LA FORMIDABLE AVENTURE DE TICO MARTINI

 

Guy-Ligier-Tico-Martini-Photo-Gilles-VITRY

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L’histoire des Automobiles Martini est avant tout celle d’un homme :Tico Martini, d’un circuit : celui de Magny Cours et aussi d’une école de pilotage : l’école Winfield de Magny Cours.

Inamovible pilier du circuit de Magny Cours et ce depuis qu’il y débarqua un beau jour au début de l’année 1963, Tico Martini est « la  » figure emblématique de la piste nivernaise.

Pourtant rien absolument rien ne le prédestinait ni au sport automobile ni à venir lui le jeune Italien fabriquer des bolides de course au fin fond de la France profonde.

 

 Tico-Martini-autonewsinfo.


Tico-Martini dans son atelier de MAGNY COURS – Photo autonewsinfo.

 

Alors tentons de remonter en sa compagnie l’album de cette vie intense et passionnante qu’il mène depuis prés d’un demi siècle

«  Je suis né le 6 décembre 1934 à Pigna un petit village niché dans les collines de la Ligurie et qui surplombe et domine Bordighera. Mon père Giulio y exerçait le métier de Maître d’Hôtel dans un grand Palace de la Riviera Italienne cependant que Caterina ma mère tenait la demeure familiale. Mais à la fin des années 20, il est parti faire les saisons dans l’Ile de Jersey .Et lorsque la seconde guerre mondiale a éclatée nous sommes partis le rejoindre et nous installer dans cette île ou la vie était plus reposante plus paisible et agréable… J’y ai d’ailleurs vécu jusqu’en 1963. »

En réalité comme Tico voulait devenir mécanicien automobile, ce souhait lui était interdit à Jersey. D’ou sa décision de retourner en Italie ou il va faire une escapade qui durera trois ans entre 1952 et 1955. Et ce afin d’apprendre le métier de mécanicien.

Dans l’Ile Britannique un émigré italien à cette époque ne pouvait bosser que dans l’hôtellerie car il y avait des restrictions pour travailler dans d’autres secteurs d’activités… comme la mécanique !

 

Une fois sa formation terminée, Tico décide malgré tout de revenir à Jersey. Et comme la loi n’avait pas changée, il devient barman – Maitre d’Hôtel. Avec ses premiers salaires, en tout bon italien passionné par l’automobile, il se paie sa toute première voiture de course : une Cooper 500 Racer équipée d’un moteur Jap.

Et c’est à ce moment-là que sa vie va basculer et complètement changer :

«  En disputant mes premières compétitions sur la plage de Jersey et dans les courses de côte j’ai rencontré effectivement Bill Knight un promoteur immobilier qui courrait lui aussi. J’ai rapidement sympathisé avec cet ancien officier pilote d’un Bombardier Lancaster dans la RAF. Il avait deux fils Richard et Mike lesquels devaient avoir onze et douze ans. Et qui étaient déjà des accrocs de la course. Nous disputions environ cinq épreuves chaque année. »

Au fil du temps, ils finissent par devenir de bons et proches amis. Et lorsque Bill Knight construit en 1960 une piste de karting à Jersey, tout naturellement il propose comme la loi a enfin changée à Tico d’y travailler et d’abandonner le monde de l’hôtellerie. Le jeune homme ne se fait pas prier. Pour le jeune italien, c’est son rêve qui se réalise et devient enfin réalité. Mieux même puisque l’année suivante le père Knight ouvre une autre piste mais dans l’Ile de Majorque aux Baléares. En ce temps la, les Baléares étaient considérées comme le paradis. Comme les Maldives ou Maurice de nos jours.

«  Bill m’a d’ailleurs envoyé la bas pour mettre en route son affaire. »

Pendant ce temps, Mike l’aîné des garçons Knight s’inscrit à l’école de pilotage monté par Jim Russell. Et sur les conseils de Gérard Crombac un journaliste connu  dans le milieu automobile et rencontré à Goodwood, envisage de l’exporter en France. Les deux frangins Knight ayant réussis à convaincre Jim Russell décident donc d’ouvrir une filiale de l’école en France. Et l’ami Jabby toujours lui de les orienter vers un petit village nivernais au doux nom de Magny Cours ou un certain éleveur de bœufs charolais Jean Bernigaud venait récemment de construire un petit circuit automobile.

