Pourquoi on ne ferme pas les Bourses

La crise financière, qui a fait voler en éclats tant de certitudes, ébranle maintenant l’un des derniers piliers du fonctionnement du système financier qui tienne encore debout : celui qui impose que, quoi qu’il arrive, les Bourses restent ouvertes.

Au vu de leurs plongeons, le plus sage ne serait-il pas de suspendre quelques jours les cotations, afin que les investisseurs puissent, comme les y avait exhortés le président de la Banque ­centrale, Jean-Claude Trichet, il y a deux semaines, « reprendre leurs esprits » ? En gelant provisoirement les cours des actions, on enrayerait la spirale infernale dans laquelle la baisse entraîne la baisse, puisque certaines institutions financières et fonds de placement sont contraints de reconstituer leurs réserves, et donc de vendre, à mesure que la valeur de leurs placements diminue.

Le gouvernement russe s’y est essayé à plusieurs reprises, et a d’ailleurs à nouveau pris la décision vendredi de fermer le marché jusqu’à mardi. Mais il est manifeste avec son exemple qu’arrêter les Bourses revient à casser le thermomètre, sans traiter la maladie.

Stopper le marché est une décision politiquement lourde : elle revient à priver les investisseurs de leur liberté d’arbitrer leurs avoirs. Il y a quinze jours, la Fédération mondiale des Bourses avait mis en garde contre une telle éventualité, envisagée à Londres et Rome pour se donner le temps de mettre en place leurs plans de sauvetage bancaire. Dans l’histoire, tout a toujours été fait pour maintenir le marché ouvert : l’une des fiertés de Wall Street est de n’avoir été paralysée que quatre jours après les attentats du 11 Septembre.

Le risque hedge funds

Aura-t-on le choix ? L’économiste américain Nouriel Roubini, très écouté pour avoir mis en garde contre une crise dès l’hiver 2006, a déclaré jeudi : « Ne soyez pas surpris si les autorités devaient, dans les jours à venir, fermer les marchés pour une semaine ou deux. » Sa théorie est que la panique actuelle crée un risque systémique majeur du côté des hedge funds.

Impensable il y a peu, la fermeture des marchés est donc devenue une possibilité évoquée au grand jour. Vendredi, les « futures » qui donnent une indication sur les Bourses américaines avant leur ouverture, ont été suspendues parce qu’ils baissaient trop. Une suspension classique, appelée « coupe circuit ». Les investisseurs ont alors redouté le pire, au point que le New York Stock Exchange et le Nasdaq ont dû publier un communiqué pour assurer que leur ouverture aurait lieu normalement !

Sport

About Author

gilles

Leave a Reply