dire car je veux éviter que les pilotes aillent tourner autour des églises quinze jours avant le rallye. C’est toujours pareil. Si je dis qu’on va faire une spéciale par exemple à Saint Vith, les gens vont aller sillonner les routes de la région sans savoir. Or cela ne sert à rien. Je peux dire que le parcours est beau, qu’il y a sept RT différentes, la plus longue de 17 km. Qu’on reprend bien sûr des classiques mais qu’il y a aussi deux toutes nouvelles spéciales dont une sur les hauteurs de Liège spécialement pour le public. En tout, il y aura 17 RT pour un total d’environ 150 km, soit dix de plus qu’en 2008. Même sur le sec, je ne pense pas, qu’à une ou deux exceptions près, qu’il sera possible de passer facilement à zéro. »

Que ferez-vous durant le rallye ?

« Je partirai une heure et demi avant le premier concurrent pour placer moi-même tous les contrôles secrets pour le rallye Classic. Je veux que tout soit nickel. Ainsi s’il y a une faute, je l’assumerai seul. Je distribuerai aussi les montres avec les puces électroniques. Ensuite, je reviendrai à la direction de course et j’irai de temps en temps sur le terrain pour prendre la température. Etre à l’écoute des pilotes et copilotes pour voir si tout se passe bien. »

Ne regrettez vous pas de ne pas être au départ en tant que copilote ou pilote ?

« Pas du tout. J’aime beaucoup ce que je fais. C’est passionnant. Si vous prenez des bonnes décisions, vous ne le regrettez pas. Sauver les Boucles en aidant Pierre et son équipe était une bonne décision dont aujourd’hui je suis fier. Les Boucles m’ont beaucoup apporté dans ma carrière et je suis heureux de pouvoir faire quelque chose de concret pour la pérennité de ce monument du rallye belge. »

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