Finalement, l’affaire est conclue et l’école Jim Russel dirigée par les frères Knight s’installe à Magny Cours. En février 1963. Les monoplaces sont des Lotus 18. Et c’est l’ancien pilote Henry Morrogh qui en devient le premier directeur. Mais  les voitures manquant de fiabilité tombent souvent en panne. Et en octobre 1963, Bill Knight m’a demandé de les aider et de superviser sur place le matériel. Quelques mois pus tard, Morrogh a fini par démisionner pour s’installer aux USA ou il a monté sa propre école.

Tico s’en souvient parfaitement :

 « Du coup, Bill m’a dit. Il n’y a aucune solution pour poursuivre que celle de t’installer définitivement à Magny Cours. Tu restes pour diriger l’école. C’était un peu un rêve même si je me retrouvais au milieu de nul part dans un coin perdu »

Finalement le jeune Italien émigré à Jersey se plait et va tout compte fait faire sa vie à Magny Cours. Il rencontre  Christiane une fille  de Nevers en 1966 ; Ils auront deux fils Eric qui est aujourd’hui responsable de l’école Porsche chez Oreca. Et Alain.

Et comme il le dit très bien

« Je suis toujours resté là et cela dure maintenant depuis 45 ans tout de même. C’était mon destin ».

Pour en revenir à l’école, Mike Knight  a débarqué cette même année 1966 pour l’épauler et s’occuper de la gestion car l’affaire – devenu Ecole Winfield en 1965 en souvenir du prénom de la grand-mère maternelle du père Knight – prenait de l’ampleur et Tico ne parvenait plus à tout faire : directeur – moniteur – mécanicien !

Entre temps l’école de Magny Cours avait grâce encore une fois à Gérard Crombac crée son volant  financé par la compagnie pétrolière Shell récompensant le meilleur élève. Le tout premier lauréat fut un normand : Jean Pierre Jaussaud sacré en 1963. Allaient suivre plein de futurs champions dont François Cevert .

Shell se retirant, c’est la  firme Elf qui prit le relais en créant le pilote Elf succédant ainsi au Volant Shell , l’ultime vainqueur fut Patrick Langlois en novembre 1973. Dont le parrain François Cevert venait de trouver la mort quelques semaines auparavant le samedi 6 octobre à Watkins Glen. Du coup c’est le célèbre nageur Michel Rousseau qui officia. Et c’est l’orléanais Yves Le Strat qui remportera le premier pilote ELF en 1974.

Auparavant, Tico lassé des ennuis successifs et permanents du parc auto de l’école  composé de Lotus 18 et des Merlyn après avoir obtenu l’accord de Mike décidait de créer ses propres monoplaces. Ainsi naissait en 1968 la Société des Automobiles Martini.

En réalité Mike avait proposé  fin 1967 à Tico de concevoir une monoplace de la tester et en fonction de ses perfs de passer à la fabrication d’une première petite série de cinq autos. Dont une en version F3 ! Les performances au cours de la saison 1968 avec Etienne Vigoureux et aussi la fiabilité étant là, Mike à donc dit OK. Est ainsi apparue la  toute première réalisation de Tico Martini, la MW1 pour Martini-Winfield. Cette même année est créée la Formule France qui constitue un créneau idéal

C’est en 1970 qu’apparaît la toute première MK  pour Martini – Knight : la MK 4, une Formule France. Laquelle remporte le Championnat de France avec François Lacarrau. C’est le début d’une incroyable et formidable réussite.

Car le sucés est la. Pourtant l’homme de l’art reste par passion malgré tout moniteur chez Winfield jusqu’à la saison 1975. Il faut dire que l’entreprise Martini lui prenait de plus en plus de temps. Mais du bon temps. Car ses créations ne cessaient de briller un peu partout sur tous les circuits Français mais aussi et surtout sur toutes les pistes Européennes. En Formule France d’abord puis plus tard en Formule Renault. En Formule 3. Puis en Formule 2. Dès 1969 Les Martini obtenaient la consécration, l’ancien coureur à pied le regretté Jean Luc Salomon- ami du grand Michel Jazy multiples co recordman du Monde – ayant brillamment réussi sa reconversion en devenant fin 1969 Champion de France de Formule France.  Hélas pour lui il trouvera la mort en 1970 sur le circuit des Essarts à Rouen. Il est enterré d’ailleurs au cimetière de Magny Cours.

 

CLASSIC-DAYS-2013-Conference-de-presse-de-Jacques-LAFFITE-avecx-Tico-MARTINI-et-Pierre-Francois-ROUSSELOT-Photo-Emmanuel-LEROUX-pour-autonewsinfo.

