Le « PARIS-DAKAR », épreuve emblématique des trente dernières années !

 

A la veille du départ à Buenos-Aires en Argentine du Rallye-raid qu’organise ASO sous l’appellation ‘’ Dakar ‘’, Diane Thierry Mieg, l’ex épouse de Thierry Sabine, le  regretté créateur de ce Rallye qui se nommait alors Paris-Dakar, nous a fait l’amitiè de nous dévoiler en exclusivité ce que fut le tout premier  ‘’Rallye Oasis Paris-Dakar ‘’ qui s’élança des Jardins du Trocadéro le 26 décembre 1978. Et elle nous parle également des années suivantes.Et de ses souvenirs intimes.

Gilles Gaignault

      
Pourquoi je désire vous raconter ses débuts ?

Mais parce que simplement j’y étais, et que j’ai vécu de l’intérieur cette Aventure formidable !

 Au départ, c’était juste une envie de continuer une course-raid créée en janvier 1975 par Jean-Claude Bertrand qui avait eu l’idée d’emmener des motards d’Abidjan (Côte d’Ivoire) à Nice (Côte d’Azur) !  De nombreuses personnes avaient trouvé cette expérience géniale, mais l’organisateur désirait passer sur d’autres continents, et ne voulait plus de l’Afrique !

Thierry Sabine, qui allait devenir mon mari dans l’année qui a suivi, avait participé à cette épreuve lors de la seconde édition en janvier 1976, à moto, avec une bande d’amis, et il était tombé amoureux de ce continent magnifique en se perdant lui-même pendant trois jours et trois nuits dans le désert du Ténéré ! Avant d’étre miraculeusement repéré par le petit avion de Jean Michel Sinet.

Revenu à Paris, Il commença par travailler sur le projet ambitieux de l’ami Bertrand afin de préparer une course en Amérique centrale. A cette occasion, nous sommes allés rencontrer à Los Angeles, l’organisateur de la Baja 1000, célèbre course américaine, avec l’idée d’une collaboration Franco-américaine, mais le projet n’aboutit pas. Et finalement vu le cout pharaonique d’une telle organisation et dénommée Rallye 5X5*, Bertrand laissa tomber après les reconnaissances effectuées trois mois durant au cours de l’été 1977 entre La Nouvelle –Orléans et Caracas.

L’année suivante, au cours de l’été 1978, il fut décidé que Thierry reprendrait l’organisation d’une course en Afrique, mais sa grande innovation fut que celle-ci partirait de Paris, capitale de la France pour rejoindre Dakar, capitale du Sénégal !

Ainsi naquit le « Rallye PARIS-DAKAR » !

* 5X5 : En fait cinq rallyes pendant cinq ans et sur cinq continents

Thierry avait des idées à la pelle, et après ce choix de taille, il fallait trouver une « couverture –presse » digne de ce nom !  Il trouva d’abord  Paris-Matc «  le poids des mots, le choc des photos », puis au fil des ans VSD, la radio  RTL  avec l’inoubliable Max Meynier et son émission « Les routiers sont sympas »,  et aussi l’Equipe, Auto-Moto, et d’autres encore …

 Il eut aussi l’idée géniale  vu que nous allions traverser le Sahara de démarcher le fabricant de jus de fruits « Oasis » qui fut notre premier sponsor, et qui distribua au départ des centaines de sachets d’orange en poudre qu’on diluerait dans les gourdes d’eau afin d’en améliorer le goût dans la chaleur africaine !

Et puis nous avons commencé à organiser le Rallye qui conduirait 500 personnes à travers l’Afrique, guidé par un seul homme, jeune car il n’avait que 29 ans, mais qui avait tout conçu dans sa tête, et qui savait exactement où il allait !

Car il était parti tout seul pendant un mois, avec un véhicule Toyota 4×4 que nous avions acheté, avec pour second un mécanicien, afin de faire le tracé du Rallye.
 Il avait pris des notes, qu’à son retour, j’ai recopié à la main pendant de longues soirées, afin de pouvoir donner un « road book » aux concurrents, donnant les indications de direction de route ! Tout cela était bien artisanal, par rapport à ce que cela devint quelques années plus tard (là, les concurrents auraient chacun une balise Argos qui permettrait de les retrouver dans le désert, des GPS et autres gadgets -genre dérouleurs de cartes- qui n’existaient pas à l’époque !).

