Le sort des constructeurs automobiles déchire les États-Unis

  

 
Le Congrès américain ne parvient pas à trouver un consensus sur la solution à apporter à la situation de crise de General Motors et Chrysler.
 
Le débat est binaire. Pour les uns, il faut soutenir à tout prix Detroit, et éviter le dépôt de bilan, synonyme de catastrophe assurée. Pour les autres, le dépôt de bilan est au contraire le meilleur préalable à une restructuration et la meilleure alternative à une aide financière inutile et injustifiable.

Contre le dépôt de bilan de GM et Chrysler

• Une liquidation assurée

Le Chapitre 11 permet à une entreprise de déposer son bilan, de poursuivre son activité tout en cessant de payer normalement ses créanciers, et de confier à un juge sa réorganisation. Mais cela suppose que l’entreprise ait accès à des sources de crédit. Or, dans le contexte actuel, c’est hors de question pour GM et Chrysler. De plus, les Américains auront peur d’acheter des voitures neuves produites par des constructeurs en dépôt de bilan, et la chute de leurs ventes s’annonce encore plus dramatique qu’aujourd’hui.

• Des faillites en chaîne

Si GM et Chrysler cessent de payer leurs fournisseurs de pièces détachées et d’équipements, ces derniers, déjà en situation financière fragile, seront acculés à la liquidation. Or Ford ainsi que les constructeurs étrangers implantés aux États-Unis dépendent aussi de ces mêmes fournisseurs.

• Un effet boule de neige

Plus de 230 000 personnes sont employées directement par les trois constructeurs sur le sol américain. Dans l’hypothèse d’une réduction d’activité des « big three » de seulement 50 %, deux millions et demi d’emplois disparaîtraient dès la première année (estimation du Center for Automotive Research). Ce chiffre tient compte de la disparition d’emplois dans des entreprises hors du secteur automobile, mais dépendantes du pouvoir d’achat généré par l’activité automobile. 275 milliards de dollars de revenus s’évanouiraient. Le manque à gagner fiscal ainsi que les dépenses sociales supplémentaires à engager sont estimées à 108 milliards de dollars.

• Des besoins très inférieurs aux banques

GM, Chrysler et Ford demandent au total 34 milliards de dollars. Une somme qui paraît raisonnable au regard de l’enjeu, et… du sauvetage du système financier qui doit coûter 700 milliards.

• Des concessions ont été obtenues

Les constructeurs s’engagent à renégocier leurs dettes, à réduire leurs coûts de main-d’œuvre, à limiter les rémunérations de leurs dirigeants, à accélérer la production de véhicules économiques, à céder à l’État des participations à leur capital, et à se soumettre à la surveillance étroite d’un « tsar de l’automobile » nommé par le président américain.

• Une industrie stratégique

Pour des raisons technologiques, économiques et sociales, l’Amérique, premier marché mondial de la voiture, ne peut pas laisser à des groupes étrangers le leadership industriel dans ce secteur.

Pour le dépôt de bilan

• Un outil ad hoc

Le Chapitre 11 est fait pour restructurer des entreprises non compétitives. United Airlines, Delta Airlines et Texaco en sont des exemples. GM et Chrysler pourraient d’ailleurs dans ce cadre bénéficier d’une garantie fédérale. Et les Américains achèteront des véhicules GM et Chrysler opérant sous Chapitre 11 si on leur explique que ces firmes vont survivre et redevenir compétitives.

• Le prix de l’incompétence

Des salaires trop élevés et des avantages sociaux exorbitants plombent la compétitivité de Detroit depuis au moins une génération. GM, Ford et Chrysler ont poursuivi des stratégies absurdes, fondées sur les grosses cylindrées et 4 × 4 aujourd’hui inadaptés.

• Un puits sans fond

La somme de 34 milliards d’ici à mars 2009 est trompeuse. Les constructeurs reviendront vers l’Administration Obama l’an prochain avec des exigences plus lourdes. Le précédent du plan Paulson pour les banques, dont les résultats sont à ce jour plutôt maigres, incite à la prudence. D’autant plus que, si on aide maintenant Detroit, d’autres secteurs frappés par la récession viendront à leur tour frapper à la porte du Trésor.

• Les principes du libre-échange

Si le Japon ou la Chine pratiquaient une telle politique, les États-Unis saisiraient l’Organisation mondiale du commerce pour dumping, aides illégales à une industrie et discrimination à l’égard des industriels étrangers installés aux États-Unis.

• Le mélange des genres

L’engagement de fonds publics pour Detroit ouvrirait la porte à des considérations politiques contraires à la rationalité commerciale. Par exemple, lorsqu’un constructeur voudra fermer une usine non compétitive dans un État, les élus de cet État menaceront de faire couper les aides de l’Oncle Sam.

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