F1 : Phil Hill est décédé

Quelques semaines à peine après son ami le photographe Bernard Cahier décédé à Evian le 10 juillet dernier, Philip Toll Hill Jr qui était né le 20 avril 1927 à Miami en Floride est décédé des suites de la maladie de Parkinson ce jeudi 28 Août 2008 à Santa Monica dans les faubourgs de Los Angeles en Californie.

Phil était un ancien pilote automobile américain de renom. En 1961, il est ainsi devenu le tout premier pilote Américain sacré Champion du Monde de Formule 1. Mais au cours de sa brillante carrière il avait également remporté au volant de Ferrari et à trois reprises associé au regretté pilote Belge Olivier Gendebien décédé lui le 2 octobre 1998 aux Baux de Provence dans le sud de la France, les très prestigieuses 24 heures du Mans en 1958-1961 – 1962

Né en Floride, Phil Hill déménage ensuite avec sa famille à Santa Monica en Californie, où son père occupe les fonctions de maître des postes. Passionné de compétition automobile, le jeune Hill abandonne assez rapidement les études pour devenir mécanicien et dispute également ses premières courses au volant de sa propre MG à partir de 1948.

En 1949, son employeur Roger Barlow lui conseille de se rendre en Angleterre pour qu’il se spécialise dans les carburateurs SU et suive des stages de perfectionnement chez Jaguar d’abord puis chez  Rolls-Royce à Crewe.

 

Hill revient aux États-Unis avec dans ses bagages une Jaguar XK120 au volant de laquelle il remporte sa toute première victoire, à Pebble Beach.

 Troquant très vite ses compétences de mécanicien pour un volant de course, il participe aux redoutables Carrera Panamericana, aux 1 000 km de Buenos Aires et aux 12 heures de Sebring, où il se classe second en 1955 au volant d’une Ferrari 750 Monza en compagnie de Carroll Shelby.

Aux 24 Heures du Mans cette même année, il assiste le 11 juin 1955 au volant de sa Ferrari du NART (North American Racing Team) propriété de de Luigi Chinetti à l’accident mortel qui coutera la vie à l’infortuné Pierre Levegh.

 
Il envisage alors de renoncer à la course automobile mais son mentor Luigi Chinetti le pousse à poursuivre sa carrière. Le représentant Américain de la Scudéria conseille même à Enzo Ferrari d’intégrer son poulain Phil Hill au sein de l’écurie officielle d’endurance pour la saison 1956.

Avec le Belge Olivier Gendebien, il se classe second des 1 000 km de Buenos-Aires en janvier ! Performance qui achève de convaincre le Commendatore de l’intégrer  enfin aux pilotes qui roulent pour l’équipe officielle de la Scuderia Ferrari.

Après quelques succès au cours des saisons 1956 et 1957, la carrière de Phil Hill avec la Scuderia  va véritablement décoller en 1958. Année ou Phil  remporte  deux des épreuves les plus prestigieuses du calendrier : Les 12 heures de Sebring puis les 24 heures du Mans au volant de la 250 Testa Rossa qu’il partage avec Olivier Gendebien.

Fort de ses innombrables succès en endurance, Phil demande alors mais sans succès à Enzo Ferrari de lui donner sa chance en Formule 1.

Par dépit ou par provocation, il s’engage déçu dans la foulée au Grand Prix de France au volant d’une… Maserati privée, propriété du ‘’Jo Bonnier Racing Team ‘’ et se classe à une honorable septième place.

Enzo Ferrari aurait pu prendre ombrage d’un tel comportement, mais le décès le 6 juillet 1958 à Reims de l’un de ses fidèles pilotes Luigi Musso pousse finalement indirectement l’Ingénière à donner sa chance à Hill pour le Grand Prix d’Allemagne, qu’il termine en neuvième position au volant de la Dino 156 de Formule 2.

Cette course le 3 aout 1958 est hélas le théâtre d’un nouveau drame pour Ferrari, qui perd de nouveau un autre de ses pilotes, Peter Collins. La situation est d’autant plus épineuse pour la Scuderia que cela laisse isolé Mike Hawthorn, qui joue le titre mondial face à Stirling Moss.

Hill est donc rappelé pour les deux dernières manches de la saison en Italie et au Maroc sur la Dino 246. A Monza, il se classe troisième, une performance qu’il réédite à Casablanca, non sans avoir laissé la seconde place en vue de l’arrivée à Mike Hawthorn !

Geste noble et chevaleresque qui assure le titre mondial à son coéquipier.

Au soir de son titre mondial ce 19 octobre 1958, Mike Hawthorn, très éprouvé par les disparitions tragiques de Musso et Collins annonce qu’il se retire et prend sa retraite sportive !

Ainsi en l’espace de quelques mois, Phil Hill, qui n’avait pas pourtant pas obtenu la confiance d’Enzo Ferrari, se retrouve pourtant  le premier pilote de la Scuderia Ferrari dans le Championnat du Monde de Formule 1.

Sur une voiture dépassée par les agiles Cooper à moteur arrière, Hill ne brille pourtant pas la saison suivante en 1959. Curieusement seul son coéquipier Tony Brooks parvient à remporter deux victoires.

La situation de la Scuderia empire en 1960 et Hill se retrouve incapable de suivre le rythme des écuries britanniques. Il finit toutefois par gagner enfin son premier succès en Formule 1 à l’occasion du Grand Prix d’Italie le 4 septembre 1960 à Monza.