Dans les toutes premières années, on partait avec sa boussole et son couteau ! Et ses boites de conserve pour les voitures et les camions, pas grand chose pour les motards, qui finissaient par se regrouper autour de quelques gens de voitures ou de camions généreux qui partageaient avec eux leurs conserves !

Pauvres motards qui perdaient parfois jusqu’à leur affaires personnelles, leurs papiers d’identité, leurs sacs de couchage, au bord d’une piste, à l’occasion d’un passage de bosse un peu violent, et ne s’en apercevaient que beaucoup plus tard, trop tard pour revenir les chercher !

 C’était le temps de la débrouillardise, de l’entraide, des crampes terribles aux bras, aux mains, aux jambes pour les motards qui roulaient presque toute la journée debout sur leurs repose-pieds, à tel point qu’en arrivant le soir, ils étaient tellement raides qu’ils n’arrivaient plus à descendre de leurs engins ! Certains n’avaient jamais fait de tout-terrain de leur vie et s’étaient lancés dans l’aventure sans réfléchir ! Mais lorsqu’ils arrivaient au bout d’une étape d’une journée, ils étaient tellement contents qu’ils se disaient qu’ils devaient remonter sur leur bécane le lendemain et tenir encore ! Je saluerai au passage particulièrement certains petits bouts de femme qui participèrent de cette manière à la course, et se dépassèrent physiquement d’une façon extraordinaire !

 Les pilotes de voiture et de camions n’étaient pas en reste d’expériences inédites, faire des tonneaux du haut d’une dune de sable avec un Range Rover, ou sauter d’une bosse de ses nombreuses roues avec un camion énorme donnaient des sensations fortes aux chauffeurs, avec le risque de retomber sur un motard ensablé derrière celle-ci,… tout pouvait arriver ! C’était l’aventure, la vraie !

Une anecdote du premier Rallye Paris-Dakar, fut la découverte, après la traversée de la Méditerranée en bateau de Sète à Alger, et le début de la descente de l’Algérie par la route, d’un jeune homme suivant les concurrents à moto, mais sur son scooter, avec pour tout bagage une gourde d’eau, commençant la traversée du désert algérien !… Il était postier à Sète, et voyant arriver la caravane du Dakar dans le port, il n’avait pas pu se retenir, s’était faufilé dans le bateau avec son scooter, avait échappé à la surveillance de la douane, et caché au milieu de la troupe des motards, avait réussi à faire pas mal de chemin avec nous !

 Il finit par être découvert, tomba en panne avec son engin, et termina le Rallye dans le camion-balai dans lequel se trouvait Max Meynier, qui évidemment parla de lui ! Il fit la « Une » de plusieurs journaux, et perdit son travail aux PTT ! Il prit sa revanche l’année suivante, en partant officiellement sur une moto sponsorisée par « La Poste » !

 J’avais connu, à l’occasion de plusieurs Grands Prix de Formule 1, l’excellent pilote belge, Jacky Ickx. Lorsque nous avons organisé pour la première fois le Paris-Dakar, j’ai pensé que l’inviter à participer serait intéressant pour nous, je ne pouvais pas imaginer qu’il le ferait autant de fois, avec autant de plaisir, et avec un coéquipier de choc, Claude Brasseur ! Il fut un des premiers à croire en nous, et nous le lui avons bien rendu !

Comme autre vedette, nous avions un pilote de buggys, qu’il préparait lui-même, Yves Sunhill,  jeune architecte-décorateur, qui  poussait le summum du chic a décorer ses engins aux couleurs de son sponsor, le couturier Louis Féraud, ce qui donnait une voiture zébrée noir et blanc Haute Couture. Il prouvait, entre autres véhicules, qu’on pouvait suivre le Rallye en deux-roues motrices.

De même, un certain Raphaël de Montrémy, vint avec une Rolls sponsorisée par « Jules » le célèbre parfum pour hommes de Dior ! Ne parvenant pas à suivre tout le Rallye, il se résolut à mettre la voiture sur un train pour être au moins à l’arrivée à Dakar, et pouvoir honorer une partie du contrat de publicité !

