Décès de Paul Frère à Saint Paul de Vence

C’est un appel bien triste de son fidèle copain Antoine Seyler qui nous a appris ce dimanche la disparition de notre ami à tous, Paul Frère. Un personnage plus qu’attachant. L’un des derniers chevaliers de l’automobile. Un compagnon toujours fidèle, délicat et attentionné.

Paul était hospitalisé depuis plusieurs semaines à Saint Paul de Vence ou il vivait depuis de très nombreuses années avec sa femme Suzanne. Il venait de fêter entouré de nombreux amis ses 91 ans le 30 janvier dernier. Mais depuis, il était très faible au fil des jours et il s’est éteint paisiblement.

Né au Havre le 30 janvier 1917, Paul était le fils de Maurice Frère et de Germaine Schimp, des Belges installés en Normandie. Il avait effectué ses études secondaires à Vienne en Autriche ou son père venait d’être muté, après avoir passé une très grande partie de sa jeunesse en France et en Allemagne. Il s’inscrit à l’Ecole de Commerce Bruxelloise de Solvay en 1935 et en sort diplômé ingénieur commercial en 1940.

A cette époque, sa passion pour le monde de l’automobile est déjà très vive. Ainsi, son examen de fin d’études concerne les développements du moteur à explosions et son mémoire traite de « L’influence de la forme des chambres de combustion sur le rendement d’un moteur à combustion interne. »

Dès 1942, Paul Frère assure les charges de secrétaire au sein de l’Union des Constructeurs Belges de Locomotives (Febiac). De 1947 à 1952, il travaille pour les firmes d’importation automobile Kaiser-Frazer et Jaguar et aussi pour General Motors Continental à Anvers. En plus de ces activités, il dispense, de 1950 à 1954, un cours de mécanique automobile à l’Ecole Technique de l’Etat à Anderlecht.
Sportif accompli, il remporte entre 1945 à 1947, cinq titres de Champion de Belgique d’aviron (Sport Nautique Universitaire) et représente même la Belgique aux Championnats d’Europe de la discipline en 1947.

Son amour pour les sports mécaniques se concrétise dès 1946 où il participe comme amateur et sous le pseudonyme de «  Frepau  » à ses toutes premières compétitions : des courses de motos.

En 1948, Paul entame ensuite une brillante carrière de pilote de course automobile.

Successivement pilote officiel de grandes marques prestigieuses telles que HWM-Gordini-Porsche-Aston Martin-Jaguar ou Ferrari, il remporte le Grand Prix des Frontières (1952), le Grand Prix de Spa (1955 et 1960), les 12 heures de Reims (avec Olivier Gendebien en 1957 et en 1958), le Grand Prix d’Afrique du Sud de Formule 2 (1960) et encore associé à Olivier Gendebien les très célèbres 24 heures du Mans en1960. Le sommet de son illustre palmarès.

A ce sujet une anecdote nous revient. Il nous avait rappelés un jour :

« Je m’étais mis dans la tète que je ne m’arrêterais de courir que lorsque j’aurais gagné cette course légendaire »
Comme toujours, il teint parole…

Epreuve mythique que ces 24 Heures ou Paul s’était déjà par deux fois classé second. En 1955 d’abord – l’année de sinistre mémoire celle du dramatique accident de la Mercedes de Pierre Levegh qui avait causé la mort de 87 spectateurs- associé au britannique Peter Collins sur une Aston Martin DB3S et en 1959 ensuite aux côtés du Français Maurice Trintrignant encore au volant d’une Aston Martin mais une DBR1

Cette même année 1955, Paul devient Champion de Belgique .Il décroche une superbe seconde  place au Grand Prix de Belgique en 1956, après avoir fini quatrième en 1955.

Paul Frère avait fini par prendre sa retraite sportive à la fin de la saison 1966. Pour se consacrer au journalisme sportif automobile. Sa seconde passion.

Sa vocation de journaliste, il l’exercera d’ailleurs très tôt dès 1945 et elle se traduira par de nombreuses publications. Tant en Belgique qu’en France. Sans oublier les USA. Et le Japon.
De 1962 à 1980, il préside l’Association des Journalistes Belges de l’Automobile (A.J.B.A.). Président du jury de la voiture de l’année (1970-1985), il présente, de 1978 à 1987, l’émission “Der Autotest” sur la chaîne de télévision allemande ZDF. Ces dernières années, il assurait encore la charge d’European Editor pour la  célèbre revue américaine Road&Track et contribuait régulièrement au Moniteur Automobile, et aux fameuses  revues japonaises « Car Graphic » et coréenne « Car Vision »

En 1993, il avait été nommé  « Vice-président à vie » de la prestigieuse association Britannique: “The Guild of Motoring Writers”.

D’autre part, Paul Frère assurait les charges de Vice-président de la Société Belge des Ingénieurs de l’Automobile de 1964 à 1968 et il était également aussi membre et Vice-président de la Commission Technique de la Fédération Internationale du Sport Automobile (FISA) de 1972 à 1984.
Expert  mondialement reconnu, Paul effectua de  très nombreuses missions en tant que consultant auprès de plusieurs constructeurs de l’industrie automobile aussi bien en Europe qu’au Japon ou aux Etats-Unis.

Ces dernières années, Paul était assez handicapé suite à un terrible accident de la route  survenu en septembre 2006 près du Nürburgring. Sa voiture de location après un test comparatif réalisé à la demande de Honda dont il était l’un des ambassadeurs phares était en effet entré en collision avec un autre véhicule.
Le champion, âgé de quatre vingt neuf ans, avait été extrait de sa voiture avec les poumons perforés et la hanche fracturée. A cet âge la il s’en était miraculeusement sorti. !
Auparavant il avait eu une très sérieuse chute de moto sur la moyenne corniche prés de Nice. Il avait alors déclaré : «  je dois admettre que rien ne me freine. Je suis toujours aussi incorrigible »

Il y a deux ans, Audi lui avait confié le volant d’une Audi R8 pour boucler un tour du circuit manceau lors de la grande semaine des 24 Heures et il avait effectué fort brillamment un tour de circuit dans un temps -moins de quatre minutes- qui laissait derrière lui bien des pilotes privés qui avaient disputés la veille les essais officiels des 24 Heures du Mans !

 

Malgré ses difficultés à se déplacer on le côtoyait pourtant toujours dans la salle de presse des 24 Heures du Mans en compagnie de son fidèle ami Antoine Seyler et ce même au beau milieu de la nuit…
Ou il commentait encore en juin dernier le déroulement de l’épreuve au petit groupe de journalistes éveillés et qui buvaient ses bonnes paroles et aussi son excellente analyse.

Un mois plus tard, il donnait encore le départ des 24 Heures de Spa-Francorchamps.

Ce fut sa toute dernière apparition sur un circuit…

Prémonitoire et lucide, le titre de l’un de ses livres s’intitule justement:

«  La course continue… »

Ses obsèques seront célébrées vendredi dans l’intimité familiale dans le sud de la France.

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