Cette victoire lui laissa cependant un gout amer. En effet  pour tenter de favoriser  l’équipe Ferrari, les organisateurs avaient décidé de faire disputer la course sur la version "longue" du  circuit, celle empruntant l’anneau de vitesse. Décision qui poussa les principales écuries britanniques à boycotter l’épreuve. C’est donc face à une opposition très faible que Hill s’imposa. L’emportant finalement devant les Ferrari de Richie Ginther et Willy Mairesse

 
Dépassée depuis deux saisons, la Scuderia Ferrari met à profit le changement de règlementation et le passage à la F1 "1,5 litres" pour retrouver  enfin à nouveau sa supériorité en 1961.

Face à une opposition mal préparée à ce changement, Ferrari écrase le championnat, qui se résume rapidement à un duel entre Phil Hill (victorieux en Belgique) et son coéquipier l’
Allemand Wolfgang von Trips. Progressivement, Von Trips prend l’ascendant sur Hill, qui semble au plus bas moralement au départ du Grand Prix d’Italie, avant-dernière manche de la saison, le 10 septembre 1961

Distancé par Von Trips au Championnat et sur la grille de départ, il a également subi en qualifications la loi de Ricardo Rodriguez, un jeune Mexicain de 19 ans qui participe sur la troisième Ferrari à son tout premier Grand Prix.

Enzo Ferrari en personne ne se prive d’ailleurs pas de stigmatiser publiquement la contre-performance de l’Américain. Mais dès l’issue du deuxième tour, l’issu du

Championnat  bascule suite à l’accrochage entre la Lotus de Jim Clark et la Ferrari de Wolfgang Von Trips au cours duquel malheureusement le pilote allemand ainsi que 14 spectateurs trouvent hélas la mort. Etant miraculeusement parvenu à passer au travers du carnage, Phil Hill remporte la course et décroche par la même occasion le titre mondial.

La Scuderia se charge rapidement de dilapider durant l’hiver 1961-1962 l’avance prise sur la concurrence. Mécontents de l’ingérence de Laura, l’épouse d’Enzo Ferrari dans les affaires internes de l’équipe, le directeur sportif Romolo Tavoni et le directeur technique Carlo Chiti partent fonder leur propre équipe, Automobili Turismo e Sport.

Au sein d’une Scuderia totalement désorganisée, Hill fait illusion en début de saison avant de sombrer. Il se console en remportant pour la troisième fois les 24 heures du Mans, mais la dégradation de ses rapports avec son employeur débouche sur une rupture en fin de saison.

 

Avec son coéquipier Giancarlo Baghetti, il rejoint les dissidents d’ATS à compter de la saison 1963. Mais l’aventure ATS tourne rapidement au fiasco, et Hill n’inscrit pas le moindre point de la saison. Il passe en 1964 chez Cooper, mais le pilote américain, en perte de vitesse, réalise une saison assez terne.

Sans volant en F1, il décrochera pourtant le volant d’une Eagle-Climax au Grand Prix d’Italie 1966, mais il ne parviendra pas à se qualifier.

Hill décide alors d’effectuer un ‘’ Come-back ‘’ dans les épreuves d’endurance avant de finalement prendre sa retraite.

Au volant de la Chaparral 2D de Jim Hall, il remporte notamment les 1 000 kilomètres du Nürburgring en 1965 puis, sur la Chaparral 2F, le BOAC 500 de Brands Hatch le 30 juillet 1967, qui s’avérera être la toute dernière course de sa carrière.

A l’issue de sa carrière sportive, Phil Hill s’en retourne à Santa Monica, où il fonde Hill & Vaughn, une entreprise de restauration de voitures anciennes. Parallèlement il entamera d’une part une longue collaboration avec le célèbre magazine Road & Track. Et, d’autre part avec la chaine ABC pour laquelle il commentera les grandes épreuves automobiles.

Apprenant sa disparition, Luca di Montezemolo, le patron de Ferrari, le constructeur avec lequel Phil Hill a obtenu ses plus grands succès a déclaré:

« Je suis, comme tous les employés de Ferrari, très attristé par l’annonce de la mort de Phil Hill, un homme et un champion qui a tant donné à Ferrari a qui a toujours très bien représenté les valeurs de l’entreprise sur la piste et en dehors . Phil Hill a disputé et gagné de nombreuses courses avec des prototypes, comme les 24 Heures du Mans et les 12 Heures de Sebring, qu’il a remporté trois fois, et avec des monoplaces, comme en F1. Avec notre voiture, Phil a remporté le titre en 1961, devenant le premier natif des Etats-Unis à atteindre ce résultat. je suis toujours resté en contact avec Phil au cours des années et je sais que sa passion et son amour pour Ferrari vont me manquer. Mes plus profondes sympathies sont pour sa femme Alma et son fils Derek, dans ce triste moment. »

Phil Hill avait eu trois enfants, Vanessa, Jennifer et Derek.

Ce dernier a tenter il y a quelques années à son tour de faire carrière dans le sport automobile. Aprés la Formule Barber aux USA, Il a notamment participé en Europe au Championnat International de Formule 3000 en 2003 au sein d’une équipe française, DAMS, mais sans y connaitre une grande réussite.

  Gilles Gaignault

               A Monaco le 18 Mai 2005 lors de son ultime apparition sur un GP 

Aux 24 Heures du Mans en juin 2005 pour sa dernière visite sur un circuit

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