 Quoi qu’il en soit, tout cela mettait de l’exotisme dans les reportages sur la course !
 Dans les participants des premiers temps, il y eut des gens célèbres : le fils Thatcher, Albert de Monaco et sa sœur Caroline. Des comédiens : Claude Brasseur, Michel Sardou, Yves Rénier (le commissaire Moulin), Chantal Nobel…et d’autres. Du milieu automobile : Henri Pescarolo, Jacky Ickx, René Metge, Jean Ragnotti, Jean Pierre Jabouille, Jacques Lafitte…Plus tard, Johnny Hallyday en personne !

D’autres qui n’étaient pas  encore connus, mais qui le devinrent par la suite, comme un certain Gérard d’Aboville, qui courut à moto avec ses quatre frères habillés en combinaison verte, « les Grenouilles », et qui fit parler de lui par la suite en traversant l’Atlantique seul à la rame, Cyril Neveu qui se fit un nom dans la moto, Hubert Auriol dont la vie se trouva axée vers le sport auto-moto à partir de là…

Et tant d’autres qui eurent la volonté de vivre des aventures en traversant des paysages de toute beauté, en rencontrant au passage des populations enthousiastes et chaleureuses !

 Combien de vocations et de changement de vie ont été inspirés par ce Rallye !
Et combien de gens merveilleux et bénévoles ont aidé à son organisation, par simple désir d’être présents, je parle des médecins et infirmières, des commissaires de course et contrôleurs de passage pour chaque étape, qui travaillaient le soir à redéfinir l’ordre de départ du lendemain, toutes les personnes nécessaires à une organisation de cette ampleur !

Secondant Thierry, mon poste favori était au départ chaque matin, qui durait deux bonnes heures, un véhicule envoyé toutes les quelques minutes. Je saluais chaque concurrent et lui souhaitais une bonne étape, on m’appelait « le sourire du Rallye», et j’en suis fière ! Ensuite j’allais à l’arrivée en petit avion, afin d’organiser le bivouac du soir, pendant que Thierry survolait dans un hélicoptère le bon déroulement de la course et s’arrêtait partout où il le fallait.

Il y avait les plus forts ou chanceux, ceux qui passaient sans encombre les étapes jour après jour, ceux qui bénéficiaient d’une assistance, qui se retrouvaient en tête de course et arrivaient tôt au campement du soir pour se reposer, et puis ceux qui avaient des difficultés, des pannes mécaniques, des chutes, des ensablements, et arrivaient tard le soir, épuisés, et devaient encore faire de la mécanique tard dans la nuit, à la lueur d’une lampe de poche.
Quel courage, quelle volonté, quelle endurance !…

Et puis, il y avait la dernière étape sur la plage, avant de retrouver la ville et la civilisation, où tous les concurrents se retrouvaient à égalité dans une chose, le fait d’avoir été jusqu’au bout de l’aventure ! Il y avait les vainqueurs, mais même les derniers du classement étaient vainqueurs « d’y être arrivé » !

Nous avons dormi à la belle étoile sur les tarmacs des aéroports où se posaient les petits avions de l’organisation, partagé des boîtes de sardines avec un bout de pain avec des concurrents au bord d’une piste, bu du thé à la menthe avec des « hommes bleus », les touaregs, bavardé avec des gens habillés de boubous aux couleurs magnifiques, toujours impeccablement propres, on se demandait comment ! Nous avons vécu des moments de partage et de bonheur simple, des choses qu’on n’oublie jamais !

Je voudrais citer celui qui fut mon mari, Thierry Sabine, dans un texte qu’il écrivit pour un livre de photos magnifiques sur le Dakar, qui illustre bien sa pensée :

« J’aime l’Afrique, j’aime la toucher du bout des doigts, j’aime les sourires des hommes, l’étonnement des femmes, la spontanéité des enfants. J’aime cette terre que les Blancs n’ont pas su garder, mais où ils ont su semer leurs défauts. Quelques imbéciles m’ont traité de colonialiste. Ce sont eux, par leur ignorance, qui insultent ce continent souverain. En effet, chacun des pays que nous traversons est totalement libre de nous recevoir ou pas, totalement libre d’accepter cette bande de gentils fous qui viennent en Afrique découvrir qui ils sont. »

Diane Thierry-Mieg

Photos : Collection privée Diane Thierry Mieg et Dakardantan

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