CLASSIC-DAYS-2013-Conference-de-presse-de-Jacques-LAFFITE-avecx-Tico-MARTINI-et-Pierre-Francois-ROUSSELOT-Photo-Emmanuel-LEROUX-pour-autonewsinfo.

 

Mais les monoplaces sorties des ateliers nivernais vont survoler aussi le redoutable Championnat d’Europe de F2 plusieurs années. Avec Jacques Laffite (1975) d’abord puis René Arnoux (1977). En 1976 le Grenoblois s’inclinant derriére un autre Français Jean Pierre Jabouille au volant de la ELF2. Un peu plus tôt en 1973, Jacques Laffite avait déjà triomphé dans le prestigieux Grand Prix de Monaco de F3. Offrant son premier succés International à la petite entreprise Martini.

Du coup, encouragés par ses brillants résultats, Tico s’était associé à Hugues de Chaunac. Ensembles ils créent  la structure de course Oreca pour aligner les Martini  en course. Et  François Guiter le dynamique et brillant patron du service compétition chez ELF les encouragent à viser plus haut à voir plus loin…

C’est ainsi qu’est née la MK 23

Tico nous rappelle cette formidable aventure de la F1 Martini

«  Nous avions beaucoup de passion, d’optimisme mais hélas nous n’avions que de petits moyens financiers  pour réussir cet insensé pari. Oser développer une monoplace de Grand Prix »

Malgré l’aide du pétrolier ELF de  l’entreprise de travail temporaire RMO et des briquets Silver Match qui avaient réunis un million de francs de l’époque ( cent cinquante mille € ) l’affaire a  malheureusement vite capotée !  L’écurie Martini ne disputant que cinq GP avec René Arnoux au volant. Déçu des résultats et les caisses vides, Hugues de Chaunac choisissait sagement de jeter l ‘éponge au soir du Grand Prix de Hollande disputé dans les dunes de Zandwoort.

Oublié le monde de la F1, Tico Martini allait poursuivre la fabrication de monoplaces dans les formules inférieures et empocher de nombreux titres un peu partout sur toutes les pistes et sur tous les continents. Plus de 1000  voitures sortiront des ateliers de Magny Cours destinés à la compétition mais aussi aux écoles de pilotages d’ou elles sont nées. Et les lauriers  pleuvent. Avec Didier Pironi – Alain Prost- Alain et Michel Ferté – Ivan Capelli – Philippe Streiff –  Yannick Dalmas – Eric Bernard – Olivier Grouillard – Eric Comas- Olivier Panis – Emmanuel Collard.

Le dernier titre important sera obtenu en Formule 3 en 1999 avec au volant un certain Sébastien Bourdais.

Ces dernières années, Tico s’est associé avec un autre sorcier un homme de l’art comme lui : Guy Ligier.

Au départ, l’ancien patron de la grande équipe Ligier était venu  pour demander à Tico de lui concevoir un prototype de 4X4. Et cela a fini par la réalisation des … superbes barquettes Ligier JS 49 dont une trentaine ont déjà été fabriquées. Petits bolides qui s’illustrent dans les compétitions du prestigieux championnat VdeV qu’organise ave un certain succès Eric Van de Wyver.

Mais chez Martini, on réalise aussi pour des constructeurs et sponsors des maquettes à l’échelle 1 des vraies voitures de course.

 

Trois personnalités du circuit de MAGNY COURS - Tico MARTINI - GUY LIGIER et le Sénateur de la Nièvre Marcel CHARMANT - photo aurtonewsinfo

Trois personnalités du circuit de MAGNY COURS – Tico MARTINI – GUY LIGIER et le Sénateur de la Nièvre Marcel CHARMANT – photo aurtonewsinfo

 

Car à bientôt 74 ans, Tico continue de bosser comme un débutant passant souvent ses nuits à l’atelier… Il est vrai que pour être sûre et certaine de le voir un peu de temps en temps sa femme Christiane s’est installée dans une jolie demeure située …en face des bâtiments qui abritent l’entreprise Martini

Un mot enfin pour évoquer l’autre passion dévorante de Tico : les ULM .

Tico a conçu pendant trois ans son ULM Aermas 386 avec lequel il vole depuis plus de vingt ans chaque dimanche été comme hiver. Un nouvel engin tout en carbone est d’ailleurs en cours de finition et de montage dans le hangar qui abrite ces engins qui le passionnent tout autant que les automobiles. Et situé au bout de l’atelier auto. Ainsi il peut à loisir partager ses deux formidables passions.

 

GillesGAIGNAULT

Photos : Gilles VITRY-Emmanuel LEROUX – AUTONEWSINFO

 

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